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Qui, dans la chambre d'un vaisseau,

Oubliant la terre, l'orage,

Et le reste de l'équipage,
Tâchent d'égayer le voyage
Dans un plaisir toujours nouveau ;
Sans savoir comme va la flotte
Qui vogue avec eux sur les eaux,
Ils laissent la crainte au pilote,
Et la manœuvre aux matelots.
A tout le petit consistoire,
Où ne sont échos imprudents,
Rendez cette lettre notoire,
Aimable Aminte, j'y consens ;
Mais sauvez-la des jugements
De cette prude à l'humeur noire,
Au froid caquet, aux yeux bigots,
Et de médisante mémoire,
Qui, colportant ces vers nouveaux,
Sur-le-champiroit sans repos,
Dressant la crête et battant l'aile,
Glapir quelque alarme nouvelle
Dans tous les poulaillers dévots,
Ou qui, pour parler sans emblême,
Dans quelque parloir médisant
Iroit afficher l'anathême "
Contre un badinage innocent,
Et le noircir avec scandale
De ce fiel mystique et couvert

Que vient de verser la cabale
Sur l'histoire de dom Ver-Vert,
Faite en cette critique année
Où le perroquet révérend
Alla jaser publiquement,
Entraîné par sa destinée,
Et ravi, je ne sais comment,
Au secret de son maître absent.
Selon la gazette neustrique,
Cet amusement poétique,
Surpris, intercepté, transcrit
Sur je ne sais quel manuscrit
Par un prestolet famélique,
Se vend à l'insu de l'auteur
Par ce petit-collet profane,
Et déja vaut une soutane
Et deux castors à l'éditeur.
Si ma main n'étoit pas trop lasse,
Ce seroit bien ici la place
D'ajouter un tome nouveau
Aux mémoires du saint oiseau ;
De narrer comme quoi la piece,
Portée au sortir de la presse
Au parlement visitandin,
Causa dans leurs saintes brigades
Une ligue, des barricades,
Et sonna par-tout le tocsin ;
Comme quoi les meres notables,

L'état-major, les vénérables,
Vouloient, dans leur premier accès,
Sans autre forme de procès,
Brûler ces vers abominables,
Comme erronés, comme exécrables,
Jansénistes, impardonnables,
Et notoirement imposteurs ;
Mais comme quoi des jeunes sœurs
La jurisprudence plus tendre
A jusqu'ici paré les coups,
Ravi Ver-Vert à ce courroux,
Et sauvé l'honneur de sa cendre.
Suivant le lardon médisant,
Les jeunes sœurs d'un œil content
Ont vu draper les graves meres,
Les révérendes douairieres, -
Et la grand'chambre du couvent.
Une nonne sempiternelle
Prétend prouver à tout fidele
Que jamais Ver-Vert n'exista,
Vu, dit-elle, qu'on ne pourra
Trouver la lettre circulaire
Du perroquet missionnaire
Parmi celles de ce temps-là.

. Je crois que la remarque habile

De la cloîtriere sibylle
(N'en déplaise à sa charité)
Sera de peu d'utilité;

Car dès que Ver-Vert est cité
Dans les archives du Parnasse,
Quel incrédule auroit l'audace
D'en soupçonner la vérité?
Toutefois ce procès mystique
Au carnaval se jugera ;
Dans un chapitre œcuménique
L'oiseau défendeur paroîtra.
La vieille mere Bibiane
Contre lui doit plaider long-temps,
Et, dans le fort des arguments
Que hurlera son rauque organe,
Perdra ses deux dernieres dents :
Mais la jeune sœur Pulchérie,
Qui pour Ver-Vert pérorera,
(Si dans ce jour, comme on publie,
Les directeurs opinent là)
Très sûrement l'emportera
Sur l'octogénaire harpie.
A plaider contre le printemps
L'hiver doit perdre avec dépens.
Adieu. Voilà trop de folies :
Trop paresseux pour abréger,
Trop occupé pour corriger,
Je vous livre mes rêveries,
Que quelques vérités hardies
Viennent librement mélanger :
J'abandonne l'exactitude

Aux gens qui riment par métier. D'autres font des vers par étude; J'en fais pour me désennuyer : Ainsi vous ne devez me lire Qu'avec les yeux de l'amitié. J'aurois encor beaucoup à dire : L'esprit n'est jamais las d'écrire Lorsque le cœur est de moitié.

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