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Quelle étrange bizarrerie
Traîna ces stoïques errants,
Quj, méconnoissant la patrie,
Firent gloire d'en vivre absents ?
Du nom de citoyens du monde
En vain leur secte vagabonde
Crut se faire un titre immortel ;
L'Erreur adora ces faux sages ;
La Raison, juste en ses hommages,
N'encensa jamais leur autel.

Que tout le Lycée en réclame,
Je ne connois point pour vertu
Un goût par qui je vois de l'ame
Le plus cher instinct combattu.
S'il faut t'immoler la nature,
Je t'abhorre, sagesse dure,
A mes yeux tu n'es qu'une erreur :
Insensé le mortel sauvage
Qui, pour avoir le nom de sage,
Ose cesser d'avoir un cœur !

Bords de la Somme, aimables plaines,
Dont m'éloigne un destin jaloux,
Que ne puis-je briser les chaînes
Qui me retiennent loin de vous !
Que ne puis-je, exempt de contrainte,
Échapper de ce labyrinthe

Par un industrieux essor,
Et jouir enfin sans alarmes
D'un séjour où regnent les charmes
Et les vertus de l'âge d'or !

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Qurrre ces bois, Muse bergere,
Vole vers une aimable cour:
Tu n'y seras point étrangere,
Tes sœurs habitent ce séjour.

»
Leur art divin dans les beaux âges
Charmoit les plus fiers conquérants :
Il est encor l'amour des sages ;
Mais il n'est plus l'amour des grands.

Art chéri, si Plutus t'exile,
Si les cours ignorent ton prix,
Il te reste un illustre asile,
. Un Parnasse à tes favoris.

De tes beautés arbitre juste,

Un héros chérit tes lauriers ;
Tel Pollion, aux jours d'Auguste,
Joignoit le goût aux soins guerriers.

Des chantres vantés d'Ausonie
Mécene fut le protecteur;
Mais de leur sublime harmonie
Il ne fut point l'imitateur.

L'ami des chantres de la Seine
Unit dans un éclat égal
Au plaisir d'être leur Mécene
Le talent d'être leur rival.

Tu sais, Muse, de quelle grace
Sa lyre anime une chanson ;
On croit entendre encore Horace,
Ou l'élégant Anacréon.

Du Romain il a la justesse,
Du Grec l'atticisme charmant ;
Comme eux il offre la sagesse
Sous les attraits de l'enjoûment.

Oseras-tu de ta musette
Lui répéter les simples airs ?
Ose; ta candeur, ta houlette,
Excusent tes foibles concerts.

l » 16

On t'a dit sous quel titre illustre
Le Tage autrefois l'admira ;
A des succès d'un plus grand lustre
Bientôt le Tibre applaudira.

Sur les campagnes de Neptune
Tu verras partir ton héros.
Si tu peux, sans être importune,
Ose lui parler en ces mots : '

Digne fils d'un aimable pere,
Héritier de ses agréments,
Imitateur d'un sage frere*,
Héritier de ses sentiments ;

Chargé des droits de la couronne,

Allez, montrez dans cet emploi

A A
Que, sans être né sur le trône,
On peut penser et vivre en roi.

Quand votre esprit tranquille et libre
Se permettra quelques loisirs,
Aux beaux lieux que baigne le Tibre
Je vois quels seront vos plaisirs.

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* M. le duc de Beauvilliers, gouverneur des duchés de Bourgogne, d'Anjou, et de Berri.

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