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(filets & la vivacité de la couleur, à cette Mine de verd-de-| Igris naturel dont M. de Reaumur a donné la description dans lles Mémoires de l'Académie : à la vérité ces végetations létoient fort petites & avoient tout au plus trois lignes de hauteur. D'autres creux étoient remplis d'une poudre grumelée d'un très-beau bleu d'outre-mer, mais qui n'avoit rien de régulier dans sa dispofition ; c'étoit au reste tout ce que ces morceaux avoient de singulier, car ils ne paroissoient pas extraordinairement chargés de cuivre : on m'en a fait voir au Magasin de la Preste , qui venoient de la même Mine & qui paroisfoient beaucoup plus riches. Avant la cessation des travaux de la Compagnie, les Paysans qui habitent les Montagnes alloient travailler la nuit aux Mines de Bernadelle, & venoient vendre au Magasin la mine qu'ils avoient tirée & qu'on lleur payoit environ un écu le quintal. | Comme je revenois des Mines de la Compagnie , mon Guide m'avertit que nous allions passer à un quart de lieue d'une Mine de fer & d'une Forge qui n'en est pas fort éloi-| Ignée; je me dérournai donc à Puigrodon pour aller à la Montagne de la Patere où se trouve cette Mine, qu'on appelle lal Pinose. On la tire à ciel ouvert comme on fait le Plâtre à Montmartre , & c'est la Montagne même dont on coupe de gros quartiers à coup de maillets & de coins, & que l'on débite|| ensuite par petits morceaux pour porter à la Forge; dans le milieu des gros quartiers on trouve souvent en les cassant des cavités, dont la surface intérieure est polie & comme vernissée. Au-dessous de cette surface est une croute crystallinell de 3 à 4 lignes d'épaisseur , composée de rayons noirs & bril-|| lans, qui tendent vers un centre. M. de Reaumur a donné dans les Mémoires de l'Acad. Année 1718 la description d'une Mine du Pays de Foix, qui paroîr reslembler beau-Il coup à la nôtre. Le bon marché du fer que produit certe|| Mine , qui ne vaut que 3 à 4 sols la livre dans un pays où le bois eft si rare, me fit naître l'envie de voir fondre & forger cette Mine. Je fus fort étonné de la simplicité du procédé, & je ne crois pas qu'on puisse en employer un plus simple :|| sous un même Toît sont la fonderie, la forge & le marteau ; un

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gros mur de brique assez épais, élevé de 10 à 12 pieds fait|| un angle droit avec un des murs du Bâtiment, c'est cet angle qui est le fourneau ; on y jette alternativement de la mine & du charbon, & par le moyen d'un soufflet à chûte d'eau, on allume le feu , qu’on a soin d'éteindre à la superficie en le mouillant fréquemment : cette mine qui est très-fusible fait une croûte à la superficie , & celle qui est immédiatement au-dessous, exposée à ce feu de reverbere, fond & fait une Loupe qu'on va porter sous le marteau pour en faire des barres: ainsi on ne sçait ici ce que c'est que de couler une gueuse , & quoiqu'on fasse tous les jours une quantité de fer assez considérable, on ne voit presque pas de Laitier ou scories de fer. La couche extérieure du Tas, c'est-à-dire , celle qui a fait la croûte, s'affaisse dès qu'on a tiré la loupe, on la recouvre de plusieurs autres couches de charbon & de mine , & elle fond à son tour. Par ce procédé ils ménagent beaucoup de charbon qui est fort rare & fort cher; car il n'est fait que des racines des brossailles qu'ils arrachent à grande peine dans ces Montagnes toutes couvertes de rochers. Au reste le fer qu’on tire de ces Forges est extrêmement doux & liant, & quand on le travaille il prend un très-beau poli: on le consomme dans la Province, & c'est celui qu'on employe à Vinças, village où l'on fabrique d'excellens canons de fusils.

Je me suis transporté aussi à deux Mines de plomb qu'on avoit exploitées dans le Roussillon; l'une qui n'est pas fort éloignée de la Mine de Soredde , venoit d'écrouler quelque tems avant mon arrivée : j'ai appris qu'on n'en avoit tiré que de l'Alquifou pour vernir les pots de terre. Je n'ai pas été plus heureux à l'autre, qui est au pied de la Montagne de Tauch, dans les Corbieres; les Ouvriers ne retiroient alors que des Iquartiers de pierres , & cherchoient un filon qu'ils disoient avoir perdu. Certe Mine donnoit aussi beaucoup d'argent,

III. Des Pétrifications & autres Matieres minérales, que j'ai trouvée

dans le Rousillon. Pendant le séjour que j'ai fait à Bugarach, Bourg situé au pied du Pic de même nom , j'allai visiter une Mine de Jayet qui n'en est éloignée que d'une petite lieue: cette Mine refsemble de loin à un tas de charbon de terre, appliqué contre un rocher fort élevé, au bas duquel est l'entrée d'une petite caverne: cette Mine, à ce qu'on m'a dit à Bugarach, avoir autrefois beaucoup plus d'étendue ; mais depuis un écroulement qui a abîmé les galleries & bouché les ouvertures , personne ne s'est avisé de la rétablir, d'autant plus que le commerce de cette marchandise n'est pas d'un grand-objer. Dans la petite caverne qui est au pied du rocher, on voit plusieurs veines de Jayet qui courent dans une terre légére & même dans les fentes du rocher ; cette matiére est dure , féche, légére , fragile , irréguliére dans sa figure , fi ce n'est qu'on voit plusieurs cercles concentriques dans ses fragmens; on en trouve aussi quelques morceaux, mais moins beaux , sur le tas qui est à l'entrée de la Mine parmi une terre noire & bitumineuse : cette terre pourroit être regardée comme une espéce de Jayet impur, car brûlée sur la péle elle répand la mềme odeur que le plus beau Jayet; l'un & l'autre brûlent|| difficilement , pétillent un peu en s'échauffant , & la fumée qu'ils répandent est noire, épaisse , & d'une odeur de bitume fort désagréable. On travaille assez proprement cette matiére à Bugarach & dans les villages des environs; on en fait des colliers , des chapelets & autres bijoux de cette nature : je soupçonne par la quantité que j'en ai vu employer, qu'il y a quelqu'autre carriére de Jayet qu'on ne m'a pas fait voir, d'autant plus que les morceaux qu'on m'a vendu sont beaucoup plus beaux qu'aucun de ceux que j'ai vus dans la Mine; quelque peine que j'aye prise je n'ai jamais pu en découvrir la vérité, peut-être ces gens craignoient-ils qu'on ne voulûr mettre quelque taxe sur ces matiéres.

En donnant quelques coups de pioche sur ce tas pour dé_|| couvrir quelques morceaux de Jayet , j'ai apperçu des mor-|| ceaux de véritable Succin ; la couleur en étoit un peu foncée, mais ils en avoient parfaitement l'odeur & l'électricité. J'ai trouvé de même, en continuant de fouiller , des morceaux de bois pétrifié, avec des circonstances très-favorables pour appuyer la vérité de cette transmutation : il n'est pas rare de trouver des pierres , qui par leur figure , la disposition des fibres, de l'écorce, des næuds , de la moëlle, enfin des cercles annuels, paroissent visiblement du bois pétrifié; mais celui que j'ai trouvé dans les Mines de Jayet , outre ces circonstances, avoit encore à une de ses extrémités des fibres véritablement ligneuses & aussi faciles à détruire que celles du bois pourri : j'ai voulu voir si elles seroient combustibles, mais je n'ai rien pu conclure des expériences que j'ai faites, parce que la plupart de ces morceaux de bois étoient pénétrés par des veines de Jayet , qui s'embrasoient & m’empêchoient de juger si c'étoit les fibres ligneuses: en effet , non seulement dans le bois pétrifié, mais encore dans les pierres des environs , le Jayet s'insinue & pénetre jusques dans les moindres fentes: or si le Jayet , qui dans sa plus grande fluidité n'est jamais qu’un bitume liquide , & peut-être une efpéce de Pétréole, s'insinue si bien entre les fibres & les parties du bois, pourquoi le suc pierreux, qui paroît devoir être beaucoup plus fuide , ne s'y insinueroit-il pas ? On peut encore conclure de ce qu'on voit le Jayet s'insinuer entre les parties des corps solides & dans les fentes des pierres les plus fines, que cette matiére , que nous voyons aujourd'hui dure & compacte, a été autrefois très-fluide , & que ce n'est, pour ainsi dire , qu’une espéce d'huile dessechée & durcie par la succession des tems. Je ne finirai pas cet article des Mines de Jayer sans ajouter qu'au pied de ce tas on trouve quelques |filets d'une eau stiptique & qui paroît au goût alumineuse , & que les pierres qui sont aux environs de ces petits ruif-| seaux sont recouvertes d'une fleur jaune , semblable pour la couleur à la fleur de soufre, mais qui n'étoit pas inflammable.

En descendant du Pic de Bugarach, qui est la plus haute Montagne des Corbieres , j'apperçus sur le chemin qui con

duit duit au Bourg de même nom , des Echinites sur lesquelles on voyoit très-diftinctement l'impression de la coquille de cette espéce d'Oursin qui est si commune dans la Mediterranée. Je ljettai par hazard les yeux sur un ravin qui m'en parut rempli,

& la disposition réguliére de ces pierres figurées me parut mériter attention. Če ravin couroit dans un banc de Schist d'un gris cendré, qui étoit composé de différens feuillets ou couches fort minces , toutes paralleles à peu près à la surface de la terre: à mesure que ces couches s'enfonçoient, le Schist devenoit plus noir & plus dur; or les Echinites étoient placées de file entre les couches supérieures & les plus rendres, ayant leurs bases tournées vers le haut ; elles suivoient assez bien la direction des couches où elles se trouvoient , qui

quoique paralleles à la surface de la Terre étoient visiblement inclinées à l'horizon , parce que ce ravin est encore sur le penchant de la Montagne : il y en avoit davantage dans les couches les plus élevées, que dans celles qui étoient les plus profondes, ensorte qu'on n'en appercevoit plus aucune lorsqu'on parvenoit aux couches de Schist noir. Ces Echinites sont fort dures, & quelques-unes font du feu avec le briquet. J'ai trouvé aussi des Bétoncles pétrifiées répandues aux environs, avec une autre pierre figurée que je ne vois point|| décrite par aucun Auteur: c'est la moitié d'un sphéroïde elliprique dont la base paroît composée de différentes ellipses concentriques, & la convexité est traversée d'une espéce de future longitudinale , d'où partent à droite & à gauche une infinité de filers qui se repandent sur toute la surface. M. Barrere m'en a fait voir de semblables à Perpignan; je ne sçais d'où il les avoir tirées.

Je ne finirai point cet article des Pétrifications sans y joindre une description abrégée des Cavernes de S. Pons qui renferment beaucoup de belles Stalactites. Il y en a plusieurs autour de cette ville, mais les plus singuliéres sont celles dont l'ouverture est au haut de la Montagne qui est au Midi|| de cette ville; cette entrée est fort étroite & conduit à une chambre assez vaste, dont la voute est soutenue par trois pilliers cannelés, qui semblent plutôt l'ouvrage de l'art que

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