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frique. « Je vois, dit saint Chrysostome (1), beau» coup de fidèles qui participent au corps de Jésus» Christ d'une façon indiscrète et téméraire, plutôt » par coutume et pour satisfaire à la formalité, que » par réflexion et avec les sentimens qu'ils devroient » avoir. Je communierai, dit un fidèle, si le temps » de Carême arrive, ou bien si - l'Epiphanie vient. » Cet homme communie en quelque état qu'il soit. » Ce n'est pourtant ni l'Epiphanie ni le Carême qui » rend les fidèles dignes d'approcher de ce sacrement, » mais la sincérité et la pureté de conscience. Avec » cette pureté, APPROCHEZ-VOUS-EŃ TOUJOURS ; et sans » elle, jamais.

Remarquez que ce Père n'admet aucun milieu entre ces deux termes toujours et jamais. Si votre conscience est impure, ne vous approchez jamais de l'Eucharistie. Si, au contraire, votre conscience est purifiée, approchez-vous-en toujours. Il n'y met aucun milieu ni restriction. Mais continuons à l'écouter.

« Je remarque, dit-il encore, beaucoup d'irrégu» larité en ce point. Dans les autres temps vous n'ap» prochez point de la sainte table, quoiqu'il arrive » souvent que vous soyez purs; mais à Pâque vous » communiez, quoique vous soyez tombé dans le » péché. O habitude! ô présomption! En vain on » offre le sacrifice quotidien; en vain nous sommes » à l'autel, puisque personne n'y participe. Je parle » ainsi, non-seulement afin que vous y participiez, » mais encore afin que vous vous en rendiez digne. » Vous n'êtes pas digne, dites-vous, du sacrifice et

(1) In Ep. ad Eph. c. 1, hom. 111, n. 4: tom..xi, pag. 21.

» de la communion : vous ne l'êtes donc pas aussi de
» la prière. Vous entendez le ministre qui est de-
» bout, et qui crie : Vous tous, qui êtes en péni-
» tence, retirez-vous d'ici. Tous CEUX QUI NE COMMU-
» NIENT PAS SONT EN PÉNITENCE. Si vous êtes du nombre
» de ceux qui sont en pénitence, vous ne devez pas
» communier; car QUICONQUE NE COMMUNIE PAS EST
» EN PÉNITENCE. Pourquoi donc le ministre crie-t-il :
» Vous qui ne pouvez pas prier, retirez-vous d'ici ?
» Quoi donc! vous demeurez impudemment! Mais
w vous n'ÊTES PAS, DITES-VOUS, DU NOMBRE DES PÉNI-

TENS. Quoi! vous ÊTES DU NOMBRE DE ceux QUI
D PEUVENT COMMUNIER, ET VOUS NE VOUS EN SOUCIEZ
» PAS! VOUS CROYEZ QUE CE N'EST RIEN ;

mais

pensez-y,
» je vous en conjure. C'est la table du Roi céleste; les
anges

la servent; le Roi même y est présent : et vous
» vous y tenez debout en bâillant ! Vos habits sont

sales, et vous ne vous en mettez point en peine!
» MAIS ILS SONT PROPRES, DITES-VOUS : HÉ BIEN

!
» TEZ-VOUS DONC A CETTE TABLE, ET COMMUNIEZ. Le Roi
» vient chaque jour pour voir ceux qui sont à sa
» table, et pour leur parler à tous; et maintenant il
» vous dit dans votre conscience : Pourquoi êtes-
» vous là debout, sans avoir la robe nuptiale? Il ne
» dit point : Pourquoi êtes-vous à ma table? Mais
» avant que vous vous y mettiez, et que vous entriez,
» il dit qu'un tel en est indigne. Car il ne dit pas :

Pourquoi vous êtes-vous mis à table? mais il dit :
» Pourquoi êtes-vous entré? Voilà donc ce qu'il dit
» maintenant à nous tous, si nous sommes présens
» avec indécence et sans pudeur. Car QUICONQUE NE
» PARTICIPE POINT AUX MYSTÈRES Y ASSISTE AVEC IM-

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MET-

» PUDENCE ET TÉMÉRITÉ. C'est pourquoi on fait sortir » les premiers ceux qui sont pécheurs; de même que,

quand un maître est à table, il ne faut pas qu'au» cun de ses domestiques qui l'ait offensé soit pré» sent, et qu'on les fait retirer bien loin. Ainsi, quand » on offre ici le sacrifice; quand on sacrifie Jésus» Christ, qui est la victime du Seigneur; quand vous » entendez ces paroles : PRIONS TOUS EN COMMUN; » quand vous voyez tirer les rideaux qui sont devant » les portes, alors croyez que le ciel est transporté » sur la terre, et que les anges y descendent. De » même donc qu'aucun de ceux qui ne sont pas ini» tiés aux mystères ne doit y assister, il faut en ex» clure aussi tous ceux qui sont initiés, mais pé» cheurs. Dites-moi, qu'est-ce que vous penseriez si » quelqu'un, étant invité à un festin, lavoit ses mains, » se mettoit à table, se préparoit au repas, et ensuite >> ne mangeoit point? N'offenseroit-11

pas celui qui » l'auroit invité? N'auroit-il pas mieux valu qu'il eût » été absent? Quoil vous avez assisté au festin; vous » avez chanté l'hymne; vous vous êtes mis au rang » des dignes, en ne vous retirant pas avec les indi» gnes : pourquoi êtes-vous demeuré sans commu» nier? Je suis indigne, me répondra quelqu'un. Hé » bien, vous êtes donc indigne aussi de la société des » prières. »

Je n'ai garde d'entrer ici dans la question qu'on peut faire à l'égard des pécheurs qui n'étoient coupables que de péchés secrets , quoiquäls fussent mortels. Nous n'avons besoin de prendre ici le terme de pénitence que dans un sens général, sans le déterminer ni à la pénitence publique ni à la secrète. Il nous

>

Yuffit de voir que saint Chrysostôme n'admet aucun milieu entre l'état des pénitens qui ont perdu la justice, et celui des justes qui communient en chaque jour d'assemblée. En vain certains hommes, se croyant purifiés et justes , ne font point pénitence comme les pécheurs, et néanmoins s'abstiennent de communier, ne se croyant pas assez parfaits: de milieu est très-dangereux pour l'homme qui veut y demeurer, et il est injurieux au sacrement. En vain certaines personnes croient honorer le sacrement en se privant 'par respect de le recevoir souvent; saint Chrysostôme les réfute et les condamne par ces paroles : Vous dites que vos « habits sont propres. Hé bien, mettez-vous donc à cette table, et communiez..... Quiconque » ne participe point aux mystères, y assiste impudem » ment et avec témérité..... Tous ceux qui ne com» munient pas sont en pénitence..... Mais vous n'êtes » pas, dites-vous, du nombre des pénitens. Quoi ! » vous êtes du nombre de ceux qui peuvent commu*

nier , et vous ne vous en souciez pas !.... Dites-moi, » qu'est-ce que vous penseriez si quelqu'un, étant » invité à un festin, lavoit ses mains, se mettoit à » tablė, se préparoit au repas, et ensuite ne mangeoit

point ? N'offenseroit-il pas celui qui l'auroit invité ? » Nauroit-il pas mieux valu qu'il eût été, absent ?

Quoi ! vous avez assisté au festin; vous avez chanté

l'hymne; vous vous êtes mis au rang des dignes, » en ne vous retirant pas avec les indignes : pour

quoi êtes-vous demeuré sans communier? » En un mot, selon ce Père, il faut, ou faire pénitence avec les pécheurs, ou communier avec les justes. Loin d'honorer le sacrement en se privant de le recevoir,

»

>

»

on offense Jésus-Christ , qui nous invite à son festin , en n'y mangeant pas. La vraie manière d'honorer le pain quotidien est de le manger dignement chaque jour. Mais écoutons encore ce Père.

« Beaucoup de fidèles, dit-il (1) rapportant les » paroles de l'Apôtre, sont foibles et languissans ; » beaucoup d'entr'eux s'endorment. Et comment, di» rez-vous, ces maux nous arrivent-ils, puisque nous » ne receyons ce sacrement qu'une fois l'année ? Et » c'est ce qui trouble tout; car vous vous imaginez » que le mérite consiste, non dans la pureté de con» science, mais dans le plus long intervalle de temps » d'une communion à l'autre. VOUS REGARDEZ COMME » LE PLUS GRAND RESPECT ET LE PLUS GRAND HONNEUR W POUR LE SACREMENT, DE NE VOUS APPROCHER PAS SOU» PENT DE CETTE TABLE CÉLESTE. Ignorez-vous que vous » vous livrez au supplice éternel en communiant in

dignement, quand même vous ne le feriez qu'une » seule fois; et qu'au contraire vous faites votre salut » en communiant dignement, quoique vos commu» nions soient fréquentes ? LA TÉMÉRITÉ NE CONSISTE » PAS A APPROCHER TROP SOUVENT DE LA TABLE DU SEI» GNEUR, mais à en approcher indignement, quand » même ce ne seroit qu'une seule fois dans tout le » cours de la vie.... Pourquoi donc mesurons-nous » la communion par la loi du temps ? C'est LA PU» RETÉ DE CONSCIENCE QUI FAIT QU'IL EST TEMPS D'EN AP» PROCHER. Ce mystère n'a rien de plus à Pâque que » dans les autres temps où l'on l'accomplit sans cesse. » Il est toujours le même; c'est toujours la même » grâce du Saint-Esprit. LA PAQUE CONTINUE TOUTE (1) Hom. I in cap. 11, Epist. v ad Timot. n. 3 : tom. x1, pag. 577.

» L'ANNÉE.

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