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brune, d'une consistance épaisse, ressemblant à un petit fil plus ou moins contourné, insoluble dans l'eau, se précipitant au fond de l'eau après un certain laps de temps, et nageant quelques instants au milieu de l'eau lorsqu'on agitoit le vase. Il est vraisemblable qu'on a pris pour sangsues qui venoient de naître cette matière fécale. Je me suis encore convaincu que les organes femelles et mâles de la génération ne paroissent pas plus développés dans une saison que dans l'autre, mais qu'il y avoit dans toutes les saisons des sangsues dont les organes dela génération étoient plus développés , chez l'une que chez l'autre. Plusieurs physiciens, après avoir fait beaucoup d'expériences et d'observations, las de n'avoir rien découvert de satisfaisant pour juger si la sangsue étoit vivipare ou ovipare, se sont contentés de nous dire que la fécondation, la naissance, et lé développement du fœtus se passent au fond des marais; ils prétendent que la sangsue se tient l'hiver dans la vase pour reparoître les premiers jours du printemps avec toute sa famille. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer ce phénomène ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que les sangsues n'habitent le fond des marais que tant que leur surface est gelée; dès que la glace est fondue , les sangsues

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viennent en grande partie gagner les bords de

l'eau. Ceux qui examineront avec attention et impartialité tout ce que nous avons rapporté au sujet de la génération de la sangsue ne pourront s'empêcher d'avouer qu'on ignore absolument les mystères de la génération et tout ce qui en dépend : il ne reste aux naturalistes qu'à faire de nouvelles tentatives pour déterminer si la sangsue est ovipare ou vivipare.

CHAPITRE III.

EXPÉRIENCES SUR LA SANGSUE.

Expériences sur les sangsues dans

l'eau ou sans eau.

PaEMIÈRE ExPÉRIENcE. — Après avoir retiré d'un étang, d'un marais , ou d'un ruisseau, une sangsue vigoureuse de moyenne grosseur, renfermez-la dans un bocal de verre rempli d'eau de rivière; renouvelez cette eau de deux en deux jours; exposez le bocal à un air libre, pur, tempéré, et à l'abri de toutes vapeurs nuisibles à la sangsue ; elle vivra très longtemps, et sera toujours disposée à s'attacher aux téguments de l'homme, à ouvrir un des vaisseaux sanguins, et à en sucer le sang. La sangsue contenue dans un bocal dont l'eau est rarement changée, vit moins de temps, mord plus lentement, et ne suce pas autant de sang que la sangsue précédente. La sangsue qu'on a soin de tenir comme ci-dessus dans l'eau pure et souvent renouvelée peut vivre deux, trois, quatre, cinq ou six ans : mais au bout d'un an, elle commence à devenir petite, et ne mord pas avec la même force que celle qui est récemment renfermée dans l'eau : en y ajoutant de la vase d'un étang, et particulièrement quelques gouttes de sang, la sangsue ne vit pas plus long-temps; et si au bout de vingt-quatre heures vous ne changez pas l'eau altérée par ces substances, elle se corrompt et rend la sangsue malade. . Réunissez un grand nombre de sangsues dans un bocal rempli d'eau pure, elles ne se mordent jamais entre elles; souvent elles s'amoncellent, et semblent plutôt se caresser que se blesser toutes les fois qu'elles viennent à se rencontrer; il paroît qu'au toucher le plus léger elles se reconnoissent : on les voit fréquemment au même instant les unes au fond de l'eau, les autres au milieu, et celles-ci hors de l'eau; celles-là tranquilles, quelques unes agitées, et plusieurs suspendues seulement par la tête ou par la queue, ou contigués aux parois du vase par les deux extremités; elles laissent ordinairement sur les portions du vase auxquelles leur bouche ou l'extrémité de leur queue adhère une matière visqueuse demi-transparente plus ou moins grisâtre, qui se dépose au fond du vase, et flotte pour peu qu'on le remue : d'un autre côté, il sort de l'anus, par intervalles très éloignés, une matière brune ou noirâtre , sous forme de fil, qui se précipite au fond de l'eau sans s'y dissoudre. Quelquefois il se détache aussi de la surface de la peau, ou il en suinte une matière visqueuse, transparente , également insoluble dans l'eau. Il faut conclure de ces faits que la sangsue de moyenne grosseur, vigoureuse, s'agitant beaucoup, tirée d'un étang et renfermée depuis peu de jours dans l'eau pure, est plus propre que les autres sangsues à ouvrir promptement les téguments et un vaisseau sanguin , à en sucer beaucoup de sang, et à faire une ouverture capable d'en laisser couler une certaine quantité, après que sa bouche cesse d'adhérer autour de la plaie. Les mouvements progressifs de la sangsue sont plus accélérés dans l'eau que hors de l'eau, plus en nageant qu'en adhérant alternativement par la tête et par la queue aux corps solides, et plus en liberté dans un étang ou dans

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