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Église , immuable Sion ?
Ne verras-tu plus leurs miracles
Sur ta fidelle nation ?
Comme une veuve infortunée,
A tes malheurs abandonnée,
Languiras-tu sans défenseur ?
Mais à tort j'en forme le doute,
Ils vivent; l'enfer les redoute
Dans plus d'un digne successeur.

D'un héritier de leur grande ame
Rastignac t'offre tous les traits ;
Rempli du même esprit de flamme,
Il tient les mêmes intérêts :
Peuple, spectateur de sa gloire,
Parle, retrace la mémoire
De ces jours de sacrés travaux,
Où, dans une noble fatigue,
De soi-même on le voit prodigue,
En pere, en apôtre, en héros.

Tout vit heureux sous son empire ;
L'équité prononce ses lois,
Sur son front la douceur respire,
La bonté parle par sa voix ;
Du pauvre il prévient la misere,
Dans lui l'orphelin trouve un pere,
L'innocence y trouve un appui ;

Il protege l'humble mérite;
Et la vertu, souvent proscrite,
Triomphe toujours devant lui.

Il sait la rendre aimable à l'homme,
Et la parer d'attraits vainqueurs,
Quand il veut, nouveau Chrysostome,
Instruire et réformer les cœurs :
Son éloquence fructueuse,
Par sa force majestueuse,
Maîtrise et force les esprits :
Promenant les graces dociles
Sur les terres les plus stériles,
Il en forme des champs fleuris.

Au goût des sciences sublimes
Il joint celui des arts charmants ;
Il aime que l'appât des rimes
Embellisse le sentiment :
Le beau seul a droit de lui plaire ;
Censeur délicat et sincere,
Il en décide toujours bien :
Je croirai mes foibles ouvrages
Sûrs des plus critiques suffrages
S'ils peuvent enlever le sien.

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Q uEL Dieu, quelle nouvelle aurore
Nous ouvre les portes du jour ?
Un plus beau soleil vient d'éclore,
Et dévoile un brillant séjour.
Que vois-je?ce n'est plus la terre :
Dans les régions du tonnerre
Je porte mes regards surpris ;
Un temple brille au sein des nues ;
Là sur des ailes inconnues
J'éleve mes libres esprits.

De l'Éternel vois-je le trône ?
Les anges, saisis de respect
De la splendeur qui l'environne
Ne peuvent soutenir l'aspect :
Mais quoi!vers ce trône terrible,

A tout mortel inaccessible,
Dans un char plus brillant que l'or,
Par une route de lumiere,
Quittant la terrestre carriere,
Deux mortels vont prendre l'essor.

Volez, Vertus, et sur vos ailes
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi-dieux :
Ils vont; la main de la Victoire
Les conduit au rang que la Gloire
Au ciel dès long-temps leur marqua :
Frappé de cent voix unanimes,
L'air porte au loin les noms sublimes
Et de Gonzague et de Kostka.

Sur des harpes majestueuses
A l'envi les célestes chœurs
Chantent les flammes vertueuses
Qui consumerent ces beaux cœurs ;
Leur jeunesse sanctifiée,
La fortune sacrifiée,
Les sceptres foulés sous leurs pas :
Plus héros que ceux de leur race,
A l'héroïsme de la grace
Ils consacrerent leurs combats.

Tout le ciel, ému d'alégresse,
Chante ces nouveaux habitants ;
La Religion s'intéresse
A leurs triomphes éclatants ;
La Vérité leur dresse un trône;
La Candeur forme leur couronne
De myrtes saints toujours fleuris,
Et, dans cette fête charmante,
Chaque vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.

Qu'offrois-tu, profane Élysée ?
Des plaisirs sans vivacité,
Dont la douceur bientôt usée
Ne laissoit qu'une oisiveté;
Vains songes de la poésie !
Le ciel offre à l'ame choisie
Un bonheur plus vif, plus constant,
Dans les délices éternelles
Qui conservent, toujours nouvelles,
Le charme du premier instant.

Là, goûtant de l'amour suprême
Les plus délicieux transports,
Les cœurs, dans le sein de Dieu même.
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Fôrce ici ma lyre au silence;

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