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l'homme qui n'est point entré dans le conseil des impies. Ceux-là sont pieux, qui croyant en Dieu lui rendent le culte qui lui est dù. Car la piété n'est autre chose que le culte dû à Dieu. Or, ce culte consiste en trois choses, qui sont la foi, l'espérance et la charité, vertus qui toutes les trois ont pour siége le sanctuaire invisible du cæur de l'homme. Les impies en sont privés, eux qui ne rendent pas de culte à Dieu, et qui font consister leur sagesse à préférer les choses visibles aux choses invisibles, les biens terrestres aux biens célestes. Ils ont pour chef et pour roi le démon, qui fut le premier à abandonner le parti de la piété, et qui devenu impie, a su par ses artifices rendre semblables à lui les hommes primitivement placés dans le paradis, en leur faisant partager son erreur en même temps que son crime. Car il séduisit Eve, et celle-ci son mari. Aujourd'hui encore le démon tente la chair, la chair tente l'esprit, et il se fait ainsi un conseil d’impies. Car ils se disent les uns aux autres (Prov., I, 14): N'ayons tous qu'une même bourse. Chacun d'eux apporte son obole qu'il dépose dans la mémoire comme dans une bourse commune : le démon pour son contingent fournit la suggestion, la chair la délectation, l'esprit le consentement. Avec cela ils se ménagent à frais communs la subsistance qui convient à chacun : la chair s'attire à elle-même le feu inextinguible qui la brûlera; l'esprit se procure la mauvaise conscience, ce ver qui ne cessera point de le ronger; et le démon achète le salut de l'un comme de l'autre. Il y a quatre manières d'entrer dans ce conseil d'impies. Car les uns y sont entraînés par force, d'autres y sont attirés par appât, d'autres se laissent séduire par ignorance, d'autres enfin s'y mêlent par leur propre volonté. Ils ont besoin tous ensemble qu'on leur propose quatre vertus, au moyen desquelles ils pourront résister, et s'empêcher d'entrer dans cet affreux conseil. A ceux qui y entreraient par force je recommanderai la vertu de force, avec laquelle ils pourront résister jusqu'à la mort aux menaces, aux tourments et aux privations de toutes sortes. Ceux qui se laissent attirer par appåt, je leur recommanderai la tempérance , qui réprime les désirs illicites, qui ne cède point aux promesses, et que les caresses ne sauraient corrompre. Ceux qui se laissent séduire par ignorance, je leur conseillerai la prudence, cette vertu qui sait discerner ce qui est utile de ce qui ne l'est pas, et qui nous apprend ce qu'il faut rejeter ou ce qu'il faut admettre. Enfin la vertu nécessaire à ceux qui se laissent emporter par leur propre volonté , c'est la justice; la justice qui mettra de la rectitude dans leur volonté, la justice qui ne veut ni pécher, ni consentir au péché. C'est dans la volonté que la justice et la force ont leur siége; car la volonté doit être juste et forte en même temps. Or, voici l'ordre que la justice affectionne : c'est de rejeter ce qui est mal, et quant au bien lui-même, de lui préférer ce qui est mieux. Adam perdit cette vertu, quand, par le consentement qu'il donna au mal, il renonça à son bonheur. La prudence et la tempérance ont leur siége dans la raison; car la raison doit être prudente et tempérée. La prudence en effet n'est autre chose qu’une raison éclairée, ou instruite par la grâce à éviter la contagion de l'injustice par amour pour la justice. Elle nous détourne non-seulement de ce qui est évidemment injuste , mais encore de tout ce qui est en quelque manière opposé à la justice, cherchant en toutes choses moins encore ce qui est permis, que ce qui est expédient, redoutant les richesses et autres choses semblables, non parce qu'elles sont défendues, mais parce qu'elles sont d'ordinaire des obstacles à l'observation de la justice. Mais comme il y en a qui, même en faisant cela, se conduisent par hypocrisie, j'ajoute à dessein : Par amour pour la justice. La justice est la perfection de l'âme raisonnable : les autres vertus n'ont pour but que d'acquérir celle-ci et de la conserver. Ainsi la force, la tempérance, la prudence, conservent la justice, en empêchant qu'elle ne se perde ou s'affaiblisse. Et lorsque la justice est parfaite, et qu'elle devient la disposition habituelle du cour, elle se confond avec ces trois premières ; car elle est alors forte, prudente et tempérée. Qui ne s'en est point allé. S'en aller est le propre de ceux qui sont inconstants, ou qui changent facilement de résolution. Quelquesuns, pour ne pas encourir ce reproche, aiment mieux tomber dans une obstination évidente, n'acquiescant aux conseils de personne, s'en tenant inébranlablement à leur parti pris; et c'est pour cela que le Psalmiste ajoute : Et non stetit (il ne s'est point arrêté), c'est-à-dire que l'homme juste n'est ni inconstant ni obstiné. La voie des pécheurs c'est le monde, ou bien encore la propre volonté qui est la même chose que l'orgueil, et de laquelle dérivent tous les maux, comme de la déférence à la volonté commune dérivent tous les biens. Et qui ne s'est point assis dans la chaire de pestilence. Etre assis dans la chaire de pestilence, c'est enseigner le mal, ou le faire commettre aux autres par son exemple. Cette chaire, elle aussi, a ses quatre pieds. Le premier pied, c'est la malice; le second , c'est le mépris de Dieu; le troisième, c'est l'effronterie; le quatrième, c'est l'astuce. La malice consiste à aimer le mal et à le rechercher, précisément parce qu'il est mal, comme fait le démon, et après lui quelques-uns qui lui ressemblent. Mais comme il arrive quelquefois que ces sortes de gens craignent Dieu non d'une crainte louable, mais pour ne pas encourir soit une perte de biens, soit un mal corporel, en sorte qu'ils n'en deviennent que plus mauvais, ils méprisent Dieu lui-même, et c'est là le second pied de la chaire de pestilence, qui est le mépris de Dieu. Il pourrait arriver encore, qu'avec l'amour du mal et le mépris de Dieu, ils conservassent cependant un certain respect pour les hommes avec qui ils ont à vivre; c'est pourquoi nous disons que le troisième pied de la chaire de pestilence c'est l'effronterie, qui fait qu'on n'est plus retenu ni par la crainte de Dieu, ni par le respect humain. Enfin ce qui fait la consommation du mal, et comme le quatrième pied de la chaire de pestilence, c'est l'astuce, qui met en oeuvre, avec profit pour elle-même, les trois dispositions d'esprit que nous venons de dire, en détrempant dans l'huile le venin qu'elle distille, et en mêlant le miel au vinaigre qu'elle verse. Le dôme de la chaire, dans laquelle siége ainsi le mal personnifié, c'est la puissance. Car si un homme qui est ainsi disposé a la puissance en main, c'est alors surtout qu'il fait du mal; comme il y parviendra encore, s'il peut mettre de son côté quelque autre que lui qui ait en main cette puissance, et qu'il réussisse à le séduire par ses mauvais conseils et à l'entraîner dans le mal. N'oublions pas non plus le coussin sur lequel l'homme de pestilence puisse s'asseoir mollement. Ce coussin est garni de plumes d'oiseaux ou d'un léger duvet, symbole de la vaine gloire et de la faveur populaire, qui ont pour effet de remplir les hommes d'orgueil et d'une joie enivrante. On leur met sous les pieds un escabeau, pour qu'ils ne touchent pas la terre. Car quelques-uns de ce caractère ne font en apparence rien de terrestre, et ils affectent la spiritualité, pour n'en réussir-que mieux à tromper les autres. Leur doctrine est une espèce de peste, qui se répand au loin et porte la mort en tous lieux. »

FIN DU TOME TROISIÈME.

CONTENUES DANS LE TROISIÈME VOLUME.

PREMIÈRE PARTIE.

PRINCIPES

DE LA SAGESSE CHRÉTIENNE.

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CHAPITRE IV, article IV. Du sacrement de Pénitence, 1-137.

Question 1. Qu'est-ce que le sacrement de Pénitence, 1-19.

Raison de l'institution de ce sacrement — La vertu de pénitence a

toujours été nécessaire aux pécheurs pour rentrer en grâce avec Dieu

Epoque de l'institution du sacrement de Pénitence — C'est un sacrement

véritable et proprement dit — Une seconde planche après le naufrage

La pénitence qui vient après le baptême doit avoir d'autres conditions que

celle qui a pu le précéder La foi ne suffit pas pour recouvrer l'état de

justice, 5-8 : le concile de TRENTE. La pratique du sacrement de Pé-

nitence rétablie en Irlande, 8: S. BERNARD. Quel est le ministre de ce

sacrement Les prêtres même en péché mortel conservent toujours le

pouvoir de remettre les péchés – Ils font en l'exerçant l'office de juges,

8-9 : le concile de TRENTE. Hérésie des Novatiens — Les prêtres ont

reçu de Jésus-Christ un pouvoir de délier égal à celui de lier-Des pécbés

plus grands doivent être expiés par des larmes plus amères — Dieu a fait

entrer les hommes en part de son pouvoir — Le pouvoir des prêtres n'est

pas moindre pour le sacrement de Pénitence que pour celui de Baptême

- Le pouvoir conséré aux apôtres a été transmis aux prêtres — De quelle

impossibilité a parlé l'Apôtre dans son épitre aux Hébreux, 9-13 : S. AM-

BROISE. – S. Thomas, quoique absent, a reçu, aussi bien que les autres

apòtres, le pouvoir de remettre les péchés — Les prêtres remettent les

péchés par le sacrement de Pénitence comme par celui de Baptême,

13-14: S. Cyrille d'Alexandrie. — Les prêtres sont à cet égard les dé-

positaires du pouvoir d'en haut — Ils sont établis juges des âmes, 14 :

S. GRÉGOIRE.-Les apôtres ont reçu de Jésus Christ, après la résurrection,

un pouvoir et une grâce spirituelle pour remettre les péchés, 14-15 :

S. CHRYSOSTÔME. - Le jugement prononcé ici-bas fait autorité dans le ciel,

15 : S. HILAIRE. - Ce que Dieu fait par le ministère des prêtres n'est que

l'exercice de sa puissance - Le pouvoir de lier et de délier n'appartient
pas aux seuls apôtres — Les évèques appelés apôtres --- Les défauts per-
sonnels de l'évêque ne doivent engager personne à mépriser son caractère

Tout vient à l'évêque de l'autorité apostolique, 15-16 : S. Pacien.

Les prêtres jugent en quelque façon avant le jour du jugement, 16 :

S. JÉRÔME. - Juges qui gouvernent l'Eglise, 16 : S. AUGUSTIN. — Un prêtre

a son trône placé dans les cieux — Le ciel emprunte à la terre ses dé-

cisions, 17 : S, CHRYSOSTÔME. - Ce n'est pas le droit de juger de la gué-

rison, c'est le droit de guérir qu’exercent les prêtres de la loi nouvelle,

17 : le même. Le pécheur comparé à Lazare, 17-18 : S. Augustin.

Question II. Pourquoi le sacrement de Pénitence nous est-il nécessaire, 19-24.

Ce n'est pas tout de faire pénitence, il faut la faire comme il faut, 20: S. AMBROISE. — Il y a pour la réconciliation par la pénitence la même nécessité que pour le baptême, 21 : S. AUGUSTIN. - Trois différences entre le baptême et la pénitence- Tous les deux également nécessaires , 21-22: le concile de Trente. — Planche après le naufrage, 22-23 : S. Pacien, S. JÉRÔME et S. AMBROISE. Craignons de pécher de nouveau, mais ne craignons pas de nous repentir de nouveau, 23-24 : TERTULLIEN.

Question III. Quand est-ce que ce sacrement est reçu eomme il faut, et qu'il produit son effet, 24-29.

Matière du sacrement de Pénitence, 28-29 : conciles de FLORENCE et de TRENTE.

Question IV. Qu'est-ce que la contrition, 29-40.

Ce qu'elle doit renfermer Vou du sacrement contenu dans la contrition L'attrition est un don de Dieu , qui dispose à obtenir la grâce attachée au sacrement, 31-32 : le concile de TRENTE. - Un pécheur ne peut entrer dans les voies d'une vie nouvelle , à moins qu'il ne se repente de l'ancienne qu'il a menée, 33 : S. AUGUSTIN. Quel est le sacrifice digne de Dieu, 34 : le même. — Les pécheurs n'effaceront jamais leurs péchés par leurs larmes, s'ils n'accompagnent leurs gémissements d'un changement de vie, 34-38 : S. FULGENCE. Examen de conscience du soir Avoir sans cesse devant les yeux les peines de l'enfer, et surtout. le malheur de la privation de la vue de Dieu, 35-36 : S. CHRYSOSTÔME. Le souvenir de nos fautes passées serait comme un aiguillon qui nous piquerait d'ardeur pour faire mieux à l'avenir, 36-37 : le même.—Eriger contre soi-même le tribunal de sa raison — Que chaque pécheur ait pour accusateur le remords, pour témoin la conscience et pour bourreau la crainte, 37-38 : S. AUGUSTIN. - A quoi il faut penser pour s'exciter à la contrition – Après qu'on a reçu le baptême, il ne reste plus de remède que dans la pénitence, 38 : S. AMBROISE. — Pasteurs de l'Eglise, chargés d'en ouvrir l'entrée Rien de plus déraisonnable que de ne pas rougir d'être couvert de plaies qu'on ne saurait cacher, et de rougir d'y voir appliquer un remède salutaire — C'est à ceux qui président au gouvernement de l'Eglise à marquer le temps que doit durer la pénitence, 39-40 : S. Augustin.

Question V. La confession est-elle nécessaire, 40-60.

Le souvenir des fautes passées est pénible pour une âme touchée d'un véritable regret, 41 : S. CHRYSOSTÔME. — Médecins des âmes — Ne pas rougir de confesser ses péchés au prêtre, et de lui en demander le remède, 112 : ORIGÈNE. Un prêtre s'attriste à la vue des péchés de celui que la religion lui donne pour fils — Montrez-lui vos plaies secrètes comme au médecin de votre âme - Prévenons le moment de la mort par notre vigilance Allumez, pour retrouver la dragme perdue, la lampe de la pénitence, 42-43 : S. GRÉGOIRE de Nysse. - Usage des chrétiens d'autrefois de se faire étendre sur un cilice et sur la cendre dans leurs derniers moments — Nous ne saurions être sauvés, à moins de faire la confession des péchés que nous aurions cachés jusque-là-Lorsqu’un mal est intérieur, il ne sert de rien d'appliquer à l'extérieur les meilleurs onguents - Efforts que fait le démon pour nous empêcher de faire l'aveu

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