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Et descendit au ténébreux empire.
De mon héros les illustres malheurs
Peuvent aussi se promettre vos pleurs.
Sur sa vertu par le sort traversée,
Sur son voyage et ses longues erreurs,
On auroit pu faire une autre Odyssée,
Et par vingt chants endormir les lecteurs :
On auroit pu des fables surannées
Ressusciter les diables et les dieux;
Des faits d'un mois occuper des années,
Et, sur des tons d'un sublime ennuyeux,
Psalmodier la cause infortunée
D'un perroquet non moins brillant qu'Énée,
Non moins dévot, plus malheureux que lui.
Mais trop de vers entraînent trop d'ennui.
Les muses sont des abeilles volages ;
Leur goût voltige, il fuit les longs ouvrages,
Et, ne prenant que la fleur d'un sujet,
Vole bientôt sur un nouvel objet.
Dans vos leçons j'ai puisé ces maximes :
Puissent vos lois se lire dans mes rimes !
Si, trop sincere, en traçant ces portraits
J'ai dévoilé les mysteres secrets,
L'art des parloirs, la science des grilles,
Les graves riens, les mystiques vétilles,
Votre enjoûment me passera ces traits;
Votre raison, exempte de foiblesses,
Sait vous sauver ces fades petitesses;

Sur votre esprit, soumis au seul devoir,
L'illusion n'eut jamais de pouvoir :
Vous savez trop qu'un front que l'art déguise
Plaît moins au ciel qu'une aimable franchise,
si l*ertu se montroit aux mortels,
Ce grseroit ni par l'art des grimaces,
Ni sous des traits farouches et cruels,
Mais sous votre air ou sous celui des Graces,
Qu'elle viendroit mériter nos autels.
Dans maint auteur de science profonde
J'ai lu qu'on perd à trop courir le monde;
Très rarement en devient-on meilleur :
Un sort errant ne conduit qu'à l'erreur.
Il nous vaut mieux vivre au sein de nos Lares,
Et conserver, paisibles casaniers,
Notre vertu dans nos propres foyers,
Que parcourir bords lointains et barbares;
Sans quoi le cœur, victime des dangers,
Revient chargé de vices étrangers.
L'affreux destin du héros que je chante
En éternise une preuve touchante;
Tous les échos des parloirs de Nevers,
Si l'on en doute, attesteront mes vers.

A NEvERs donc, chez les Visitandines,
Vivoit naguere un perroquet fameux,
A qui son art et son cœur généreux,
Ses vertus même, et ses graces badines,

Auroient dû faire un sort moins rigoureux,
Si les bons cœurs étoient toujours heureux.
Ver-Vert (c'étoit le nom du personnage),
Transplanté là de l'indien rivage,
Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien,
Au susdit cloître enfermé pour son bien. .
Il étoit beau, brillant, leste et volage,
Aimable et franc, comme on l'est au bel âge,
Né tendre et vif, mais encore innocent;
Bref, digne oiseau d'une si sainte cage,
Par son caquet digne d'être en couvent.
Pas n'est besoin, je pense, de décrire
Les soins des sœurs, des nonnes, c'est tout dire;
Et chaque mere, après son directeur,
N'aimoit rien tant : même dans plus d'un cœur,
Ainsi l'écrit un chroniqueur sincere,
Souvent l'oiseau l'emporta sur le pere.
Il partageoit, dans ce paisible lieu,
Tous les sirops dont le cher pere en Dieu,
Grace aux bienfaits des nonnettes sucrées,
Réconfortoit ses entrailles sacrées.
Objet permis à leur oisif amour,
Ver-Vert étoit l'ame de ce séjour:
Exceptez-en quelques vieilles dolentes,
Des jeunes cœurs jalouses surveillantes,.
Il étoit cher à toute la maison.
N'étant encor dans l'âge de raison,
Libre, il pouvoit et tout dire et tout faire;

Il étoit sûr de charmer et de plaire. .
Des bonnes sœurs égayant les travaux,
Il béquetoit et guimpes et bandeaux.
Il n'étoit point d'agréables parties
S'il n'y venoit briller, caracoler,
Papillonner, siffler, rossignoler :
Il badinoit, mais avec modestie,
Avec cet air timide et tout prudent
Qu'une novice a, même en badinant.
Par plusieurs voix interrogé sans cesse,
Il répondoit à tout avec justesse :
Tel autrefois César en même temps
Dictoit à quatre en styles différents.
Admis par-tout, si l'on en croit l'histoire,
L'amant chéri mangeoit au réfectoire :
Là tout s'offroit à ses friands desirs ;
Outre qu'encor pour ses menus plaisirs,
Pour occuper son ventre infatigable,
Pendant le temps qu'il passoit hors de table,
Mille bonbons, mille exquises douceurs,
Chargeoient toujours les poches de nos sœurs.
Les petits soins, les attentions fines,
Sont nés, dit-on, chez les Visitandines ;
L'heureux Ver-Vert l'éprouvoit chaque jour :
Plus mitonné qu'un perroquet de cour,
Tout s'occupoit du beau pensionnaire;
Ses jours couloient dans un noble loisir.
Au grand dortoir il couchoit d'ordinaire

Là de cellule il avoit à choisir ;
Heureuse encor, trop heureuse la mere
Dont il daignoit, au retour de la nuit,
Par sa présence honorer le réduit !
Très rarement les antiques discretes
Logeoient l'oiseau; des novices proprettes
L'alcove simple étoit plus de son goût :
Car remarquez qu'il étoit propre en tout.
Quand chaque soir le jeune anachorete
Avoit fixé sa nocturne retraite,
Jusqu'au lever de l'astre de Vénus
Il reposoit sur la boîte aux agnus.
A son réveil, de la fraîche nonnette,
Libre témoin, il voyoit la toilette.
Je dis toilette, et je le dis tout bas :
Oui, quelque part j'ai lu qu'il ne faut pas
Aux fronts voilés des miroirs moins fideles
Qu'aux fronts ornés de pompons et dentelles.
Ainsi qu'il est pour le monde et les cours
Un art, un goût de modes et d'atours,
Il est aussi des modes pour le voile;
Il est un art de donner d'heureux tours
A l'étamine, à la plus simple toile;
Souvent l'essaim des folâtres amours,
Essaim qui sait franchir grilles et tours,
Donne aux bandeaux une grace piquante,
Un air galant à la guimpe flottante;
Enfin, avant de paroître au parloir,

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