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III.

Des Pétrifications & autres Matières minérales 3 que f ai trouvées

dans le Roujjillon.

Pendant le séjour que j'ai fait à Bugarach, Bourg situé au píed du Pic de même nom, j'allai visiter une Mine de Jayet qui n'en est éloignée que d'une petite lieue: cette Mine ressemble de loin à un tas de charbon de terre, appliqué contre un rocher fort élevé, au bas duquel est l'entrée d'une petite caverne : cette Mine, à ce qu'on m'a dit à Bugarach, avoir autrefois beaucoup plus d'étendue ; mais depuis un écroulement qui a abîmé les galleries & bouché les ouvertures, personne ne s'est avisé de la rétablir, d'autant plus que le commerce de cette marchandise n'est pas d'un grand objer. Dans la petite caverne qui est au pied du rocher, on voit plusieurs veines de Jayet qui courent dans une terre légére & même dans les fentes du rocher; cette matière est dure, sèche, légére, fragile, irréguliére dans fa figure, fi ce n'est qu'on voit plusieurs cercles concentriques dans ses fragmens; on en trouve aussi quelques morceaux, mais moins beaux , fur le tas qui est à l'entrée de la Mine parmi une terre noire & bitumineuse : cette terre pourroit être regardée comme une espéce de Jayet impur, car brûlée sur la péle elle répand la même odeur que le plus beau Jayet ; l'un & l'autre brûlent difficilement, pétillent un peu en s'échauffant, & la fumée qu'ils répandent est noire, épaisse, & d'une odeur de bitume fort désagréable. On travaille assez proprement cette matière à Bugarach 6c dans les villages des environs; on en fait des colliers , des chapelets & autres bijoux de cette nature: je soupçonne par la quantité que j'en ai vu employer, qu'il y a

3uelqu'autre carrière de Jayet qu'on ne m'a pas fait voir, 'autant plus que les morceaux qu'on m'a vendu font beaucoup plus beaux qu'aucun de ceux que j'ai vus dans la Mine; quelque peine que j'aye prise je n'ai jamais pu en découvrir la vérité, peut-être ces gens craignoient-ils qu'on ne voulût mettre quelque taxe fur ces matières.

En donnant quelques coups de pioche fur ce ras pour découvrir quelques morceaux de Jayet, j'ai apperçu des morceaux de véritable Succin; la couleur en étoit un peu foncée , mais ils en avoient parfaitement l'odeur ôc l'électricité. J'ai trouvé de même, en continuant de fouiller, des morceaux de bois pétrifié, avec des circonstances très-favorables pour appuyer la vérité de cette transmutation : il n'est pas rare de trouver des pierres , qui par leur figure, la disposition des fibres, de l'écorce , des noeuds , de la moelle, enfin des cercles annuels, paroissent visiblement du bois pétrifié; mais celui que j'ai trouvé dans les Mines de Jayet, outre ces circonstances , avoit encore à une de ses extrémités des fibres véritablement ligneuses ôc aussi faciles à détruire que celles du bois pourri : j'ai voulu voir si elles seroient combustibles, mais je n'ai rien pu conclure des expériences que j'ai faites, parce que la plupart de ces morceaux de bois éroient pénétrés par des veines de Jayet, qui s'embrasoient & m'empêchoient de juger si c'étoit les fibres ligneuses : en effet, non seulement dans le bois pétrifié, mais encore dans les pierres des environs, le Jayet s'insinue & pénètre jusques dans les moindres fentes: or si le Jayet, qui dans fa plus grande fluidité n'est jamais qu'un bitume liquide, ôc peut-être une espèce de Pétréole, s'insinue si bien entre les fibres & les parties du bois, pourquoi le suc pierreux, qui paroît devoir être beaucoup plus fluide, ne s'y insinueroit-il pas? On peut encore conclure de ce qu'on voit le Jayet s'insinuer entre les parties des corps solides & dans les fentes des pierres les plus fines, que cette matière, que nous voyons aujourd'hui dure ôc compacte, a été autrefois très-fluide, & que ce n'est, pour ainsi dire , qu'une espéce d'huile desséchée ôc durcie par la succession des tems. Je ne finirai pas cet article des Mines de Jayet fans ajouter qu'au pied de ce tas on trouve quelques filets d'une eau stiptique ôc qui paroît au goût alumineuse , ôc que les pierres qui font aux environs de ces perirs ruisseaux sont recouvertes d'une fleur jaune, semblable pour la couleur à la fleur de soufre, mais qui n'étojt pas inflammable.

En descendant du Pic de Bugarach, qui est la plus haute Montagne des Corbieres, j'apperçus fur le chemin qui con

duit au Bourg de même nom, des Echinîtes fur lesquelles on voyoit très-distinctement rimpreífion de la coquille de cette espéce d'Oursin qui est fi commune dans la Méditerranée. Je jetrai par hazard les yeux fur un ravin qui m'en parut rempli, & la disposition régulière de ces pierres figurées me parut mériter attention. Ce ravin couroit dans un banc de Schist d'un gris cendré, qui étoit composé de différens feuillets ou couches fort minces , toutes parallèles à peu près à la surface de la terre : à mesure que ces couches s'enfonçpient, le Schist devenoit plus noir & plus dur; or les Echinites étoient placées de file entre les couches supérieures & les plus rendres, ayant leurs bases tournées vers le haut ; elles fuivoient assez bien la direction des couches où elles se trouvoient, qui quoique parallèles à la surface de la Terre étoient visiblement inclinées à l'horizon, parce que ce ravin est encore fur le penchant de la Montagne: il y en avoit davantage dans les couches les plus élevées, que dans celles qui étoient les

{)lus profondes, ensorte qu'on n'en appercevoit plus aucune orsqu'on parvenoit aux couches de Schist noir. Ces Echinites font fort dures, & quelques-unes font du feu avec le briquet. J'ai trouvé aussi des Pétoncles pétrifiées répandues aux environs, avec une autre pierre figurée que je ne vois point décrite par aucun Auteur: c'est la moitié d'un sphéroïde elliprique dont la base paroît composée de différentes ellipses concentriques, ôcla convexité est traversée d'une espéce de suture longitudinale , d'où partent à droite & à gauche une infinité de filets qui se répandent sur toute la surface. M. Barreré m'en a fait voir de semblables à Perpignan; je ne fçai d'où il les avoit tirées.

Je ne finirai point cet article des Pétrifications fans y joindre une description abrégée des Cavernes de S. Pons qui renferment beaucoup de belles Stalactites. II y en a plusieurs autour de cette ville, mais les plus singulières font celles dont l'ouverture est au haut de la Montagne qui est au Midi de cette ville; cette entrée est fort étroite & conduit à une chambre assez vaste, dont la voûte est soutenue par trois pilliers cannelés, qui semblent plutôt l'ouvrage de l'art que

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celui de la nature. Cetre première chambre n'a de particulier que quelques grosses Stalactites qu'on y remarque; elle sert comme de vestibule à la seconde : on y monte par des rochers qui font hérissés de bosses arrondies, semblables à celles qui forment le pavé de la seconde chambre: du haut de la voûte de celle-ci pendent une infinité de belles Stalactites de différentes grosseur & largeur, les plus longues ont 12 à x<f pieds ; elles n'en ont ordinairement que 4 à f : à mesure qu'elles s'éloignent de la voure elles vont en diminuant, ensorfe qu elles n'ont vers la pointe que 2 ou 3 lignes de diamètre: cette pointe est formée par un tuyau aussi mince qu'une feuille de papier, transparent & extrêmement fragile , au bas duquel pend une goutte d'eau de la derniere limpidité; elles sont la plûpart blanches comme de la neige & percées d'un ou p' ufieurs trous , suivant leur longueur: quand on les casse par le milieu , la section est ordinairement oblique & reluit comme du Gyps transparent : mises au feu elles pétillent & se réduisent en très-petites écailles; & fi on les expose au feu de la dernière violence, loin de se vitrifier, elles se convertissent en chaux, en répandant une lumière si vive qu'il n'est pas possible d'en supporter l'éclar. L'eau qui tombe goutre à goutte par le bout de chacune de ces Stalactites & qui paroîr fi claire, est cependant encore chargée de beaucoup de suc pierreux, puisque le tuyau qu'elles forment s'épaissit & s'allonge tous les jours; mais elle dépose encore ailleurs de ce suc pierreux, & immédiatement au-dessous de chaque Stalactite on voit une bosse arrondie , plus ou moins grosse , suivant que la Stalactite à laquelle elle répond est plus ou moins grande; cette eau,qui paroît si limpide, fe distribue également fur toute la surface de la bosse 6c y dépose une couche de sédiment très-mince, qui répétée tres-fouvent fait l'accroissement de ce corps. J'ai cassé quelques-unes de ces nouvelles concrétions, & je les ai trouvé formées de plusieurs couches concentriques & comme composées de filets entrelassés..

ìl est aisé maintenant de concevoir la formation de ces deux I espèces de Stalactites; la supérieure croît & s'allonge par I l'apposition continuelle du suc ou sédiment pierreux à son extrémité : l'autre augmente par la distribution de ce même suc sur sa surface convexe; mais j'en ai vu encore d'une autre espéce & dont la formation est, je crois, toute différente. En voulant détacher une masse de petites Stalactites de la plus grande blancheur, mon marteau alla frapper contre une muraille qui paroissoit un massif de fort grosses pierres: le son que ce coup excita fut fort grave, d'où je compris qu'il y avoit une cavité au-delà de cette muraille; j'essayai de la rompre, & je me fis bientôt une entrée dans une caverne où jamais personne n'avoit pénétré. La voûte étoit garnie de Stalactites fort menues, de différentes longueurs, dont presque toutes avoient un fust ou manche à peu près cylindrique , couvert d'une substance blanche, brillante & chagrinée: au bas étoient des groupes de crystaux séléniteux, irréguliers, roux & opaques. Chaque muraille de la chambre étoit aussi visiblement partagée en deux parties par une ligne horizontale, au-deffous de cette ligne on voyoit des groupes de crystaux semblables à ceux qui étoient au bout des Stalactites , 6c au-dessus, la muraille étoit revêtue de la même matière blanche & chagrinée, que le fust de ces mêmes Stalactites. Or il paroît par cette disposition, qu'une certaine quantité d'eau a séjourné fort long-tems dans cette caverne, & que cette eau a déposé, comme par crystallisation les crystaux séléniteux qu'on voit dans la partie inférieure de la chambre, aussi-bien qu'à l'extrémité des Stalactites qui pendent de la voûte, & tout ce qui s'est trouvé au-dessus de cette eau a été exempt de semblables crystallisations : toutes ces matières pétilloient au feu comme des Stalactites ordinaires & leur intérieur ressembloit à du Gyps transparent.

'■ - iv. i

Des Fontaines Minérales du Roufillon.

J'ai dit plus haut combien cette Province étoit arrosée par une infinité de ruisseaux qui découlent des Montagnes ôc o^ui forment les trois rivières qui la traversent: cette eau est tres

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