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Réformer ceux de ce séjour; Rends-nous ce goût qu'Euterpe avoue : Guidé par toi, l'enfant Amour Ne viendra plus dans nos montagnes Parler aux Nymphes des campagnes Comme il parle aux Nymphes de cour.

. Affranchis l'églogue captive,
Tire-la des chaînes de l'art ;
Qu'elle soit tendre, mais naïve,
Belle sans soin, vive sans fard ;
Que dans des routes naturelles
Elle cueille des fleurs nouvelles,
Sans les chercher trop à l'écart.

En industrieuse bergere
Qu'elle dépeigne les forêts,
Mais sur une toile légere,
Sans des coloris indiscrets ;
Et que jamais le trop d'étude
N'y contraigne aucune attitude,
Ni ne charge trop les portraits.

La nature sur chaque image
Doit guider les traits du pinceau;
Tout doit y peindre un paysage,
Des jeux, des fêtes sous l'ormeau :
L'œil est choqué s'il voit reluire

Les palais, l'or, et le porphyre,
Où l'on ne doit voir qu'un hameau.

Il veut des grottes, des fontaines,
Des pampres, des sillons dorés,

Des prés fleuris, de vertes plaines,

Des bois, des lointains azurés;
Sur ce mélange de spectacles
Ses regards volent sans obstacles,
Agréablement égarés.

Là, dans leur course fugitive y
Des ruisseaux lui semblent plus beaux
Que ces ondes que l'art captive .
Dans un dédale de canaux,
Et qu'avec faste et violence
Une sirene au ciel élance,
Et fait retomber en berceaux.

Sur cette scene tout inculte,
Mais par là plus charmante aux yeux,

On aime à voir, loin du tumulte,
Un peuple de bergers heureux ;

Le cœur, sur l'aile de l'Idylle,

Porté loin du bruit de la ville,
Vient être berger avec eux

Là ses passions en silence

Laissent parler la Vérité;
A la suite de l'Innocence
Là voltige la Liberté;
Là, rapproché de la nature,
Il voit briller la vertu pure
Sous l'habit de la volupté.

Oui, la Vertu vit solitaire
Chez les bergers ses favoris ;
Fuyant le faste et l'art austere,
Elle y badine avec les Ris.
Farouche vertu du portique,
De ton mérite sophistique
Pourrions-nous être encore épris ?

Aux vrais biens, par un doux mensonge,
L'églogue rend ainsi les cœurs :
La raison sait que c'est un songe,
Mais elle en saisit les douceurs ;
Elle a besoin de ces fantômes :
Presque tous les plaisirs des hommes
Ne sont que de douces erreurs.

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Cer ouvrage est moins une exacte traduction qu'une imitation hardie des Églogues de Virgile; l'exactitude classique et littéraire ne sert qu'à rabaisser l'essor poétique. L'auteur a cru devoir en secouer le joug, intimidé et averti par le peu de succès de quelques traducteurs de différents poëtes; traducteurs craintifs et scrupuleux, qui n'ont eu d'autre mérite dans leur travail que celui de prouver au public qu'ils savoient expliquer mot pour mot leur auteur; mérite de pédant ou d'écolier. Pour trop vouloir conserver l'air latin à leur original, ils l'ont souvent privé des beautés que la langue françoise devoit lui prêter. Ils ont pris beaucoup de peine; il en

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