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Liure. Elle est d'un autre genre que celle dont nous auons parlé iusques icy. Elle consiste à en faire des iugements fauorables, à le défendre si on l'attaque, &

faire de belles Apologies de viue voix, contre ces Critiques chagrins, qui voudront éxaminer aufli seuérement des piéces de diuertissement, que des puurages sérieux. En quoy vous ne manquerez point de matiere pour éxercer vostre patience, & vostrę bonté. Car ils ne manqueront pas(ne fut-ce que pour rendre la pareille à vn Satyrique ) de reprendre iufqu'aux moindres fautes, qu'il sera facile à de beaux Esprits comme vous de défendreou de colorer. Par éxemple , lors que dans la seconde Satyre i’ay nommé la rue aux Fers, celle où demeurent les marchads de soye: si vous rencontrez, comme i'ay fait, quelque chicaneur qui tranche de l'habile- homme, qui soậtienne que ie suis yn ignorant , & qu'elle se nomme la rue au Feurre : vous leur direz que si le faifois vn Contract, ie la nommerois ainsi, mais qu'icy i'ay raison de suiurele commun ysage, qui tout corrompu qu'il est, vaut mieux que celuy des, Praticiens. Quand vous trouuerez aussi de ces Autheurs qui m'ont repris d'auoir mis en quelque autre endroit Alcove au genre féminin , parce qu'ils veulent à couteforce qu'il soit masculin : vous leur direz que ce n'est point par ignorance, mais yne belle malice. Et

que

que ie fodtiens qu'il doit estreféminin, puisque nous luy auons donné vne terminaison féminine , & melme dans vne langue qui a beaucoup d'inclination à ce genre. Sur tout apres que nous sommes fortifiez par son origine , puisque les Italiens qui nous ont en, uoyé ce mot,l'ont fait féminin, que les Espagnols où ila esté éleué & nourry, l'ont fait de mesme

genre, & que chez les Mores & les Arabes d'où il est originaire (ainsi qu'il se voit par la fyllabe al qui signifie de en leur langue) il est pareillement féminin. Vousvous pourrez aussi rencontrer auec quelques suppots d'Hippocrate qui diront queie n'ay pas parlé dans les termes ni selon les regles de l'Art, en quelques endroits de ma Satyre des Médecins. Et vous répondrez pour moy, à ces Messieurs, que ie ne prétens pas faire vne leçon de Médecine, ni de décrire quelque habile-homme de la Faculté; mais de réciter les fortises d'on fat, dont i'ay esté fort importuné , de forte que ces prétenduës fautes luy appartiendront plustost qu'à moy. le vous prie sur tout de détromper tous ceux qui liront mes Satyres, touchant les personnages qui y sont representez.Car il n'y en a pas. yn qui ne die d'abord, voila MonGeur vn tel biendépeint , l'Autheur a voulu parler de celuy-cy, ilavoulu railler celuy-là : & vous assurerez fans crainte,

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qu’encore quetout ce que ie représente, soit désigné d'apres nature; neātmoinsil n'y a pas vn modelle qui s'y puisse reconnoistre : ayant fait en cecy, comme ce peintre qui pour faire vne beauté parfaite , assembla plusieurs filles , & prit de châcune ce qu'elle auoit de plus beau, dont il fit vn corps qui estant tiré de toutes, ne ressembloit à pas vne. Vous en pourrez parler d'autant plus hardiment, qu'il m'est arriué qu'ayant leu par plaisir vne de ces piéces à vn de ceux qui y estoit le plus naifuement dépeint, au lieu de s'y reconnoistre, il s'écria aussi-tost, voila Monsieur *** qui estoit vn autre homme que ie ne connoislois point, qui auoit fait vne pareille sotise : Tant il est naturel à l'homme d'estre clair-voyant dans les fautes d'autruy, & d’estre aveugle dans les siennes. Vous leur pourrez aussi faire voir fort clairement que ces Satyres ne font point faites pour faire tortà personne, en leur récitant l'histoire qu'on m'a contée d'vn marchand du Pont nostre-Dame, qui ayant eu par hazard vne copie de la Satyre des Marchands , la fit apprendre par coeur à ses apprentifs: croyant que quelque habilehomme dans le commerce l'auoit faite à dessein de seruir d'yne instruction, pour bien vendre. Mais ce que ie vous recommande le plus, c'est d'empescher qu'on ait mauuaise opinion de mon Procureur, de

mon Médecin , ni de mon Marchand , qui semblent d'abord seruir de sujet à mes Satyres. Car à vous dire levray, ce n'est point moy qui parle , encore que ie faffeles Vers:& ie déclare que mon Procureur est vn fort honneste-homme, qui ne jouë point à la boůle; qui ne prend point de mon argent, & qui m'a fait souuent bonne chére: mon Médecin n'est point Pédant, & ne me sçauroit iamais estre importun; & mon Marchand ne rompt lateste qu'à mon Táilleur. Quant aux Poëtes, ie n’ay garde d'en attaquer aucun en particulier, puisque vous sçauez à quel pointieles honore & les estime , il faut bien qu'ils soient de mes amis,puisque vous faites des Vers la pluspart. Ie ne parle que contre les vices en general, & contre ceux qui comme on dit communément, gastent le mestier. De sorte qu'il me pourroit arriuer la mesme chose qu'à Lucien, qui apres auoir esté accusé par les Philosophes , de ce qu'il les auoit rendus fi ridicules, se trouue à la fin estre leur meilleur amy., puisqu'il auoit deffendu les enfans légitimes de la Philofophie, contre ceux qui vsurpoient ce nom à fausses enseignes. Voila vne espéce d'amende-honnorable qui les doit satisfaire tous:car il n'y en a pas-vn qui croye estre du nombre de ces mauuais Poëtes, dont ie proteste que ie parle seulement. Ie vous prie aussi de faire :

en sorte qu'on ne trouue point mauuais que dans l'ordre de mes Ouurages il y ait deax Cadets qui ayent marché deuant leur aisné , qui est celuy-cy. Carvous sçauez que i'ay fait ces Satyres , & la pluspart de ces Piéces au sortir du Collége, auparauant ma Version du quatriéme de l'Enéïde, & mon voiage de Mercure ; & qu'elles estoient apparemment condamnées à ne voir iamais le iour, puisque dans la chaleur de la jeunesse,& dans la demangeaison d'e . stre Autheur ie m'estois bien abstenu de les faire imprimer: ce que ie deurois moins faire à cette heure que ie suis dans yn âge plus meur, & que i'ay des emplois plus sérieux. Mais il·leur est arriué la mesme chose qu'aux filles de bonne maison: car on met souuent l'aisnée en Religion pour trouuer meilleur party à la Cadette ; puis quand la derniere est pourueuë, l'autreiette le froc aux orties, & reuient paroître dans le monde. Ainsi l'auois tousiourstenu ce premier Ouurage, comme vne piéce de rebut , & il s'est trouué vne occasion où iene me suis peu dispenser de le fai-. reimprimer moy-mesme. Il est venu vne mal-heu. reuse mode de faire des Recueuils des plus belles Poësies du temps, parmy lesquelles on en met souuent de tres-mauuaises. Les Libraires qui obtiennent yn Priuilégeà l'insceu des Autheurs, font fi frians des

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