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subitement par une crise d'anévrisme au cour qui l'enleva le surlendemain, 13 janvier, à l'âge de près de 74 ans.

« Il avait dû, dit M. Victor Lanjuinais, à la douceur, à la simplicité de ses moeurs et à sa parfaite tempérance, de conserver, jusqu'à la fin de sa vie, le plein usage de ses facultés. Une vivacité prodigieuse se peignait dans tous les mouvements de son corps, dans ses yeux étincelants, dans l'éclat et la soudaineté de sa parole, et dans sa physionomie d'une étonnante mobilité. Sa démarche était ferme et légère, sa voix fraîche et brillante, sa vue infatiguable, quoiqu'il travaillât tout le jour, souvent même pendant ses repas, et son esprit était toujours actif et dispos. Mais une âme trop ardente minait, par ses fougueux élans, cette constitution robuste. Depuis la révolution ministérielle de 1820, la lutte des partis devenait incessamment plus âpre et plus hostile. Lanjuinais, entraîné par son dévouement sans bornes, y prodiguait ses forces et s'y épuisait dans les émotions de la tribune, il rentrait souvent chez lui avec la voix éteinte, l'ardeur de la fièvre et une agitation qui ne se calmait qu'après plusieurs jours de repos'. »

Les nombreux portraits qu'on a de lui, depuis celui de la collection Dejabin jusqu'à la grande lithographie de la série de l'Institut, répondent bien aux indications de ces traits tracés d'une mine filiale et respirent tous une énergie peu commune.

M. de Ségur prononça l'éloge de Lanjuinais à la Chambre des pairs, le 1er mars 1827 :

« C'était un homme éminemment de bonne foi, dit-il, soit qu'il se trompât ou non, sans s'occuper de ce qui pouvait plaire aux différents partis ou les choquer; et par cette bonne foi, toujours respectable même dans les écarts de son imagination, il exprimait, sans ménagement, toute opinion qui lui paraissait juste et conforme à l'intérêt général... Ceux mêmes qu'il combattait rendaient hommage à la pureté de ses intentions, à cette verdeure de veillesse, à cette franchise sans bornes qui ne lui permettait de contenir aucune de ses pensées et qui donnait à ses discours quelquefois impétueux, une empreinte d'originalité qui peignait fidèlement son caractère. »

· Notice par Victor Lanjuinais p. 84.

· Soliman Lieutaud signale dix-neuf portraits de Lanjuinais dans sa liste des Portraits des députés de 1789, p. 113.

Dacier, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions, célébra à son tour, le 25 juillet 1828, ses vertus publiques et privées, son dévouement inaltérable à tout ce qui lui paraissait utile pour tous, avantageux à la société, favorable à la civilisation placée sous la sauvegarde de la religion et des lois. Enfin, M. Mourier, docteur en droit, lui consacra le 26 novembre 1838, le discours d'ouverture de la conférence des avocats et l'étudia successivement comme orateur, jurisconsulte et publiciste, en faisant ressortir sa puissance de parole, sa science consommée du droit et son profond libéralisme.

Aucun des biographes ou panegyristes de Lanjuinais' n'a fait ressortir la contradiction de ce libéralisme avec la conduite étrange tenue par le constituant, à l'égard de l'orthodoxie religieuse, en 1791. J'ai dû la mettre en évidence par respect de la vérité. Elle est fort instructive; et je répètreai ici l'adage par lequel j'ai terminé la préface de ce livre: Amicus Plato, sed magis amica veritas.

René KERVILER. (La suite prochainement).

+ Voy. encore la Biog. Bret. de Levot, la Biog, univ. de Michaud, la Neuvelle Biog. générale de Hoefer, etc. Un des fils de Lanjuinais, Victor, membre de l'Assemblée constituante de 1848, ministre des travaux publics en 1849 et longtemps député de la Loire-Inférieure, a publié en 1832 les Euvres de son père en 3 vol. précédées d'une bonne notice. Il est mort en 1869. — Le comte Lanjuinais, petit-fils de Jean Denis, est aujourd'hui député du Morbihan.

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Léon, autrement : Léo ou suint Léo d'après le mss de la reine de Suède, succéda à Désidérius.

Pendant son épiscopat, les Huns assiégèrent Nantes, en 453. L'assistance du ciel, plus que la valeur de ses habitants, les délivra de ces barbares. L'évêque Léon en rendit grâce à Dieu. On rapporte qu'au moment où il offrait le saint Sacrifice, il vit descendre du ciel, sur l'autel, trois gouttes d'eau égales et brillantes comme le cristal, qui s'étant réunies, formèrent un riche diamant. L'évêque les fitenchâsser dans une croix d'or ornementée de beaucoup de pierres précieuses. Les pierres se détachèrent toutes aussitôt, cédant la place au diamant descendu du ciel. Celui-ci était brillant aux yeux des bons et restait obscur à ceux des méchants.

C'est Sigebert qui raconte ce fait dans ses chroniques ; Travers, ne semble pas y ajouter foi, en faisant remarquer que Grégoire de Tours, du reste très peu instruit, dit-il, des affaires de notre province, n'en fait aucune mention. Léon de Nantes se trouva aussi, en 453, au concile d'Angers, à l'ordination de Thalassius. Selon la plupart des auteurs, Léon, grec d'origine, avait apporté de son pays des reliques de saint André, qu'il plaça dans une chapelle qu'il avait fait bâtir, non loin de la rivière d'Erdre, et à laquelle il donna le nom de l'apôtre. Cette chapelle a depuis donné le sien au quartier de la ville où elle se trouvait.

Léon mourut en 458, et fut enterré dans la chapelle SaintAndré.

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Eusébe, de noble race du pays d'Anjou, était moine de Lérins, quand il fut appelé à gouverner le peuple de Nantes. Il assista, comme évêque, au concile tenu à Tours, en 461, par l'archevêque Perpetuus. Ce fut, d'après Albert-le-Grand, pendant qu'il occupait le siège épiscopal que fut fondé, à Nantes, l'église de Saint-Léonard. On croit, dit Travers, que c'est à lui que Faust, évêque de Riez, (c'est-à-dire de Poitiers, comme nous l'avons démontré plus haut), envoyait ses livres de la Grâce et du libre Arbitre, que Sidoine Appolinaire (Ep. 9. lib. 9) dit avoir lus et tirés des mains du moine Riochat qui les portait aux Bretons, ses compatriotes. Eusèbe, ajoute le moine historien, est l'auteur véritable de plusieurs homélies insérées dans la Bibliothèque des Pères, sous le nom d'Eusebe, d'Emèse. Les savants conviennent qu'elles ne sauraient être de celui-ci, mais qu'elles sont d'un évêque dont on ne marque pas le siège et qui vivait dans les Gaules, un peu après le milieu du Ve siècle. On ne voit pas d'autre évêque du nom d'Eusébe, à qui l'on puisse les attribuer, que celui de Nantes, ou un autre Eusébe, ami de Sulpice Sévère et prêtre, lorsque ce dernier lui adressa une lettre sur les Vertus de Saint-Martin, mais évêque, lorsqu'il écrivit ses Dialogues. Plusieurs des homélies (on ne peut l'assurer de toutes) sont de l'un ou de l'autre Eusebe, mais plus vraissemblablement de celui de Nantes. Elles conviennent mieux au temps où celui-ci vécut. L'auteur parle souvent des Ariens; or les Wisigoths, qui avaient embrassé l'Arianisme habitaient dans le voisinage de Nantes et occupaient l'Aquitaine avec presque tout le pays jusqu'aux bords de la Loire et par conséquent une partie du territoire qui forme aujourd'hui le diocèse de Nantes. Cette région formait le climat d'Outre-Loire, qui, selon l'opinion commune, appartenait au diocèse de Nantes, dès la fin du cinquième siècle.

Albert de Morlaix attribue, avec quelques variantes, à Eusébe le miracle des trois gouttes descendues du ciel, que Travers attribue à son prédécesseur. Eusébe mourut en 461, le 27 avril, le lundi du deuxième dimanche après Pâques.

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Nonnéchius, autrement: Nonnichius, Nunechius et Nonetius, était neveu de saint Sidoine Apollinaire, d'abord préfet de Rome et qui morut évêque de Clermont. Nonnéchius dut être sacré en 464, sous le pontificat du pape saint Hilaire, et le règne, en Bretagne, du roi Hoël Ier, lequel institua, en la même année, l'ordre de l'Hermine, dont les premières cérémonies furent célébrées par ce prélat, en présence du roi et du toute la noblesse, à la cathédrale de Nantes. L'évêque de Nantes assista, en 465, à Vannes, au concile tenu par Perpetuus, métropolitain de Tours, pour l'ordination de saint Patern, premier évêque de ce pays et la délimitation de son diocèse, (Concil. Venet.). Saint Sidoine, son oncle, évêque de Clermont en 472 décédé en 482, lui donne, dans une de ses lettres, (Lib. 8, Ep. 13) la qualité de Pape; on appelait ainsi les évêques qui se distinguaient des autres par l'importance de leur siège, ou de quelque autre manière. Saint Sidoine parle de Nonnéchius comme d'un homme d'un grand mérite. Nonnéchius mourut en 475, et fut enseveli près le sépulcre des bienheureux martyrs saints Donatien et Rogatien, où depuis on édifia une belle église, en leur honneur.

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