Images de page
PDF
ePub

celui de la nature. Cette première chambre n’a de particulier que quelques grosses Stalactites qu'on y remarque; elle serr|| comme de vestibule à la seconde : on y monte par des rochers qui sont hérissés de bosses arrondies, semblables à celles qui forment le pavé de la seconde chambre: du haut de la voute de celle-ci pendent une infiniré de belles Stalactites de différentes grosseur & largeur , les plus longues ont 12 à 15) pieds ; elles n'en ont ordinairement que 4 à 5: à mesure qu'elles s'éloignent de la voure elles vont en diminuanr , ensorte qu'elles n'ont vers la pointe que 2 ou 3 lignes de diametre: cette pointe eft formée par un tuyau aussi mince qu'une feuille de papier , transparent & extrémement fragile, au bas duquel pend une goutte d'eau de la derniere limpidité; elles sonr| la plupart blanches comme de la neige & percées d'un ou púrieurs trous , suivant leur longueur : quand on les casse par le milieu , la section eft ordinairement oblique & reluit comme du Gyps transparent : mises au feu elles pétillenr & se réduisent en très-petites écailles ; & si on les expose au feu de la dernière violence, loin de se vitrifier , elles se convertissent en chaux, en répandant une lumiére si vive qu'il n'eft pas poslible d'en supporter l'éclat. L'eau qui tombe goutre à | goutre par le bour de chacune de ces Stala@ites & qui paroît|| li claire, eft cependant encore chargée de beaucoup de fuck pierreux , puisque le tuyau qu'elles forment s'épaissit & s’al-|| longe tous les jours ; mais elle dépose encore ailleurs de ce ||fuc pierreux, & immédiatement au-dessous de chaque Stalactite on voit une bosse arrondie , plus ou moins grosse, sui-|| vant que la Stalactite à laquelle elle répond est plus ou moins grande ; cette eau , qui paroît si limpide, fe diftribue égale-|| ment sur toute la surface de la bosse & y dépose une couchell de sédiment très-mince, qui répétée très-souvent fait l'accroissement de ce corps. J'ai cassé quelques-unes de ces nou-|| velles concretions, & je les ai trouvé formées de plusieurs couches concentriques & comme composées de filets entre|| lassés.

Il est aisé maintenant de concevoir la formation de ces deux espéces de Stalactites : la supérieure croît & s'allonge par

|l'apposition continuelle du suc ou sédiment pierreux à son extrémité : l'autre augmente par la distribution de ce même suc sur sa surface convexe; mais j'en ai vu encore d'une au-|| tre espéce & dont la formation est, je crois, toute différente.|| En voulant détacher une masse de petites Stalactites de la plus grande blancheur , mon marteau alla frapper contre une muraille qui paroissoit un massif de fort grosses pierres : le son que ce coup excita fut fort grave, d'où je compris qu'il y avoit une cavité au-delà de cette muraille ; j'essayai de la rompre , & je me fis bientôt une entrée dans une caverne où jamais personne n'avoit pénétré. La voute étoit garnie de Stalactites fort menues , de différentes longueurs, dont prerque toutes avoient un fust ou manche à peu près cylindrique, couvert d'une substance blanche, brillante & chagrinée: au bas étoient des groupes de cryftaux séléniteux , irréguliers, roux & opaques. Chaque muraille de la chambre étoit aussi visiblement partagée en deux parties par une ligne horizontale , au-dessous de cette ligne on voyoit des groupes de crystaux semblables à ceux qui étoient au bout des Stalactites , & au-dessus, la muraille étoit revêtue de la même matiére blanche & chagrinée , que le fuft de ces mêmes Stalactites. Or il paroît par cette disposition, qu'une certaine quan tité d'eau a séjourné fort long-tems dans cette caverne, & que cette eau a déposé, comme par crystallisation les cryftaux féléniteux qu'on voit dans la partie inférieure de la chambre, aussi bien qu'à l'extrémité des Stalactites qui pendent de la voute, & tout ce qui s'est trouvé au-dessus de cette eau a été exempt de semblables cryftallisations : toutes ces matiéres pétilloient au feu comme des Stalactites ordinaires & leur intérieur ressembloit à du Gyps transparent.

[ocr errors]
[blocks in formation]

- Des Fontaines Minérales du Roussillon. : J'ai dit plus haut combien cette Province étoit arrosée par une infinité de ruisseaux qui découlent des Montagnes & qui | forment les trois rivieres qui la traversent : cette eau est très

pure, assez légére à l'estomach, & les fables au travers deri quels elle s'est filtrée dans les commencemens de son cours, la rendent très-limpide : c'est pourquoi je ne parlerai que des quatre Fontaines minérales que j'ai observées. .

La premiére est la Fontaine de Salces, en latin Salfulae,l qu'on voit sur le chemin de Narbonne à Perpignan: elle fort|| du pied d'un rocher fort élevé, son bassin est large & paroît|l profond, & elle répand une grande quantité d'eau qui va fell perdre dans un marécage le long de la mer. Cette eau paroît|| aussi salée que celle de la mer, mais elle n'en a pas l'amertu-II me qui la rend si désagréable : ce lieu est fameux dans l'anti-|| quitė. Aristote & quantité d'Auteurs ont dit les uns d'après les autres, qu'en creusant dans ce marécage à quelques pieds| de profondeur on y trouvoir quantité de poissons qui vi-|| voient dans la terre : cette opinion a duré fort long-tems & || s'est conservée par tradition dans le pays, mais personne nell m'a pu assurer en avoir vu tirer.

Il ne paroîtra peut-être pas fort extraordinaire de trouver pour ainsi dire , sur les bords de la mer une Fontaine salée; mais on sera plus étonné d'en trouver au milieu des Monta-|| gnes, dans un pays beaucoup plus élevé que le niveau de la mer. Ces Fontaines ne sont pas fort éloignées des Mines del Jayet dont j'ai parlé: elles sont au nombre de trois & affez|| voisines les unes des autres. Elles fortent du pied d'une Montagne dont la pente est extrêmement roide & couverte d'une forêt de chênes-verts & de buis fort épais. Les ruisseaux qu'elles forment fe réunissent à vingt ou trente pas de leurs sources en faisant des angles fort aigus: la salûre de ces eaux est assez supportable & fans aucune amertume : elles sont troubles & écumeuses , & forrent avec assez d'impéruosité. A quelques Ipas au-dessous de la réunion de ces ruisseaux il y a une petite mare où l'eau s’amasse & eft plus falée , le limon qui est aull fond mis sur la péle n'a pas beaucoup décrepité. Les Paysans des environs viennent puiser en fraude de ces eaux falées, il sans doute pour en vendre le sel ; & l'on voit proche de ces sources beaucoup de fragmens des cruches cassées par les Officiers des Gabelles, ce qui ne laisse pas que d'inrimider|| les fraudeurs. A quelques pas de la plus élevée de ces fources il y en a une autre dont l'eau est parfaitement douce ; elle fort de la même Montagne, mais dans une direction opposée aux premieres. J'ai goûté les terres & les glaises humides Iqui sont aux environs , & je n'ai apperçu aucune apparences de falûre. | Ces deux Fontaines sont très-froides, & on n'en fait aucun usage dans la Médecine: j'en ai vu deux autres qui sont fort chaudes. La premiére eft au Village de Verner, proche de Villefranche, en allant à l'Abbaye de S. Martin de Canigou: l’eau sort d'un gros rocher de la hauteur de 8 à 9 pieds, & viene tomber dans un grand bassin de marbre qui est au milieu d'un bâtiment bâti exprès pour recouvrir ces Bains.) La chaleur de ces eaux étoit de 39 degrés, sçavoir de 7 deIgrés de plus que celle des eaux de Ballaruc, que j'ai trouvées de 32, & de deux degrés seulement de plus que celle du Bain de César au Mont-d'Or. Mais on trouve à Arles , petit Village dans les Pyrénées, des Bains dont l'eau est d'une|| chaleur bien plus considérable. La source qui leur fournit sort avec beaucoup d'impetuosité du haut d'un gros rocher fort élevé, & tombe sur une espéce d'aqueduc , d'où elle eft|| transportée dans les Bains. Le premier est un bassin quarré,|| revêtu de marbre rouge , qui a vingt ou vingt-cinq pieds de|| longueur sur environ quinze pieds de large, & eft assez profond|| pour qu'un homme puisse y être jusques aux épaules. Je nell [çai pas si quelqu'un en peut soutenir la chaleur , elle m'a Iparu insupportable à la main, & elle a fait élever mon Thermométre de 40 degrés ; mais ayant placé cet instrument dans fla même eau , ausi proche de la source qu'il m'a été posi-|| ble d'en approcher, la liqueur s'est élevée au-delà du 55° de-|| gré: l'eau du grand Bain passe dans un autre bassin un peu ! plus petit , & c'est vraisemblablement dans celui-ci que se baignent les Malades : il paroît par la magnificence avec la-II quelle ces Bains sont revêrus, & par le soin qu'on a eu d'y pratiquer des logemens commodes, qu'on les a plus fréquenté autrefois qu'on ne fait aujourd'hui : à peine y voit-on || chaque année quatre ou cinq Soldats invalides qui viennent

s'y baigner: les gens du pays n'en font pas non plus beaucoup d'usage; ils ne connoissent point les Rhumatismes, ni les Sciatiques ausquelles ils conviennent le mieux.

On trouve dans les Mem. sur l'Hift. Nat. du Languedoc quelques fragmens d’un Itinéraire du Géographe anonyme del Ravenne, dans lequel il est fait mention de différentes ftations de la route de Narbonne en Espagne. En voici trois dans l'ordre qu'il les rapporte , Ruscino , Aquæ calidæ , Pyrenæum. Ces eaux chaudes qu'il place entre la Tour de Roussillon, qu'on voit encore à un quart de lieue de Perpignan & le sommet des Pyrénées ne peuvent être que les Bains d'Arles. Au lieu de cette station,les Tables de Peutinger & celles de l'Itinéraire d'Antonin mettent le Bourg de Ceret , qui n'en eft| éloigné que d'une lieue. M. de Tournefort rapporte dans son Voyage du Levant, qu'il a vu des Soldats manger des poules cuites dans le réservoir que les Romains ont fait bâtir & vou-|| ter magnifiquement: c'est tout ce que j'ai pu trouver où ill soit fait mention de ces Bains.

V. Expériences du Barométre faites au Canigou e sur quelques

Montagnes des Corbieres. La Montagne du Canigou où nous avons fait nos Expériences, est la plus élevée de celles qui sont aux environs del Perpignan , elle passe même pour la plus élevée des Pyré-|| nées ; fa hauteur a été déterminée par des opérations géomé-|| triques, de 1441 toises au-dessus du niveau de la mer, dont| elle n'est éloignée que de 10 à 12 lieues. Cette Montagne & toutes celles qui l'environnent sont bien différentes de celles d'Auvergne dont le sommet est couvert d'excellens pâturages : celles-ci sont au contraire stériles , pierreuses & très-peu herbées ; elles sont aussi bien moins arrosées par les pluyes & les brouillards, & les sources qui en sortent sont en bien plus petit nombre: l'air qu'on refpire au sommet du Canigou est très-sec & très-pur , & ce sommet est ordinairement beaucoup plus élevé que les brouillards & les nuages Iqui s'arrêtent aux deux tiers de la Montagne. Il s'en faut bien

« PrécédentContinuer »