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Pardonnez ce brusque langage Aux mœurs franches de mon séjour; C'est le compliment d'un sauvage, Qui, loin de la langue du jour, Loin des souplesses de l'usage, Et trouvant pour vous son hommage Gravé dans un cœur sans détour, N'en veut pas savoir davantage. Si je mêle si tard ma voix A l'alégresse générale, L'ignorance provinciale M'excuse par ses tristes droits. Réduit, pour toute nourriture, A m'instruire, à m'orner l'esprit, Dans la Gazette ou le Mercure, Sur ce qui se fait et se dit Je ne sais rien qu'à l'aventure; Je parle quand il n'est plus temps ; Et les nouvelles ont mille ans Quand l'imprimeur me les assure. Ce n'est que dans ces lieux brillants Qu'enrichit la Seine féconde Des heureux tributs de son onde , Que l'on sait tout, que l'on sait bien ; Ailleurs on n'est plus de ce monde, On sait trop tard, on ne sait rien. O province, que ta lumiere " Languit sous des brouillards épais !

Et sur les plus simples objets
Quelle stupidité pléniere !
Un seul trait parmi les journaux
De l'imbécillité profonde
De nous autres provinciaux
Montre combien dans nos propos
Nous sommes au fait de ce monde,
Et présente dans tout leur jour
Notre force et nos connoissances
Sur les nouvelles et la cour,
Sur l'usage et ses dépendances.
Ce trait excusera mon zele
De vous être si tard offert,
Grace à l'éclipse habituelle
Dont notre mérite est couvert.
Mon anecdote n'est pas neuve;
Mais les provinciaux passés
Sont trop dignement remplacés
Pour que le temps nuise à ma preuve
Quand Vardes revint à la cour,
Rappelé par la bienfaisance,
Après un très mortel séjour
De province et de pénitence,
Louis quatorze, avec bonté,
S'informant du genre de vie
Qu'il avoit mené, du génie,
Du ton de la société
Au lieu qu'il avoit habité:

« Sire, excellente compagnie, « De l'esprit comme on n'en a point, « Gens charmants, instruits de tout point, « Et d'une ressource infinie. « Ce sont des conversations « Incroyables, fort amusantes; « Il s'y traite des questions « Très neuves, très intéressantes. « Par exemple, quand je partis, « On avoit mis sur le tapis « Un problême assez difficile, « Et sur lequel toute la ville « Parloit sans pouvoir s'accorder : « La question étoit critique; « Il s'agissoit de décider « Une matiere politique, « Et qui, de votre Majesté, « Ou de Monsieur, étoit l'aîné.» Sur notre gauloise ineptie C'est trop arrêter vos regards, Tandis que la gloire, les arts, Et le bonheur de la patrie Vous occupent de toutes parts, Tandis que votre main féconde Soutient, dans ses brillants travaux, Le pavillon et les drapeaux Du pacificateur du monde. Puissent mon hommage et mes vers

Vous être heureusement offerts,
Loin du bruit de la galerie,
Loin du chaos des suppliants,
Quand vous viendrez quelques instants
Respirer à la tuilerie!
C'est dans ce séjour enchanteur,
Palais de Flore et de Minerve,
Que le premier fruit de ma verve
Reçut le prix le plus flatteur
Des suffrages dont je conserve
Un souvenir cher à mon cœur;
C'est dans ces beaux lieux que j'espere
Aller quelque jour vous offrir
Le pur encens d'un solitaire,
Avec les fruits de son loisir ;
Et dans les différentes classes
D'originaux, valant de l'or,
Dont j'ai peint, dans un libre essor,
L'esprit, la sottise, et les graces,
Vous trouverez peut-être encor
Que, même sous un ciel barbare,

J'ai sauvé de l'obscurité

Un rayon de cette gaieté
Qui devient aujourd'hui si rare,
Quoique très bonne à la santé.

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É LEvE et successeur d'Horace,
De Despréaux et d'Hamilton,
Vous qui nous ramenez leur ton,
Et leur coloris, et leur grace,
Sans effort, sans prétention,
Sans intrigue, et sans dédicace;
O vous, dont l'aigle et les zéphyrs
Guident au gré de vos desirs
La route toujours neuve et sûre,
Peintre brillant de la nature,
De la sagesse et des plaisirs ;
Quand vous dérobez à notre âge
Des tableaux que la vérité,
Et le génie, et la gaîté
Ont marqués, par la main d'un sage,
Du sceau de l'immortalité;
Dites-moi, divin solitaire,

Dites, par quelle cruauté
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