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Dans la salle de travail des pensionnaires, on voyoit

Un scapulaire à côté d'une blonde,

Les croix du cloître et les pompons du monde.

A la fête de la mere supérieure on devoit jouer Athalie; mais le désordre se mit dans la troupe, parceque . . . . . . .. La sœur Saint-Cucuphas e - • • • • • Qui pouvoit être, S'il m'en souvient, la mere du grand-prêtre, Voulut jouer, quoi ? le petit Joas. Suivoit ensuite le portrait de cette sœur qui, comme l'on sait, avoit, ce jour-là même, perdu sa derniere dent. L orchestre étoit nombreux,

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Devoit jouer de son psaltérion.
On devoit entendre, -
Une guimbarde et quatre serinettes.

Dans l'apothicairerie où se faisoit le rafraîchissant sirop de nénuphar, La sœur Saint-Paul, près de l'âtre accroupie,

Lorgne son pot d'un œil de Canidie.

Quelques uns de ces vers sont conservés ici par pure vénération, comme les éclats de pierre qu'un voyageur aureit rapportés du Parthénon, du tombeau d'Agamemnon, etc. On croit que M. l'âbbé de Richery, qui fut attaché à M. l'abbé de Crillon, avoit dans la mémoire beaucoup de vers de l'Ouvroir : j'ignore si cet ecclésiastique 'est encore vivant. La même personne a bien voulu me donner beaucoup d'autres détails; en voici quelques uns. On sait que J.-J. Rousseau à son retour d'Angleterre passa par Amiens, et qu'il y visita Gresset. Dans un dîner qu'il fit avec lui, et dont étoit la personne de qui je tiens cette anecdote, J.-J. Rousseau dit qu'à la premiere représentation du Méchant quelques Zoïles de l'ancien café Procope prétendirent que le titre de cette piece portoit à faux, et que Cléon n'étoit point ce qu'on appelle un homme méchant; qu'il leur répondit : « Il ne vous paroît point assez méchant, parceque vous l'êtes plus que lui. » Gresset et J.-J. Rousseau ne s'étoient jamais vus, et se quitterent fort contents l'un de l'autre. « Je suis persuarlé, dit Rousseau en sortant, qu'avant de m'avoir vu vous aviez de moi une opinion bien différente; mais vous faites si bien parler les perroquets

qu'il n'est pas étonnant que vous sachiez apprivoiser les ours ». Ce mot, aussi obligeant que spirituel, a été dans plusieurs notices sur Gresset travesti en une maussade dureté que bien gratuitement on prête à Jean-Jacques.Onyprétend,que dans savisite à Gresset, celui-ci avoit en pure perte tâché d'être aimable, que le Genevois n'avoit pas ouvert la bouche, et qu'en sortant il dit à Gresset : « Vous avez fait parler U1I perroquet, mais vous n'avez pu faire parler un ours». Je serois porté à croire qu'il en est de même de beau- coup de boutades désobligeantes que l'on prête à J.-J. Rousseau, et dans lesquelles il faudroit croire à peu près l'opposé de ce qu'on raconte. On a vu dans cette Notice que, pendant le temps que Gresset vécut à Paris, il étoit fort accueilli à l'hôtel de Chaulnes; les principaux membres de la société aimable qui s'y rassembloit étoient : le marquis de Chauvelin, mort subitement à Versailles en faisant la partie du roi ;il avoit été ambassadeur à la cour de Savoie. L'abbé de Chauvelin, son frere, conseiller au parlement; petit homme contrefait, mais de beaucoup d'esprit, et fameux dans l'affaire des jésuites par des dénonciations contre eux. - De Vallier, homme infiniment aimable, qui, après

avoir mangé le fonds de 8o,ooo liv. de rente, étoit

devenu de président au parlement, capitaine au régiment de Champagne, et des aventures duquel on feroit un petit volume très piquant. La Place, traducteur de Tom Jones. De Lafaultriere, conseiller au parlement, etc., etc. Parmi plusieurs anecdotes fort plaisantes que Gresset racontoit de cette société, je demande grace pour une seule qu'on excusera, n'eût-elle d'autre mérite que de dérider un moment le lecteur. Ces messieurs, après un soupé à l'hôtel de Chaulnes, se retiroient tous ensemble vers deux heures du matin; en passant dans la rue Dauphine, Vallier apperçut sur la porte d'une maison d'assez belle apparence, maison à louer présentement. - Parbleu, messieurs, visitons cette maison. - Allons. - On frappe, le portier se leve, et leur demande ce qu'ils veulent. - Nous voulons voir la maison. – Comment, messieurs, à l'heure qu'il est ? - Nous sommes en regle, lisez : Maison à louer présentement. Le portier va réveiller son maître, on allume des flambeaux, et ces messieurs promenent impitoyablement le propriétaire, à moitié endormi, de la cave au grenier; enfin Vallier lui dit : Monsieur, votre maison est belle et très commode, mais elle a

un grand défaut. - Quel est-il, monsieur ? - Elle est bien obscure. - Parbleu! je le crois, répond le maître en bâillant; il n'est pas encore jour.Comme il vit qu'il avoit affaire à des gens décorés et de bonne compagnie, il finit par rire avec eux de la plaisanterie. Ce n'est pas dans une vieille chapelle, mais à côté, et adossée contre l'un de ses murs, qu'est l'étable qui renferme la tombe de Gresset. Il faut espérer que cette étable deviendra un sacrarium, un lieu de vénération pour les habitants d'Amiens, et pour les étrangers qui visiteront cette ville. Le héros du Gazetin étoit un M. Gosset, médecin, qui n'étoit pas sans quelque mérite, et qu'on venoit assez souvent consulter. Il avoit placé au coin de son feu, non pas une caisse de chaise de poste, mais sa chaise à porteurs, fixée avec quatre forts écrous. Quand il lui venoit un malade, il baissoit les glaces ; et, la consultation faite, il les relevoit aussitôt. Il est possible que cette nouvelle édition soit l'occasion de nouveaux détails sur Gresset, et fasse sortir de terre plus ou moins de ses poésies les plus agréables : je me féliciterai beaucoup d'y avoir contribué au moins d'intention.Quant au Gazetin, on vient de m'assurer qu'absolument cet ouvrage est trop foible pour supporter l'impression. Il faut bien finir par en croire ceux qui l'ont lu. - A. A. R.

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