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ODE PREMIERE.

AU ROI,

sUR LA GUERRE
1733.

A1N s1 les héros de Solime
Respectoient le sang des humains ;
Ainsi, pour désarmer le crime,
Ils n'armoient qu'à regret leurs mains :
A l'ombre des sacrés portiques,
Rois citoyens, rois pacifiques,
Ils fuyoient les champs du trépas;
L'ordre exprès du Dieu des batailles
A de sanglantes funérailles
Pouvoit seul conduire leurs pas.

Toujours l'ange de la victoire
Précédoit leurs fiers bataillons,
Toujours les ailes de la gloire
Reposoient sur leurs pavillons :

Tels sont les exploits et les fêtes
Que l'aurore de tes conquêtes,
Grand roi, présage en tes beaux jours;
Des princes l'honneur de son temple
Le ciel te voit suivre l'exemple,
Il te doit les mêmes secours.

Combattre et vaincre sans justice,
De tous les rois être ennemi,
C'est être héros par caprice,
C'est n'être héros qu'à demi :
Loin de nous ces vainqueurs bizarres
Qui, de leurs sujets, rois barbares,
Méprisent les cris douloureux !
Loin cette gloire trop funebre
Qui, pour les jeux d'un fou célebre,
Fait un peuple de malheureux !

La France, exempte de ces craintes,
Souscrit aux vœux de ta vertu;
Ses palmes ne seront point teintes
D'un sang à regret répandu :
Instruite que tu dois tes armes
Au sort du monde, à ses alarmes,
Aux égards d'un auguste amour,
Sa fidélité s'intéresse
A cette héroïque tendresse
Qui forge ton glaive en ce jour.

Moins sensible aux conquêtes vastes
Qu'à l'heureux sort de tes sujets,
Tu faisois écrire tes fastes
Par la main seule de la Paix ;
Mais le Souverain des armées
Veut que tes mains plus renommées
De lauriers chargent ses autels.
Prends la foudre, et montre à la terre
Que ton cœur n'épargnoit la guerre
Que pour épargner les mortels.

Quels plus équitables trophées
Que ceux que va dresser ton bras
Sur les discordes étouffées*,
Sur un reste de cœurs ingrats !
En vain l'envie, au pas oblique,
D'une suprême république
Vient tenter la fidélité,
Et lui porte d'indignes chaînes
Sous les apparences trop vaines
De secourir sa liberté:

Tu ne parois dans la carriere
Que pour dissiper ces complots,
Et lever l'injuste barriere
Qui ferme un trône à son héros :

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Secondé par d'heureux ministres,
Tu brises ces trames sinistres.
Qu'il regne, ce roi vertueux !
Sa gloire étoit moins bien fondée,
Et sa vertu moins décidée,
S'il n'avoit été malheureux.

Tel qu'après l'éclipse légere
De son empire étincelant
Du sein de l'ombre passagere
L'astre du jour sort plus brillant;
Tel, vers les régions de l'Ourse
Stanislas reprenant sa course
Eclate enfin dans tout son jour :
Nos cœurs s'envolent à sa suite,
Et jusqu'aux chars errants du Scythe
Portent la voix de notre amour.

Toi, que la Suede en vain desire*,
Si quelque soin touche les morts,
Ombre, que la Vistule admire,
Que ne reviens-tu sur ses bords ?
Ton aspect domtant la furie
Dans les antres de Sibérie
Replongeroit leurs habitants :
Mais tandis que je te rappelle,

* Charles XII.

Stanislas dans l'ombre éternelle
A précipité ces Titans.

Il regne. Agile Renommée,
J'entends ta triomphante voix;
La Rebellion désarmée
Tombe, et se range sous ses lois.
Que la brigue s'anéantisse !
Dissipe, céleste Justice,
Un fantôme de royauté;
Assure à son unique maître,
Au seul qui mérite de l'être,
Un trône deux fois mérité.

Noble compagne des disgraces
Et des splendeurs d'un tendre époux,
Les cieux t'appellent sur ses traces,
Va partager des jours plus doux :
Ton goût, tes vertus révérées,
Tes graces, paroient nos contrées; .
Tu vas emporter nos regrets.
Heureux, en perdant ta présence,
Que l'Esther qu'adore la France
Te retrace dans ses attraits ! "

Ainsi des rois ton nom suprême,
Puissant Louis, est le soutien ;
En défendant leur diadême

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