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quefois elles paraissent en désaccord, c'est dans les cas où l'on a élevé l'erreur au rang de la vérité, où l'on a dit

que

la révélation enseignait ce qu'elle n'enseigne point, ce qu'elle repousse au contraire. On prétend que des points opposés à la raison limitée de l'homme peuvent être approuvés par la raison infinie de Dieu; mais si cela était vrai, des enseignements de ce genre ne seraient pas pour nous, et comme la révélation est un bienfait destiné à l'homme, les Apôtres de cette révélation, hommes eux-mêmes, s'adressant à des hommes, ne leur auraient pas donné ces enseignements, dans la crainte d'égarer leurs disciples, d'ôter à la révélation sa beauté sublime, et de soulever contre elle d'irréconciliables ennemis.

Le christianisme' est le développement le plus parfait de l'esprit religieux ; c'est la loi de l'homme spirituel et civilisé; c'est le moyen le plus puissant qui ait été donné à la terre pour vivre d'une vie religieuse et pour se perfectionner.

DE LA DOGMATIQUE ET SON HISTOIRE.

La théologie révélée se subdivise en plusieurs branches : apologétique, elle développe et pèse les arguments externes et internes qui prouvent la divine origine de la révélation ; biblique, elle expose

! Th. Schwarz. Verschied. Ansichten v. Christenthum, 1819.

les doctrines de la religion d'après la Bible seule ; symbolique, elle explique les formules consacrées par différentes Eglises ou par quelques théologiens; historique, elle raconte les destinées de l'Eglise et du christianisme; exégétique, elle sonde les sources de la doctrine religieuse; critique, elle examine la pureté des sources saintes auxquelles le théologien a recours ; elle fait connaître les auteurs, leur but particulier, leur tendance générale, les ressemblances comme les différences qui existent entre eux; elle s'essaie à résoudre les difficultés du texte et à faire ressortir l'harmonie de la révélation; dogmatique ou systématique, elle expose scientifiquement les vérités de la religion'.

La dogmatique ne doit pas se borner à l'exposition des vérités de la religion chrétienne dans ses rapports avec l'esprit religieux; elle est tenue de donner ses preuves, et pour établir la sagesse

de ses notions sur Dieu et sur les relations qu'il a posées entre lui et l'homme, elle doit recevoir comme un tribut les lumières que lui fournissent toutes les sciences sacrées et philosophiques, l'exégèse, l'histoire, la psychologie, les sciences physiques et naturelles. Ce sont là les bases et les colonnes qui supportent et élèvent la coupole de la foi.

La dogmatique : a long-temps été appelée la partie théorétique de la théologie; elle doit son

4 Hase, dogmat. SS 11, 12. · Baumgarten-Crusius, Dogmen geschichte. Twesten, dogmat.

nom à Buddée; le mot dogme dans les Saints Livres (Act. XVI, 14) signifie rites, ordonnances; chez les anciens, il signifiait les opinions des docteurs sur un point de doctrine; maintenant la dogmatique est cette branche de la théologie qui s'occupe des vérités religieuses, et qui les coordonne entre elles en suivant les enseignements des Livres Saints.

Les théologiens des premiers siècles se sont principalement occupés d'interprétation ; ils expliquaient peu les dogmes ; ils donnaient plus de soins à la controverse et aux apologies. Cependant, on compara de bonne heure quelques points de la doctrine chrétienne avec la philosophie des païens, et l'on distingua par des noms la foi populaire de la science confirmée par des preuves ; la science de la foi'.

L'ancienne école d'Alexandrie compte surtout des interprètes. Pantène, Clément, Origène, s'exercèrent à l'interprétation des Livres Saints, en étudiant les philosophes, les orateurs et les poètes. Chez les Grecs, Irénée, Athanase, Basile, Grégoire de Naziance, vengèrent la doctrine chrétienne des superstitions ou des calomnies des païens et des erreurs des héretiques; ils expliquèrent des dogmes mal compris, mais ils ne parcoururent point dans son entier la carrière théologique. On peut en dire antant chez les Latins de Tertullien, de

γνωσιν Και πιστιν. .

Cyprien, de Jérôme, de Lactance et d'Augustin. Ils ne firent pas un système complet à l'usage de la jeunesse studieuse et des docteurs.

Origène, dans son livre des principes, déclare lui-même se borner aux doctrines populaires ; il les passe rapidement en revue et ne traite qu'un petit nombre de chapitres. On peut signaler ensuite quelques ouvrages qui semblent contenir les germes d'une théologie systématique, comme le Manuel d'Augustin sur la foi et la charité ; l'Exposition de la foi de Ruffin que l'on attribue à Cyprien ou à Jérôme, et les Catéchèses de Cyrille à Jérusalem. Augustin, dans sa Doctrine chrétienne, n'embrasse pas tous les points importants de la religion ; et Lactance, dans ses Institutions divines, défend la religion contre les erreurs des profanes.

On peut faire remonter les premiers commencements de la doctrine chrétienne, présentée sous une forme scientifique et régulière, à Isidore de Séville, qui écrivit trois livres de sentences qu'il avait puisées dans les ouvrages des docteurs.

C'est Jean Damascène , mort l'an 760, qui a mérité le nom de père de la science de la théologie ; dans son Exposition de la foi orthodoxe”, il réunit en corps de doctrine les vérités du christia nisme, et raisonna sur les dogmes avec plus de suite qu'on ne l'avait fait jusqu'alors.

A peu près à la même époque, on vit fleurir en Occident un peu de goût pour l'étude de la philosophie et des livres sacrés '; à Paris, on érigea une école des lettres, et ce mouvement rendit la vie à la liberté de penser, que l'autorité des Pères avait étouffée ; on revêtit de formes nouvelles la théologie, et l'on vit paraître l'âge de la scolastique. On le divise en trois périodes. Dans la première, on distingue Hildebert, Abeilard : et Pierre Lombard'. Melanchton donne à ces auteurs des louanges méritées, à cause de leur érudition, de leur désir d'éclaircir ce qui est obscur, et de l'ordre qu'ils ont mis dans leurs traités.

1 Εκδοσις ακριβης τησ ορθοδοξου πιστεως.

Dans la seconde période, inférieure à la première, on remarque Alexandre Halesius“, Thomas d'Acquins et Jean Duns Scott“, bien supérieurs aux auteurs de la troisième période, qui, barbares dans leur langage et obstinés dans la discussion, semblent ne se plaire que dans les questions abstruses et difficiles. Cependant Nicolas de Lyra et Gerson?

1 Introd. ad theolog. Theol. Christ. Epitome Theol. Christ.

2 Abeilard connaissait bien la philosophie de Platon et celle d'Aristote; il est absurde, disait-il, d'enseigner et de croire ce qu'on ne comprend pas. Il a réuni les sentences des Pères, les preuves scripturaires, et enfin ses décisions. Lib. IV, Sentent. 1546.

3 Pierre Lombard a imité Jean Damascène, et il a fait avancer la dogmatique, quoiqu'on puisse lui reprocher une indécision qu'il pousse trop loin.

4 Summa univ. theol. Col. 1622.
5 Summa totius theol. Lugd. 1687.

Quodlibeta et comment. in lib. IV. Sentent. Lugd. 1639.
Compend. theol. Col. 1648, Essai de Ch. Schmidt. Strasb. 1839.

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