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L'ABBÉ. Qu'il vous suffise de savoir qu'on nous poursuit, monsieur, et que votre cour fasse le reste. Il m'est impossible de vous confier en entier le secret d'une aventure... Il lui parle à l'oreille.

JULIE, se levant. Cet homme est mon amant, monsieur; j'ai quitté il y a un quart d'heure la maison de ma mère, et mon frère nous poursuit.

. L'ABBÉ. Nous ne pouvons rester là, ma flamme, mon bien chéri, voilà des torches qui rôdent par ici.

JULIE.
Tu as peur, Fiorasanta ?

L'ABBÉ. Que nous nous séparions, voilà le vrai moyen. Que peut-on prouver, si on nous trouve dans deux endroits différents?

A

JULIE.

Demande une épée à monsieur, et reste.

L'ABBÉ. Voilà bien les femmes! Un duel entre moi et votre frère accommoderait bien les choses ! Tenez, belle Julie, n'en parlons pas; je suis sûr qu'en vous confiant à monsieur, je vous laisse entre les mains d'un galant homme; je me hasarderai par les champs, et je rentre

IS YOU

rai au palais, si je puis. Demain, à la pointe du jour, je viens vous chercher, et nous partons.

JULIE.
Pourquoi veux-tu te sauver et me laisser?

. L'ABBÉ. Parce que nous ne pouvons fuir ensemble sans danger. On n'attrape pas aisément un homme seul, et d'ailleurs que pourrait-on me dire?

JULIE.

Pars si tu veux.

Elle se rassoit.

L'ABBÉ. Vous voyez, seigneur cavalier, de quoi il s'agit. Cette jeune demoiselle est la comtesse...

MARIANI.

Je ne vous demande pas de nom, monsieur; voilà mon manteau, et la porte est ouverte.

L'ABBÉ. C'était un coup monté de partir cette nuit en chaise de poste. Nous avons été surpris et obligés de fuir... 0 ciel! tandis que je parle, le comte Appiani, son odieux frère, promène ses torches de tous côtés! jamais Sa Sainteté ne me pardonnera; — et mon oncle le cardinal ne me donnera pas un ducat.

Il met le nianteau de Mariani. Heureusement que ce frère ne saurait m'avoir vu nulle part ; j'étais encore au séminaire dimanche dernier; d'ailleurs il n'a pu distinguer mon visage dans

toute cette fuite. Monsieur, je vous confie la plus charmante femme de l'Italie.

Il sort.

MARIANI. Vous pleurez, mademoiselle?

JULIE.

Non.

Un silence.

MARIANI. Les torches approchent de la maison. Il est trèspossible qu'on y frappe, puisque vous y avez frappé vous-même. Que fera votre frère s'il vous trouve ici?

JULIE.

Je n'en sais rien.

MARIANI. Pardonnez-moi ces questions. En supposant qu'il vous rende à votre mère, croyez-vous qu'elle vous pardonne?

JULIE. Je n'en sais rien.

MARIANI, Jugez-vous à propos de vous retirer dans une pièce écartée de cette maison ? alors je pourrais tout nier, dans le cas où l'on vous y viendrait chercher; ou croyez-vous qu'il vaille mieux s'en remettre à la générosité du comte Appiani ?

JULIE, Je n'en sais rien.

MARIAN). Vous seule, cependant, pouvez décider de ce qu'il faut que je fasse, et de ce que vous devez faire vousmême. Ayez du ceur et ne désespérez pas.

JULIE, montrant le stylet qu'elle porte à sa ceinture.
En voilà un qui ne désespère pas.

MARIANI, à part. Ou cette femme est bien peu de chose, ou elle mérite qu'on fasse tout pour elle. Voyons! faut-il que je la rende à son frère? faut-il que je me mêle de cette affaire-là ? Je ne la connais pas, cette femme. Voyons ! voyons! suis-je un lâche ou ai-je du cæur?

Il s'assoit. – On frappe à la porte. Voilà son frère, cela est clair. Il n'est pas bien difficile de trouver cette maison isolée. Faut-il que j'ouvre? et quand j'aurai ouvert, que faut-il que je fasse?

On frappe un second coup. Au fait, tout cela ne me regarde pas. Est-ce ma faute si son amant est un poltron fieffé, et s'il la jette à la tête du premier venu pour sauver sa peau? D'un autre côté, si je me croisc les bras, son frère peut être un brutal, et elle n'a personne pour la défendre. D'où sort-elle? et qu'est-ce qui dit qu'elle ne va pas me rire au nez si je fais le rodomont? Il faut faire tout ou rien.

On frappe encore.

JULIE.

A quoi pensez-vous, seigneur cavalier?

Elle öle son masque.

MARIANI.

Entrez ici, madame, et laissez-moi faire.

Julie sort, Qu'elle soit ce qu'elle voudra, elle est belle comme le soleil.

Il va ouvrir. — Entre Appiani.

APPIANI.

Qui êtes-vous ?

MARIANI.

Et vous ?

APPIANI.

Ma seur est ici.

MARIANI.

Qu'en savez-vous ?

APPIANI.

Es-tu son amant?

MARIANI.

Que fais-tu si je le suis? "

APPIANI.
Dis oui ou non, ou tu es un lâche.

MARIANI.

Non.

APPIANI, appelant. Julie, sors de cette chambre. Ne le cache pas, je t'ai vue par la fenêtre.

• Julie rentre

JULIE. Bonjour, Benvenuto; me voilà.

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