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qu'à modérer l'impression des objets extérieurs sur les nerfs ; là où l'épiderme est très mince, la sensibilité est plus grande : sans l'épiderme le toucher seroit douloureux, et la sangsue ne pourroit apprécier d'une manière exacte la qualité des objets extérieurs. C'est encore pour diminuer l'excessive sensibilité des lèvres, de la bouche et des téguments, que la nature a soin de lubrifier ces parties d'une plus ou moins grande quantité de matière séreuse muqueuse, suivant le degré d'irritation ou de chatouillement qu'elles éprouvent. Une partie de l'épiderme étant soulevée par l'action d'un corps extérieur irritant, puis détachée, la sangsue paroît souffrir jusqu'à ce que l'épiderme soit régénéré, régénération qui se fait plus tôt qu'on ne pense, pourvu qu'on ait soin de changer souvent l'eau du vase où la sangsue est contenue. La grande délicatesse du toucher ne présente rien d'étonnant, lorsqu'on se rappelle la grandeur du cerveau respectivement à celle de la sangsue, le nombre considérable des ganglions nerveux, les deux grands cordons nerveux latéraux, la communication des gan

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glions nerveux entre eux , avec les grands cordons nerveux, et avec le cerveau, enfin la multitude de nerfs qui partent des ganglions pour se distribuer dans toutes les parties du corps , principalement dans la peau et ses mamelons.

De l'odorat. Le sens de l'odorat est une espèce de toucher par lequel la sangsue reconnoît les substances odorantes qui lui sont muisibles ou utiles : les nerfs qui sont propres à ce sens s'étendent sur certaines portions des téguments, sur-tout des lèvres et de la bouche. . - Faites parvenir de la fumée de tabac seulement sur les lèvres et la bouche de la sangsue, elle s'agitera beaucoup plus et mourra plus promptement que si on appliquoit cette fumée sur le reste de la surface du corps. - Il est en conséquence vraisemblable que les nerfs qui transmettent au cerveau et aux ganglions l'impression funeste de la fumée de tabac ne sont pas les mêmes qui servent au toucher et au mouvement musculaire, ou peut-être que les nerfs qui se distribuent aux lèvres et à la bouche, étant plus sensibles que les autres, portent au cerveau et aux ganglions une plus forte impression des vapeurs qui les irritent que les autres nerfs. Il faut que la sangsue ait un odorat bien fin pour sentir à une certaine distance les objets dont il s'émane une odeur nuisible, quoiqu'imperceptible à notre odorat, et pour distinguer par ce sens les objets d'où il sort une odeur qui lui apprend leur utilité et les avantages qu'elle en retireroit si elle pouvoit s'y attacher. Renfermez une grenouille avec plusieurs sangsues dans un grand vase rempli d'eau; pendant plusieurs jours la grenouille ne se laissera point mordre par les sangsues ; mais elles ne perdront point patience, elles s'attacheront aux parois du couvercle et attendront le moment où la grenouille est en repos, pour tomber perpendiculairement sur elle, s'y attacher, mordre un vaisseau sanguin, et en sucer le sang. C'est ici que nous pouvons réitérer les mêmes questions que nous avons déjà faites ; pourquoi la sangsue ne ressent-elle aucune sensation désagréable de la vapeur fétide qui s'élève de la vase des marais et de certaines vapeurs qui font mourir tant d'autres insectes ?

Du goût. Le goût est le sens qui fait discerner à la sangsue la saveur du sang, et qui lui fait préférer ce liquide à toutes les autres substances nutritives dont les animaux font usage; elle va même jusqu'à se laisser mourir plutôt que de prendre pour nourriture une autre substance que le sang.

Le siège du goût est dans les nerfs qui se distribuent sur la face interne des lèvres, et sur la bouche, soit avant, soit après les dents : ces nerfs sont vraisemblablement distincts des autres nerfs du corps, en ce qu'eux seuls sont chargés de rapporter au cerveau l'impression qu'ils ont reçue des corps doués de saveur. Lorsque les estomacs commencent à se vider, la sangsue mettant d'empressement et de plaisir à satisfaire le goût qu'elle a pour le sang, qu'à l'instant où elle touche les animaux à sang rouge, elle cherche à s'attacher à leur peau, et à la mordre; elle ouvre un vaisseau sanguin et en avale le sang avec plus ou moins d'aviditét le sang est-il de qualité à flatter le goût de la sangsue, a-t-elle faim et de la vigueur ; elle suce une si grande quantité de sang, que les estomacs s'en remplissent au point de la faire mourir, à moins qu'elle ne rejette par la bouche le sang surabondant. Le sang est-il de qualité à répugner à la sangsue, ou bien est-elle malade lorsqu'elle se dispose à l'avaler; elle tombe alors avant d'avoir rempli ses estomacs. La sangsue donne la préférence au sang de l'homme sur celui des autres animaux; car telle sangsue vigoureuse qui refuse de mordre à la partie la plus fine de la peau du poulain, du veau ou de la brebis, ou d'en sucer le sang , lorsqu'elle a ouvert un de leurs vaisseaux sanguins, s'attache ordinairement à la peau de l'homme , la mord, et avale avec sensualité le sang qui sort de la plaie. . , La saveur détestable des eaux fangeuses ne paroît pas affecter d'une manière sensible la santé des sangsues, puisqu'on les en retire très vigoureuses, et qu'elles y propagent plus que dans les eaux vives et courantes, peutêtre parcequ'elles trouvent dans les eaux marécageuses plus d'animaux à sang rouge propres · à leur servir de nourriture : malgré cela il semble qu'elles se plaisent davantage dans les

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