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l'attestent les annales de l'empire. Après la destruction complète de la dynastie des Han, il s'éleva une nouvelle famille qui occupa le trône depuis l'an 264 de J. C. jusqu'en l'an 420, dont le nom put contribuer à perpétuer celui qu'on donnoit déjà à la Chine, parce qu'on l'appeloit aussi Thsin; mais ce nom s'écrivoit avec un caractère différent.

Si, comme les traditions Géorgiennes l'attestent, les Orpéfians viennent d'un pays appelé Djen, et si c'est pour cette raison qu'ils ont toujours été nommés Chinois, on voit qu'il est difficile de faire concorder tout cela avec l'époque que nous avons assignée, à leur arrivée en Géorgie. Cependant nous ne pouvons guère la révoquer en doute. Plusieurs passages de l'histoire des Orpélians parlent de l'antiquité de leur émigration : on en trouve un entre autres fort important sous ce rapport, car il atteste que, long-temps après leur arrivée en Géorgie, sous le règne de Pharnabaze, pre-, mier roi de ce pays, leur puissance s'accrut considérablement (1); et nous pensons qu'on ne peut placer la fondation de ce royaume moins de deux siècles avant notre ère. Nous sommes donc, de toute nécessité, forcés de fixer cet autre événement à une époque bien plus ancienne, et d'admettre que Pusage du nom de Thsin ou de Chine, quelle que soit sa prononciation, remonte à un temps antérieur à celui de l'établissement de la dynastie Thsin sur le trône impérial. L'usage de la dénomination de Thsin dateroit à la rigueur de l'an 249 avant J. C: cependant Ératosthène fait déjà mention des Thinæ , Oivas (2), qui, d'après tout ce que nous avons dit, sont les mêmes que les Chinois. Comme cet écrivain vécut depuis

(1) Voyez ci-après , Histoire des Orpélians, chap. 1.
(2) Apud Strabon. lib. I, p. os , et lib. II, p. 68 et 69.

l'an 276 avant J. C. jusqu'en l'an 196 aussi avant J. C., il faudroit supposer qu'il auroit connu le nom de Thsin presque aussitôt qu'il auroit eu cours, en admettant, ce qui au reste est assez vraisemblable, qu'il composa ses ouvrages géographiques dans la dernière partie de sa vie. Nous remarquerons aussi que ce géographe est le seul étranger qui ait prononcé, avec l'articulation convenable , la consonne initiale de Thsin. Toutefois il est difficile de croire que, si le nom de la dynastie Thsin n'avoit pas été fort répandu avant son élévation, il eût pu être connu presque aussitôt jusqu'à Alexandrie. I n'en fut pas ainsi : le nom des Thsin subsistoit depuis longtemps lors de leur inauguration au trône impérial. Nous avons déjà remarqué que, quand cette famille devint seule maîtresse de l'empire, elle existoit depuis plusieurs siècles, et qu'elle avoit réuni la plus grande partie de la Chine sous ses lois. Comme elle possédoit toutes les provinces occidentales de la Chine, son nom particulier, qui étoit déjà célèbre, avoit pu se répandre dès long-temps chez les nations Scythiques, avec lesquelles elle devoit nécessairement avoir des rapports. Il est fort probable que l'histoire particulière de cette dynastie nous fourniroit les moyens d'expliquer, d'une manière satisfaisante, ce que l'origine des Orpélians présente d'obscur; et, en nous faisant connoître les fugitifs qui vinrent en Géorgie, elle nous prouveroit par cela même que l'usage du nom de Thsin est plus ancien que l'élévation des rois de cette race à l'empire, ce que nous croyons au reste avoir suffisamment démontré.

L'historien des Orpélians nous apprend que les chefs de cette famille firent le tour de la mer Caspienne pour venir en Géorgie, et qu'ils y entrèrent par le défilé situé au milieu de la chaîne Caucasienne, que les Géorgiens nomment Porte

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de Dariel ou Tarial. Ils vinrent donc par le nord. Les Mamigonéans entrèrent en Perse par le côté oriental; mais Moyse de Khoren , en parlant de leur arrivée, se sert d'expressions remarquables et qui peuvent encore jeter quelque jour sur la question qui nous occupe. « On raconte, dit-il, que c'est du » temps du roi Schahpour, que le chef de la race des Mamigo» néans vint d'un pays célèbre et puissant, situé du côté du » nord-est, je veux dire de chez les peuples du Djénasdan, » qui tiennent le premier rang parmi les nations du nord (1). On ne verra certainement pas sans étonnement placer la Chine parmi les pays du nord, quand on sait que les provinces les plus septentrionales de cet empire n'atteignent pas en latitude la hauteur de l'Arménie et de la Géorgie ; il faut que quelques circonstances particulières expliquent ces expressions singulières. Nous croyons en avoir trouvé le moyen : c'est que, quand on alloit de la Perse en Chine , on ne marchoit pas directement vers l'orient, mais la route se dirigeoit vers le nord , et l'on étoit obligé de faire le tour du prolongement des hautes montagnes du Tibet, qui s'avancent au milieu de l'Asie , de manière à intercepter toute communication directe entre la partie orientale et la partie occidentale. On traversoit donc les montagnes qui sont au nord de la Transoxane, on parcouroit toute la Sibérie méridionale , ensuite on redescendoit vers le midi pour entrer en Chine. Quand Houlagou , petit-fils de Djinghiz-khan, partit des frontières de la Chine avec une armée Mongole, pour s'éta

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blir en Perse , il prit cette route comme la plus courte et la plus facile. On la trouve décrite, de la manière la plus circonstanciée, dans les écrivains Chinois : il en est aussi

question, mais avec moins de détails, dans l'Histoire des Mongols de Raschid-eddin (1). Quand Tamerlan voulut aller attaquer les . Chinois , il prit aussi sa route par le nord de la Transoxane (2). Il n'est pas étonnant, d'après cela , que les Persans et les Arméniens aient rangé la Chine parmi les pays septentrionaux, puisque, pour y aller de chez eux, il falloit nécessairement s'y rendre par le nord, et que c'étoit par-là qu'ils voyoient venir les Chinois. C'est sans doute pour une raison semblable que l'auteur du Périple de la mer Érythrée a remonté si au nord le pays de Thina ou la Chine. On conçoit maintenant comment les Orpélians ont pu venir s'établir en Géorgie , en faisant le tour de la mer Caspienne, du côté du septentrion.

Le nom des Orpélians est dérivé, comme nous l'apprend l'archevêque de Siounie , de celui de la forteresse de Schamschouildé dans la Géorgie méridionale, qui s'appeloit dans lantiquité Orpeth , et qui leur fut cédée par les Géorgiens. Ce nom cependant n'a pas fait oublier ceux qui rappellent leur origine: on les nomme encore, selon la différence des langues, en géorgien, Djénévoul, et en arménien, Djénatsi, c'est-à-dire Chinois. On les appelle encore actuellement dans le pays Dienpakouriani (3), ce qui signifie Descendans du pakour de

(1) Ms. Persan, n.° 78, A, fol. 278 recto et verso.

(2) Histoire de Timur-bek, par Scherif-eddin Aly lezdy, traduite par Petis de la Croix, tom. IV, p. 205-220.

(3) M. de Klaproth n'a pas parlé de ce fait curieux dans la relation de son voyage, quoiqu'il l'eût appris à Téflis ; il lui avoit paru si peu vraisemblable, qu'il l'avoit rejeté comme fabuleux.

empereurs de la

Djen. On a déjà vu que le titre de pakour étoit celui que prenoient les souverains du Djénasdan : il est certainement le même que celui de faghfour joies, que les Arabes et les Persans donnoient généralement au monarque de Tchin, et qui a exercé sans succès la critique de plusieurs savans, qui l'ont recherché vainement dans la langue Chinoise (1). Masoudy, qui en a fait aussi mention sous la forme y baghbour , dit qu'il signifie fils du Ciel: mais au reste, comme il a soin de l'observer, ce n'est pas

celui
que

les Chine prenoient ordinairement de son temps ; ils en avoient un autre qui étoit, selon le manuscrit que nous avons sous les yeux,

biob thamghama, qui signifioit, selon lui, , lis géant, puissant, empereur (2). Quelle que soit la véritable signification des mots pakour et faghfour, il n'en est pas moins certain que Masoudy semble avoir raison dans son interprétation: les empereurs Chinois ont toujours pris la qualification de fils du Ciel, et elle a été adoptée, à leur imitation, par tous les princes Tartares qui se sont élevés dans l'intérieur de l'Asie, et qui la traduisirent dans leur idiome particulier. Peut-être les mots pakour et faghfour ne sont-ils de même que d'anciennes traductions du titre impérial de la Chine, dans quelqu'une des langues en usage chez les nations qui séparoient autrefois ce pays de la Perse.

Nous croyons que, par tous les faits que nous avons rap

(1) Hager, Panthéon Chinois, p. 21-24.

و العامة تسميه بغبور ( يغبور .ms ) تفسير ذلك ابن السما تعظيما له (2) والاسم الأخص لملوك الصين والذين يخاطبون به طمنية جبار ولايخاطبون

( ms. jovem griMs. de Constantinople, tom. I."", fol. 59 verso. Ce titre est écrit de même dans le ms. n.° 598, fol. 45 verso. On lit Jeles dans le ms. n.° 599, fol. 39 recto.

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