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C'est ce qui arriva; comme plusieurs gentilshommes s'y étaient trouvés mêlés, l'affaire tenait par certains points du : jugement des Maréchaux de France. Quand l'honneur est en jeu, dans une contestation, la solution ne se fait pas attendre. Le Maréchal d'Estrées interposa son autorité; et l'enfant fut rendue à sa mère.

X

LA COMTESSE DE COIGNY

A peine rentrée en possession de sa fille bien-aimée, la marquise de Névet s'occupa de la mettre, le plus tôt possible, à l'abri de semblables tentatives. La famille de son mari avait quelques relations avec le marquis de Coigny; parce que la mère de celui-ci était la seur de Marie-Anne de GouyonMatignon qui, on se le rappelle, avait été la femme de René de Névet, et par conséquent la belle-seur de Malo.

Le marquis de Coigny, déjà chevalier du Saint-Esprit, qui était en passe de devenir maréchal de France, et qui le devint en effet, avait un fils, Jean-Antoine-François, alors âgé de vingtcinq ans. Ce jeune homme qui avait été élevé, pour ainsi dire, avec le roi Louis XV, était son favori. Il avait la promesse de succéder à son père dans sa charge de colonel général des dragons; et un brillant avenir s'ouvrait devant lui.

Mme de Névet comprit que c'était un excellent parti pour sa fille; et, dès qu'elle eut douze ans, Marie-Thérèse-Josèphe devint comtesse de Coigny, par contrat du 23 octobre 1729. Un mot sur son histoire ne sera pas déplacé ici.

Dans le cours de son existence, comme en presque toutes les vies, il y eut beaucoup de joies et beaucoup de larmes. Elle eut tous les honneurs; son mari ne cessa pas un seul instant d'être l'objet particulier de l'affection du roi ; il fut lieutenant-général et chevalier du Saint-Esprit; et, s'il avait vécu, il serait monté plus haut encore.

Le père de son mari, qui survécut bien longtemps à son fils, fut maréchal de France et duc de Coigny. A la mort du grandpère, elle vit son fils ainé, qui devait un jour porter aussi le bâton de maréchal, entrer en possession de ce même titre de duc. Son mari était mort trop tôt pour avoir pu en jouir.

Elle voyait donc sa belle-mère et sa belle-fille en possession de brillantes prérogatives qu'elle n'avait pas elle-même; et les méchants commençaient déjà à lui appliquer le mot célèbre de Mme de Montmorency sur MTM du Plessis : « La pauvre comtesse « du Plessis est fort faschée que son mary ne l'ait pas laissée, « duchesse. Il est bien dur pour elle d'avoir vu sa belle-mère « et un jour sa belle-fille avec le tabouret et demeurer ainsi « ce qu'on appelle, entre deux selles le C... à terre; » lorsqu'elle obtint enfin, à une fête de Saint-Louis, ce tabouret si convoité qui lui conférait ce qu'on appelait alors les honneurs du Louvre et lui donnait le droit de s'asseoir devant la Reine.

Les Souvenirs de la marquise de Créqui, dont on ne saurait compter toutes les insinuations malignes, racontent même qu'en cette fête de Saint-Louis, l'affluence était telle au grand couvert de Versailles, que la pauvre Mme de Coigny « ne put « jamais trouver une place pour y faire établir son bienheu« reux tabouret, » ce qui eut le don de divertir agréablement celles des dames de la Cour qui n'avaient plus à redouter pareille mésaventure.

C'était un bien petit désagrément, vis-à-vis d'une faveur si grande; et je ne doute pas qu'en l'accordant, le roi n'ait voulu honorer en sa personne la veuve d'un des hommes de son entourage qu'il avait le plus aimé. Il lui portait tant d'affection qu'on lui laissa toujours ignorer la vraie cause de sa mort.

Le matin du 4 mars 1748, on trouva M. de Coigny la gorge ouverte, dans sa chaise renversée, sur la route de

* J'ai trouvé à la Bibliothèque Nationale une note manuscrite de son temps qui lui fait cette application malicieuse.

»

Versailles, auprès du Point du Jour. On attribua cette mort tragique à un accident, à cause du roi, que l'annonce de cet événement avait plongé dans le désespoir, au point de faire peur à Mme de Pompadour, comme elle en témoigna elle-même.

La vérité est que le comte de Coigny périt en duel. La version la plus accréditée prétend qu'il jouait un soir, au jeu du roi, avec le prince de Dombes, fils ainé du duc du Maine, et qu'il perdait beaucoup. Un mouvement de mauvaise humeur l'amena à prononcer entre ses dents cette parole imprudente: « Il a plus de bonheur qu'un enfant légitime.

Le prince n'avait rien entendu; mais des courtisans s'empressèrent de lui répéter ce malheureux propos. Furieux, il fit venir M. de Coigny, et, séance tenante, le provoqua en duel. Le combat eut lieu aux flambeaux, sur la route de Versailles qui était couverte de neige; et le comte de Coigny reçut un coup d'épée qui lui ouvrit la gorge et le tua sur le champ.

S'il fut pleuré du roi, il fut encore plus regretté de sa jeune veuve; car, en dépit d'innombrables infidélités dont elle avait à se plaindre, Marie-Thérèse-Josèphe de Névet adorait son mari; et les Mémoires du marquis d'Argenson, qui ne péchent pas habituellement par excès d'indulgence, lui rendent ce témoignage précieux à retenir en plein dix-huitième siècle.

Elle mourut elle-même, le 19 août 1778; et sa famille finit en elle, au sein d'honneurs qui eussent été de nature à consoler le vieux marquis de Névet, s'il avait pu prévoir l'avenir, de la désillusion que la naissance d'une fille lui avait fait éprouver.

Qu'aurait-il dit, en effet, lui qui avait quitté sa demeure souterraine, qui était revenu à la lumière par amour de son nom, qu'aurait-il dit, s'il avait vu sa race, avant de s'éteindre, briller d'un tel éclat de gloire, sa fille, cette petite qu'il n'aimait guère, entrant par son alliance chez les ducs de Coigny et prenant place en leur histoire, entre deux Maréchaux de France ?

GASTON DE CARNÉ.

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Il appartiendrait sans doute à une plume plus autorisée que la nôtre d'entreprendre un pareil travail. . Quelqu'indigne que nous soyions pourtant, d'interpréter et de redire les actes des si nobles et si illustres pontifes qui ont jeté tant d'éclat sur le siège de Nantes, nous tenons à mettre au jour le résultat de nos études et de nos recherches. Bien des auteurs déjà, ont, il est vrai, traité le même sujet et le catalogue de nos Evêques figure dans maints ouvrages historiques et hagiographiques de nos bibliothèques, mais nous nous persuadons - peutêtre à tort, quoique notre opinion se fonde précisément sur nos études, nous nous persuadons que la plupart de nos anciens auteurs, incomplets d'ailleurs, ont erré sur bien des points qu'il est de la gloire et de l'intérêt de notre histoire de rectifier. Les uns, –

c'est le plus grand nombre, et ce sont surtout ceux que nous aurons à cour de contrôler, n'ont traité la question qu'au seul point de vue historique, les autres ont principalement envisagé les côtés biographique,

faisceau ces divers éléments, nous voulons, s'il est posble, donner un ensemble de ces différents travaux.

Loin de nous la pensée que le travail, livré par nous aujourd'hui à la publicité, soit exempt lui-même de tous les reproches que nous signalons chez plusieurs de nos historiens. Rien n'est parfait sur la terre, et notre ouvre encore moins que toute autre. C'est cependant, avec une certaine confiance, dirons-nous, que nous abordons le jugement de nos contemporains, parce que nos études sont le produit impartial et consciencieux de longues et patientes fouilles dans nos archives et dans nos principaux dépôts publics.

Que l'on veuille donc bien pénétrer le fond de notre dessein, qui n'est autre que d'élever au diocèse de Nantes un monument qui puisse contribuer à sa gloire et surtout à celle de Dieu, en remettant sous les yeux de tous les vertus des dignes successeurs de Saint Clair.

Daigne ce saint Pontife, lui-même, accueillir du haut du Ciel, nos très humbles, mais très ferventes prières, et faire fructifier nos efforts.

Nous ne ferons pas ici la nomenclature des innombrables sources bibliographiques auxquelles nous avons puisé, les notes de bas de page devant suffisamment les faire connaître au lecteur.

· Nous entendons parler ici et avant tout, de notre excellent confrère et ami, M. S. de la Nicollière, archiviste municipal, dont la courtoisie et l'a. ménité, si connues de tous, nous ont pleinement autorisé à faire de fréquents emprunts à son Armorial des Evêques de Nantes, ce dont nous le remercions bien cordialement.

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