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La fougere étoit sa toilette,
Son miroir le crystal des eaux ;
La jonquille et la violette
Étoient ses atours les plus beaux.

On la voyoit dans sa parure
Aussi simple que ses brebis ;
De leur toison commode et pure
Elle se filoit des habits.

Elle occupoit son plus bel âge *
Du soin d'un troupeau plein d'appas,
Et sur la foi d'un chien volage
Elle ne l'abandonnoit pas.

O regne heureux de la nature !
Quel dieu nous rendra tes beaux jours ?
Justice, Égalité , Droiture,
Que n'avez-vous régné toujours ?

Sort des bergers, douceurs aimables,
Vous n'êtes plus ce sort si doux ;
Un peuple vil de misérables
Vit pasteur sans jouir de vous. -

Ne peins-je point une chimere ?
Ce charmant siecle a-t-il été?
D'un auteur témoin oculaire
En sait-on la réalité?

J'ouvre les fastes, sur cet âge
Par-tout je trouve des regrets ;
Tous ceux qui m'en offrent l'image
Se plaignent d'être nés après.

J'y lis que la terre fut teinte
Du sang de son premier berger ;
Depuis ce jour, de maux atteinte,
Elle s'arma pour le venger.

Ce n'est donc qu'une belle fable :
N'envions rien à nos aïeux ;
En tout temps l'homme fut coupable,
En tout temps il fut malheureux.

ON ne trouvera peut-être pas déplacés ici les vers suivants de J. J. Rousseau. Le philosophe de Geneve fut tellement ému à la lecture du Siecle Pastoral, qu'il entreprit de donner une suite à l'idylle de Gresset.

MAIs qui nous eût transmis l'histoire
De ces temps de simplicité?
Etoit-ce au temple de Mémoire
Qu'ils gravoient leur félicité?

La vanité de l'art d'écrire
L'eût bientôt fait évanouir ;
Et sans songer à la décrire,
Ils se contentoient d'en jouir.

Des traditions étrangeres
En parlent sans obscurité;
Mais dans ces sources mensongeres
Ne cherchons point la vérité.

Cherchons-la dans le cœur des hommes,
Dans ces regrets trop superflus,
Qui disent dans ce que nous sommes
Tout ce que nous ne sommes plus.

Qu'un savant des fastes des âges
Fasse la regle de sa foi ;

Je sens de plus sûrs témoignages
De la mienne au-dedans de moi.

Ah! qu'avec moi le ciel rassemble,
Appaisant enfin son courroux,
Un autre cœur qui me ressemble !
L'âge d'or renaîtra pour nous.

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