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PRINCIPAUX TRAITS

DE LA vIE PRIvÉE ET LITTÉRAIRE

DE GRESS ET

JEAN-BAPTISTE GREssEr naquit à Amiens en
17o9; sa famille, originaire d'Angleterre, vint
dans le XVII° siecle s'allier à quelques familles
des plus distinguées de cette ville : son pere
étoit conseiller du roi, et sa mere descendoit
du célebre physicien Rohault.
Gresset fit ses études chez les jésuites d'A-
miens. Le P. Lagneau, d'Arras, prit plaisir à
'cultiver ses heureuses dispositions ; et Gresset
en conserva toujours de la reconnoissance :
il disoit dans une épître à la ville d'Arras, en

- 174o :
L'un de tes citoyens aux lieux de ma naissance

Daigna former, instruire et guider mon enfance.

Il m'apprit à penser : il m'apprit encor plus;

En ouvrant le Parnasse à mon jeune courage,
Il éclairoit mes pas du flambeau des vertus.

Mon ame enfin est son ouvrage.

Le P. Lagneau avoit pris pour devise : Les talents et les mœurs.Ce fut celle de son éleve; et ces deux mots font son histoire. Frappés des grandes espérances que donnoit leur jeune éleve, les jésuites voulurent l'attacher à leur société. Sans avoir de vocation, Gresset ne montra point d'abord de répugnance ; à seize ans, en 1725, il commença son noviciat, et fut, comme il le dit, porté du berceau sur l'autel. Il vint ensuite achever ses études au collége de Louis-le-Grand, à Paris ; et, suivant le très bon usage des jésuites, il en recommença le cours, en professant lui - même les humanités à Moulins, à Tours et à Rouen. Dans chacune de ces villes il annonça de rares talents, soit par des sermons dont quelques uns existent encore, et méritent d'être conservés au moins en manuscrit, soit par des compositions destinées pour les exercices publics des colléges, mais

qui n'avoient aucunement l'empreinte scholastique. Son talent pour la poésie s'essaya d'abord à la versification latine. Une piece en vers élégiaques, intitulée Charites ou les Graces, qu'il fit prononcer par un de ses éleves, à la fin d'une année, est tout-à-fait digne de son titre, et figureroit à côté de ce que nos poëtes les plus aimables ont écrit en françois sur le même sujet. Un autre ouvrage en prose poétique latine est le Discours sur l'Harmonie, prononcé en n733, lorsqu'il étoit professeur de rhétorique, et traduit depuis par lui-même en françois, en 1737. Cet ouvrage fit époque dans sa vie ; là commencerent pour lui les désagréments et les dégoûts, qui le firent enfin revenir sur un engagement contracté sans vocation, et qui l'enleverent aux jésuites par les tracasseries injustes qu'on lui fit essuyer. Dans un discours sur l'harmonie il avoit été naturel d'exalter tout ce qui avoit rapport à la musique : pour un religieux le sujet étoit difficile

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