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ORLEANS

cette double fatigue devait áltérer rapidement sa santé; déjà même il avait contracté de déplorables infirmités, qui lui donnaient, à cinquante ans à peine, toute l'apparence d'un vieillard. Tout à coup ses amis remarquèrent sur ses traits des symptômes alarmants. Ses yeux et son teint étaient enflammés; il passait presque sans intervalle d'un état d'irritation extrême à un abattement complét. Sentant la mort ap procher, il se liata de rèmettre tous les pouvoirs au roi, quî venait d'atteindre sa majorité, et voulut qu'il fut sacré sans délai. Louis XV pressa vivement le duc d'Orléans de garder la place de premier ministre, que le prince finit par acu cepter; mais il ne voulut point interrompre ses habitudes de plaisir, et malgré les avertissements sinistres du médecin Chirac, il persista à braver le danger. La mort le surprit aux côtés de sa nouvelle maîtresse, la duchesse de Phalaris: il avait alors quarante-neuf ans et quatre mois.

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Le duc d'Orléans était d'une taille médiocre, mais proportionnée; son front élevé avait de la majesté, et ses traits de la douceur. Ses gestes et ses manières respiraient la grâce et l'abandon. Sa voix flexible et flatteuse avait, au besoin, un accent énergique; il séduisait par son affabilité et une facilité d'élocution dont la clarté étaît la qualité dominante. Sa mémoire prodigieuse faisait supposer une vaste lecture et de grandes connaissances qu'il n'avait pas. Fertile en reparties ingénieuses et vives, il soutenait sans effort tous les genres de discussion et y apportait d'inspiration des lumières inattendues : la justesse d'esprit modérait en lui des élans de l'imagination. Un de ses faibles était de croire ressembler à Henri IV, auquel il se comparait avec complaisance dans ses moindres actions. Comme lui, il était bon, humain, populaire par nature et compatissant. Les libelles qui l'accusaient d'être un assassin le faisaient bondir d'indigna♦tion où l'accablaient de douleur. A la lecture des infâmes Philippiques de Lagrange-Chancel, il tomba dans un long accablement, dont il ne sortit que par des larmes et des san› glots. Franc et loyal par nature, il était défiant par système, et ne croyait ni à la vertu ni à la probité: S'il faut s'en rap ¿ porter à Saint-Simon, le régent, qui affichaît ostensiblement son athéisme, croyait au diable de toute la force de son ame, et eut recours à tous les exorcismes du Grand et du Petit Albert. Il passait des nuits entières dans les carrières de Vanvres et de Vaugirard à faire des invocations. Habile dans les arts, qu'il avait étudiés avec enthousiasme, il -composa la musique de l'opéra de Panthée, dont La Fare avait écrit le poëme. Amateur éclairé de peinture, et peintre ¡ lui-même, il avait reçu des leçons d'Antoine Coypel. Une ¿ petite galerie du Palais Royal avait été décorée par lui d'une suite de sujets représentant l'histoire de Jason et de Médée; et avant la révolution on voyait encore sur les murs du château de Meudon des fresques remarquables de sa composition. On lui doit aussi les dessins de Daphnis et Chloë gravés par B. Audran et insérés dans l'édition de Paris, 1718. Le régent eut de son mariage avec Me de Blois : Marie, duchesse de Berry; Louise-Adélaïde, Mlle de Chartres, née le 13 août 1698, abbesse de Chelles et fougueuse jansé• niste, morte le 20 février 1743; Charlotte-Aglaé, Mlie de Valois, née le 20 octobre 1700, mariée à François d'Este, prince de Modène, morte le 19 janvier 1761; Louis, troisième duc d'Orléans-Bourbon; Louise-Élisabeth, Mile de Montpensier, née à Versailles, le 11 décembre 1709, mariée › ile 20 janvier 1722, à Louis, prince des Asturies, devenu roi d'Espagne en 1724, veuve la même année, morte à Paris, le 16 juin 1742; Philippe-Élisabeth, Mule de Beaujolais, née Fle 18 décembre 1714, morte en 1734; Louise-Diane, née à Paris, le 27 juin 1716, mariée en 1734 à Louis de Bourbon, prince de Conti, morte en 1736. Le duc d'Orléans eut en⚫core de la comtesse d'Argentan trois enfants naturels, dont He second Jean-Philippe, dit le chevalier d'Orléans, fut seul reconnu; né à Paris, en 1702, il fut grand-prieur de France de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, grand d'Espagne, etc. P.-F. Tissor, de l'Académie Française. ORLEANS (LOUIS, duc D'), fils du précédent naquit à

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Versailles, le 4 août 1703. Son père lui donna pour précepteur l'abbé Mongault, alors célèbre dans le monde littéraire par sa traduction des Lettres de Cicéron à Atticus. Ce prêtré vénérable communiqua à son élève ce goût vif de l'étude qui protège la jeunesse contre les orages des passions. Et pour le prémunir de bonne heure contre les séductions de toutes natures, qui ne devaient pas tarder à l'assaillir à la cour du régent, il fit agir sur l'imagination du jeune prince la terreur des plus sombres mystères religieux. Le dac de Chartres épousa, en 1724, la princesse de Bade, dont la mort, après deux ans d'une union assortie, le frappa d'un coup si douloureux que, renonçant aux grandeurs qui l'at tendaient, il résolut de s'enfermer dans la retraite et d'y passer le reste d'une vie jusque là consacrée à la méditation et aux œuvres pieuses. Peut-être le désir secret d'expier les désordres de son père était entré dans cette âme pure et pleine de Dieu. Il allait souvent à l'abbaye Sainte-Geneviève, qu'il avait prise en prédilection, et où il faisait ses pâques. Les moines de cette abbaye le décidèrent, en 1730, à venir y prendre un appartement. Les habitudes sévères de cette maison, les pratiques religieuses auxquelles le prince con sacrait la plus grande partie de la journée, et qui le firent surnommer le Dévot, l'habituèrent par degrés aux austérités de la vie cenobitique. En 1742 il se fixa tout à fait à Sainte Geneviève, et en suivit là règle avec une piété chaque jour plus fervente. Il ne voulut se réserver qu'une somme dé 1,800,000 fr. sur ses revenus, et offrit le reste à sa sœur la reine d'Espagne, rentrée en France après la mort de son époux. Toutefois, le prince n'était pas tellement absorbé par les pratiques de la vie claustrale qu'il oubliât entièrement son pays. Il employait la plus grande partie de la somme qu'il s'était allouée sur son immense fortune à encourager les arts, les lettres, et surtout les sciences. Il faisait rechercher les savants nécessiteux, les aidait dans leurs travaux, et les appelait souvent auprès de lui, assistant à leurs expériences, et encourageant leurs efforts. L'un d'eux, Guettard le natu raliste, vint demeurer auprès de lui, et l'aida à former un cabinet d'histoire naturelle, qui passait pour l'une des collections les plus complètes de Paris. Le prince, sur ses dernières années,' parut abandonner les sciences profanes pour se livrer exclusivement à des études dont la re ligion était le but. Jaloux de lire dans le texte les Écritures sacrées, pour être plus en état de les défendre contre les attaques de l'école philosophique, alors florissante, il étudia avec le plus grand succès l'hébreu, le syriaque, le chaldéen et le grec. Tant de travaux, joints à des mortifications dont il augmentait chaque jour l'austérité, devaient attaquer sa santé. Le prince sentit en effet ses forces décliner rapide ment, et se prépara avec résignation à la mort. Ses der niers instants fournirent au clergé une nouvelle occasion de faire éclater son intolérance. A cette époqué, la lutte entre l'archevêque de Paris et le parlement relativement à la bulle Unigenitus était dans toute sa force. Le prince, qui avait de bonne heure adopté les principes du jansénisme, se trouvait entouré à son lit de douleurs des plus opiniâtres partisans de cette opinion religieuse. Le curé de Saint-Étiennedu-Mont (Bouettin), appelé auprès du due d'Orléans, voulut lui faire rétracter ses doctrines, et soutint avec lui une controverse longue et animée, qui épuisa sans doute les dernières forces de son pénitent. Le prince ayant résisté avec fermeté, Bouettin lui refusa la communion, aux grands applaudissements de ses confrères, qui élevèrent jusqu'aux nues un acte de stupide fanatisme. Le parlement voulut intervenir et poursuivre; le duc s'y opposa, et se fit administrer par son aumônier, que le curé de Saint-Étienne excommunia plus tard à son lit de mort.

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Le prince rendit le dernier soupir le 4 janvier 1752. Ses restes mortels furent déposés sans pompe dans le caveau de sa famille au Val-de-Grâce. Dans son désir de rendre un dernier service à la science, il avait exprimé, dit-on, le désir que son corps fût donné à l'école royale de chirurgie. En apprenant la mort de ce prince, la reine dit : « C'est un

bienheureux qui laisse après lui bien des malheureux. » On cite parmi les ouvrages manuscrits du prince une Traduction littérale des Psaumes, laite sur le texte hébreu, avec une paraphrase et des notes, et un grand nombre de dissertations. Il a laissé, en outre, des Traductions littérales d'une partie des livres de l'Ancien Testament et des Építres de saint Paul; un Traité contre les Spectacles, etc. Il n'avait eu de son mariage qu'une fille, morte à l'âge de deux ans, et un fils, héritier du nom.

P.-F. TISSOT, de l'Académie Française, ORLÉANS (LOUIS-PHILIPPE, duc d'), fils du précédent, naquit à Paris, le 12 mai 1723. Il fit ses premières armes en 1742, dans la campagne de Flandre. L'année suivante, il suivit le maréchal de Noailles sur le Rhin, et assista à la bataille de Dettingen, où le général en chef lui avait confié le commandement de la cavalerie; la bravoure du prince dans les différents engagements qui eurent lieu cette année rappela souvent celle de son aïeul le régent. A son retour, il épousa Louise-Henriette de Bourbon-Conti, princesse spirituelle et belle, mais douée de l'esprit le plus caustique. Cette union ne fut pas heureuse; et les deux époux vécureut assez longtemps séparés. Nommé lieutenant général en 1744, le duc d'Orléans fit la seconde campagne de Flandre, sous les ordres du maréchal de Saxe, assista aux siéges de Menin, d'Ypres, de Furne, de Fribourg, et prit une glorieuse part à la victoire de Fontenoy; il contribua également au gain des batailles de Raucoux, en 1746, et de Laufeld, en 1747. Après la mort de son père, le prince reçut le gouvernement général du Dauphiné. A cette époque La Condamine venait de publier son célèbre Mémoire sur l'inoculation de la petite vérole. Malgré le grand succès de ce mémoire, tous les esprits se tenaient en garde contre cette innovation. C'est au milieu de cette hésitation générale que Je duc d'Orléans fit venir Tronchin de Genève, et le pria d'inoculer son fils unique et sa fille, depuis duchesse de Bourbon. Par cet acte de courage, le prince eut la gloire de propager cette méthode.

La guerre ayant recommencé, le duc d'Orléans partit pour l'armée du Rhin en 1757, s'empara, le 20 juillet, de Winkelsen, et combattit avec sa bravoure accoutumée à Hastenbeck. Deux ans après, la duchesse, sa femme, tomba malade, et fut rapidement emportée. Le duc put alors librement s'abandonner aux plaisirs, mais sans imiter jamais les funestes déportements de son aïeul. Il embellit sa maison de Bagnolet, dont il parvint à faire une résidence délicieuse. Un de ses amusements favoris était d'y faire jouer la comédie par les personnes qu'il admettait dans son intimité; lui-même, dépouillant l'étiquette du rang, ne dédaignait pas de se charger des rôles comiques, dont il s'acquitlait à merveille: Grimm assure, dans sa Correspondance, qu'il était plein de naturel et de vérité dans les financiers et les paysans. Collé composait la plupart de ces pièces. Le prince faisait particulièrement sa société des adeptes de l'école philosophique, alors dans sa plus grande faveur. Dans la lutte des parlements contre Maupeou, les deux partis firent les plus grands efforts pour attirer le prince sous leurs drapeaux. Vers la fin de 1771, il se réconcilia avec la cour. On prétend, toutefois, qu'il ne consentit à revenir à Versailles qu'à la condition qu'on lui permettrait d'épouser Mme de Montesson: ce mariage, auquel Louis XV s'était constamment opposé, eut lieu en 1773. Le duc d'Orléans mourut le 18 novembre 1785, regretté et pleuré par tous les infortunés. Ce ne fut qu'à sa mort, et à la vue de l'immense concours de peuple qui suivait en larmes son convoi, que l'on put savoir le nombre des misères qu'il avait consolées.

Le duc avait eu de sa première femme deux enfants, l'atné, héritier du nom; l'autre, Louise-Marie-Thérèse-Ba thilde, née à Saint-Cloud, le 9 juillet 1750. Cette princesse épousa, en 1770, le duc de Bourbon-Condé, et fut la mère de i infortuné duc d'Enghien. Elle mourut à Paris, en 1822. P.-F. TISSOT, de l'Académie Fraçuaise.

ORLEANS (LOUIS-Philippe-JOSEPH, duc d'), premier prince du sang, naquit à Saint-Cloud, le 13 avril 1747. Ce prince, qui avait d'abord porté le nom de duc de Montpensier, devint duc de Chartres le 4 février 1752, à la mort de son aïeul. Il épousa, le 5 avril 1769, Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, fille du duc de Penthièvre, et digne héritière des vertus paternelles. Le jeune duc excellait à tous les exercices du corps: personne ne montait mieux à cheval; comme le prince de Galles, son ami, il brillait surtout dans les courses de chevaux, qu'il avait mises aussi à la mode; mais, à l'exemple de ce prince, de celui du comte d'Artois et d'une foule de jeunes seigneurs de la cour, il se précipi tait dans l'ivresse des voluptés, qu'il ne choisissait pas toujours d'une manière digne de son rang. La conduite du duc d'Orléans méritait sans doute de graves reproches; mais ce prince, en butte à tant d'acharnement, était chéri dans son palais comme le meilleur des maîtres. Naturellement porté à la bienfaisance, il aimait à accueillir ceux qui sollicitaient sa protection; on se louait de son humeur affable; mais il descendait trop souvent jusqu'à la familiarité, par suite de la facilité de ses mœurs et d'une sorte de popularité qui était dans son caractère et dans ses principes; car il n'avait pas l'orgueil du rang, et se plaisait à causer avec tout le monde. Quoique possesseur d'une fortune immense, le duc d'Orléans contracta des dettes; des engagements onéreux le jetèrent dans des spéculations qui faillirent lui enlever l'affection publique, à laquelle il attachait le plus grand prix (voyez PALAIS ROYAL).

Mais déjà le moment était venu où le prince allait jouer un rôle politique et faire le premier pas dans la brûlante carrière qui devait le conduire à un abime! En 1771 il concourut à la résistance que les princes opposèrent à la dissolution des parlements, sous le ministère de Maupeou.

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Lorsque la guerre fut déclarée à l'Angleterre, il sollicita la survivance de la charge de grand-amiral que possédait le duc de Penthièvre; mais il n'obtint qu'un commandement d'honneur, sur le vaisseau Le Saint-Esprit, dans la flotte de la Manche. Il assista au combat d'Ouessant, et sa conduite en cette occasion donna lieu aux bruits les plus contradictoires. A Paris le peuple l'accueillit avec enthousiasme. Il parut à l'Opéra, et des applaudissements unanimes le saluèrent à son entrée; mais quand il revint à son poste, la cour et la ville furent inondées de pamphlets et d'épigrammes qui l'accusaient formellement de s'être réfugié à fond de cale pendant le combat. La reine, qu'une antipathie mutuelle éloignait du prince, lui écrivit au nom du roi pour lui intimer l'ordre de quitter le service maritime. Au lieu de la charge qu'il avait espérée, on lui donna, par une espèce de dérision, le brevet de colonel général des hussards. Il cessa dès lors de paraître à Versailles, et vécut dans l'intimité d'un certain nombre d'amis, dont les mœurs relâchées étaient notoirement connues. Vers la fin de 1784, il fit un voyage à Londres, et s'y lia étroitement avec le prince de Galles, depuis Georges IV, et une foule de seigneurs. A son retour, il vanta beaucoup la simplicité du costume anglais, qui contrastait avec la magnificence déployée alors en France par la haute société. Il substitua l'habit bourgeois à l'or et aux broderies, et se vit bientôt imiter par toute la jeune noblesse. Devenu duc d'Orléans à la mort de son père (1785), il fut dans la première assemblée des notables l'un des chefs de l'opposition. Le 6 août 1787 il osa interpeller le roi en plein parlement, et lui demanda s'il tenait un lit de justice; puis sur la réponse affirmative du monarque, il protesta hautement contre cette mesure, déclara que le droit de voter des impôts n'appartenait qu'aux états généraux, et fit rendre par la cour un arrêt portant qu'elle ne prenait aucune part à l'enregistrement illégal des édits que le roi lui avait apportés. Le lendemain de cette séance, le prince se vit exilé à quinze lieues de Paris, dans son château de VillersCotterets. Le rappel du duc ne fut signé qu'au mois de mars 1788. Dans la seconde assemblée des notables, il présida de nouveau le troisième bureau, et s'y montra, comme par le

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passé, l'adversaire des projets ministériels. Bientôt après, les états généraux furent convoqués, et le prince, qui durant l'hiver rigoureux qu'on venait de traverser avait répandu de grandes libéralités, fut élu à la fois dans Paris, à Villers-Cotterets et à Crespy-en-Valois. I opta pour le bailliage de Crespy, dont les cahiers lui paraissaient conformes aux principes qu'il avait adoptés dans ses instructions. A la procession solennelle qui eut lieu à Versailles la veille de l'ouverture des états, on cria sur le passage de la reine : Vive le duc d'Orléans! et l'on remarqua l'affectation avec laquelle ce prince; séparé de la famille royale et confondu parmi les députés de la noblesse, salua la multitude qui bordait le cortége. Dans la chambre de la noblesse, il opina pour que les pouvoirs des trois ordres fussent vérifiés en commun et pour que dans l'assemblée générale on votât par tête et non par ordre. Le 25 juin le duc d'Orléans vint se réunir aux députés du tiers, à la tête de quarante-neuf membres de la noblesse. Le 3 juillet il fut nommé président de l'Assemblée nationale; mais il refusa. La cour, qu'il avait profondément irritée par sa démarche solennelle du 25 juin, ne conserva plus dès ce moment aucun ménagement envers lui, et l'accusa publiquement de tous les mouvements populaires qui avaient lieu à cette époque. Ces accusations devinrent plus vives lorsqu'à l'occasion du renvoi d'un ministre populaire, et de l'approche des troupes avec lesquelles on espérait comprimer l'opinion publique, les bustes de Necker et du prince furent portés en triomphe, et les couleurs de la maison d'Orléans arborées par le peuple. De toutes parts fut alors signalée l'existence positive d'un parti orléaniste, premier moteur des scènes terribles qui agitaient la France et travaillant en secret à l'élévation d'une dynastie nouvelle. Élevés dans les préjugés de la vieille monarchie, habitués à voir dans de petites manœuvres les causes des plus grands événements, les courtisans témoins du vaste et patriotique ébranlement de 1789 n'attribuaient qu'à l'esprit d'intrigue les miracles de l'esprit national, et s'obstinaient à identifier le duc d'Orléans et la révolution. Les événements des 5 et 6 octobre furent attribués au prince par l'opinion publique, qui se fit en cette circonstance l'auxiliaire de l'opinion de la cour. La Fayette signifia au duc un véritable ordre d'exil, déguisé sous le prétexte d'une mission diplomatique à Londres. Mirabeau pensait que le prince devait résister; mais quoique courageux de sa personne, il manquait de l'audace nécessaire à cette résolution. Il partit pour Londres. Son arrivée à Boulogne, où il devait s'embarquer, excita un grand mouvement: le peuple, soulevé en sa faveur, ne voulait pas lui laisser quitter la France. Le prince se déroba à cette tumultueuse ovation, et partit. Quelques jours après, le tribunal du Châtelet de Paris fit une instruction sur les événements des 5 et 6 octobre, et demanda ensuite à l'Assemblée de déclarer, aux termes de la loi constitutionnelle (qui ne permettait pas de mettre en jugement les membres de l'Asseinblée qu'elle ne les eût préalablement décrétés d'accusations), qu'il y avait lieu à accusation contre le duc d'Orléans et le comte de Mirabeau. Mais, sur le rapport de Chabroud, elle déclara, à une grande majorité, qu'il n'y avait lieu à accusation ni contre le duc d'Orléans ni contre le comte de Mirabeau. Le prince publia un mémoire où sont repoussées avec indignation les accusations dirigées contre lui dans ce fameux procès. Le duc de Lauzun, son ami, le défendit avec chaleur à l'Assemblée; le marquis de Ferrière, député royaliste d'une opinion prononcée, prit aussi sa défense par écrit.

Philippe resta en Angleterre environ huit mois, et envoya par écrit son adhésion au serment civique, qui fut prononcé le 4 janvier 1790 par le roi à l'Assemblée nationale. Il revint à Paris à l'époque de la fédération du 14 juillet.

L'absolution dont il avait été l'objet fut regardée comme une amnistie, et l'on continua à faire du premier prince du sang l'auteur de tous les désordres révolutionnaires.

A cette époque pourtant il y eut une tentative de rapprochement entre lui et la cour. Le ministre de la marine, ThéDICT. DE LA CONVERS.-T. XIY.

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venard, l'avait fait nommer amiral. Il alla remercier le roi, qui le reçut bien, et lui demanda s'il avait vu la reine. « Elle vous attend, dit le roi, allez chez elle; » La reine ne témoigna aucun souvenir du passé; mais les femmes tournèrent. le dos au prince, et les hommes le regardèrent avec un mé. pris provoquant. Le couvert de la reine était mis : « Prenez garde aux plats, criait-on de toutes parts; » comme si l'on eût craint le poison. On serrait, on coudoyait le duc, qui en descendant l'escalier de la reine reçut un crachat sur la tête et quelques autres sur ses habits. Convaincu que toutes ces humiliations lui avaient été prodiguées avec l'autorisation de la reine, Philippe d'Orléans sortit ennemi irréconciliable de ce palais, où il était venu apporter des paroles de paix. Cependant, le roi et même la reine, dit-on, n'apprirent qu'avec peine les outrages dont le duc avait été l'objet; mais ils ne furent pas assez bien inspirés pour chercher à en effacer l'impression.

Quelques patriotes influents, qui n'auraient pas osé encore aspirer à la république, songèrent alors à une dynastie d'Orléans ; et la nombreuse clientèle de cette maison accueillit ces projets avec enthousiasme. Mais il n'y avait pas dans ce prince irrésolu l'étoffe d'un chef de parti. Mirabeau disait que le duc d'Orléans n'était pas lui-même de son parti et qu'il n'avait jamais eu que des velléités de vertus et de crimes. La nullité politique du prince devint manifeste lors de la fuite de Louis XVI et de son arrestation à Varennes. Il ne tenta rien; car il n'était rien moins qu'apte à maitriser une révolution, et il aimait plus le plaisir que le pouvoir.

La guerre avait éclaté sur ces entrefaites; le prince demanda à rejoindre l'armée où servaient ses deux fils, les ducs de Chartres et de Montpensier. Sur la réponse singulière de Louis XVI, « que son cousin pouvait faire tout ce qu'il voudrait », Philippe d'Orléans partit pour Valenciennes, au mois de mai 1792, avec le comte de Beaujolais, son troisième fils, qui n'était alors âgé que de douze ans. Il avait assisté aux combats de Menin et de Courtray, lorsque le roi fit savoir au maréchal de Luckner que son désir était que le prince quittât l'armée. On craignait qu'il ne s'y formât un parti.

Il revint à Paris pour assister à la journée du 10 août. Lorsqu'on procéda aux élections qui devaient amener la Convention nationale, le prince se présenta comme candidat à la députation de Paris. Mais les noms de terre n'existaient plus, et le duc ne pouvait être désigné et inscrit sous le nom d'Orléans, qui provenait d'un duché. Philippe d'Orléans se trouvait réellement sans nom. Dans ce cas, il devait s'adresser à la municipalité de son domicile pour qu'elle fixât le nom qu'il porierait dorénavant. Il se rendit en conséquence au sein de la commune de Paris, et c'est là que selon les uns par une inspiration personnelle, selon d'autres par une suggestion de Manuel, substitut du procureur de la commune, il prit le nom d'Égalité. Ce fut donc sous le nom de Louis-Philippe-Joseph Égalité qu'il parut à la Convention nationale, après avoir été nommé le dernier des députés de Paris, comme si le corps électoral eut ainsi voulu témoigner du triomphe définitif et absolu du peuple sur l'aristocratie.

A la Convention le duc d'Orléans vota constamment avec la Montagne, et se vit en butte aux attaques continuelles de la Gironde. Ce parti réussit à faire rendre, le 16 décembre 1792, un décret qui bannissaft du territoire de la république tous les membres de la maison de Bourbon résidant encore en France; mais la Montagne fit rapporter ce décret deux jours après. Philippe avait à cette époque des ennemis dans les deux camps. Une partie des girondins lui reprochaient de vouloir tout désorganiser pour s'élever sur les ruines des pouvoirs existants. D'un autre côté, un certain nombre de jacobins, la faction d'Hébert principalement, étaient particulièrement acharnés contre lui. Égalité, dans ces terribles circonstances, cachait sa tête et tâchait de se perdre dans la foule. Il suivait ce plan de conduite depuis le 10 août, et surtout depuis le 2 septembre, où les violences

effrayé et

chait plus avec la révolation, révolté à la fois; il ne mar'était entraîné par elle, et voyait un abime ouvert sons ses pas. Loin de figurer parmi les meneurs du jacobinisme, il était réduit à se faire tolérer comme sans-culottes subalterne et docile, et ne se soutenait qu'avec peine contre les attaques des divers partis dont son nom provoquait les fureurs. Il prit rarement la parole dans l'Assemblée. Cependant, i'monta à la tribune pour annoncer à la Convention la victoire de Jemm apes. On a dit que dans le procès de Louis XVI Égalité avait l'intention de se récuser, mais qu'il fut menacé par les montagnards, ses amis, d'être lui-même envoyé à l'échafaud, s'il ne votait avec eux la mort du tyran. Quoi qu'il en soit de cette contrainte, qui ne justifierait pas son infamie et sa lâcheté, il s'assit parmi les juges du chef de sa famille, et quand vint son tour d'opinér, il vota la mort en des termes qu'il faut rappeler, car ils appartiennent à l'histoire : « Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote pour la mort. Des cris d'indignation partís de tous les bancs et même des tribunes publiques, garnies de tricoteuses, firent comprendre au prince régicide qu'il venait de transgresser une de ces grandes lois morales sur lesquelles la société, divisée sur tout le reste, demeure invariablement d'accord."

Philippe, après son vote, se vit abandonné par la Montagne; et malgré ses protestations, il continua de servir de jouet aux girondins et aux montagnards, pour s'accuser mutuellement de vouloir rétablirla monarchie dans sa personne ou dans sa famille. La défection de Dumouriez, avec lequel il entretenait une correspondance active, et le départ forcé du duc de Chartres, frappé d'un décret d'arrestation, rendirent sa position plus difficile encore. Au mois d'avril 1793, le comité de sûreté générale ayant décerné deux mandats d'arrêt contre les ducs de Montpensier et de Chartres, cette mesure fut bientôt suivie de l'arrestation du duc d'Orléans et de celle des membres de sa famille qui n'avaient pas quitté la France. Le soir du jour où la Convention prononçait sur son sort, Philippe dinait au Palais-Royal avec un de ses compagnons de plaisir, M. de Monville. Merlin de Douai accourut lui porter la fatale nouvelle. « Grand dieu! s'écria le prince en se frappant le front, est-ce possible? » Monville, qui exprimait le jus d'un citron sur une solc, répondit : « Que voulezvous! Ils ont eu de votre altesse tous ce qu'ils en voulaient, et ils en font ce que je fais de ce citron. » Le duc, conduit à la commune, réclama, mais inutilement, le privilége qui assurait l'inviolabilité de sa persome, comme député, tant que la Convention n'aurait pas décrété sa mise en accusation. La Convention passa à l'ordre du jour sur sa réclamation, et on 'écroua Philippe à l'Abbaye avec son jeune fils, le comte de Beaujolais. Deux jours après, la Convention rendit un décret qui ordonnait la translation des prisonniers dans les châteaux de Marseille et le séquestre de leurs biens. Relégué d'abord au fort Notre-Dame, le prince quitta cette prison pour être conduit au fort Saint-Jean, où il fut traité avec la plus grande rigueur. Le 7 mai il subit un interrogatoire, dont il se tira avec autant d'adresse que de sang-froid, niant toujours avoir eu des relations avec Mirabeau et Dumouriez, et se proclamant l'inébranlable adhérent des jacobins et de la Montagne.

Cependant, lors de la proscription des quarante-cinq girondins, Billaud-Varennes proposa d'ajouter le nom du duc d'Orléans à la liste des députés que la Convention allait mettre en accusation. Cette proposition, faité simplement, et sans que l'orateur en expliquât le motif, fut adoptée sans la moindre opposition. Avant la publication de ce décret, le prince avait été traduit devant le tribunal révolutionnaire des Bouches-du-Rhône, qui l'avait déclaré innocent. Malgré cet acquittement et le rapport du député Rhull, affirmant n'avoir rien trouvé de suspect dans les papiers de l'accusé, le comité de salut public avait fait défense de le rendre à la liberté; son décret rendu, la Convention

envoya des commissaires à Marseille, avec l'ordre de transférer le prince à Paris. Égalité fit le voyage avec l'espérance que l'on ne voulait de lui qu'un éclaircissement et qu'il n'allait pas courir les chances d'un nouveau jugement. Cette illusion subsistait encore dans la dernière lettre qu'il écrivit de Lyon à ses enfants. Arrivé à Paris, dans la nuit du 5 au 6 novembre, il fut conduit sur-le-champ à la Conciergerie; c'est là qu'on lui annonça qu'il comparaîtrait dès le lendemain devant le tribunal révolutionnaire. Le 6 au matin' on le conduisit devant ses juges. Son acte d'accusation était le même que celui des girondins; Fouquier-Tinville ne s'était même pas donné la peine d'en rédiger un qui pút én apparence s'appliquer au duc d'Orléans. Entre autres absurdités qu'on y avait laissées subsister, se touvait la mention d'un crime singulier, déjà reproché au député Carra, celui d'avoir voulu placer le duc d'York sur le trône de France. A cette étrange lecture, le prince sourit d'indignation et de pitié : « Mais en vérité, dit-il, ceci a l'air d'une plaisanterie. » Sommé de répondre aux nombreux chefs d'accusation dirigés contre lui, il répondit qu'ils se détruisaient d'eux-mêmes et ne lui étaient nullement applicables, puisque personne n'ignorait qu'il avait été constamment opposé au système et aux mesures du parti qu'on l'accusait d'avoir favorisé. » Le tribunal étant entré sur-le-champ en délibération, et l'ayant condamné à mort sans désemparer, Philippe s'écria avec l'accent d'une vive colère. « Puisque vous étiez décilés à me faire périr, vous auriez dû chercher au moins des prétextes plus plausibles pour y parvenir; car vous ne persuaderez jamais à qui que ce soit que vous m'avez cru coupable de tout ce dont vous venez de me déclarer convaincu, et vous, moins que personne, vous, qui me connaissez si bien, ajouta-t-il en regardant fixement le chef du jury, Antonelle. Au reste, puisque mon sort est décidé, je vous prie de ne pas me faire languir ici jusqu'à demain, et d'ordonner que je sois conduit à la mort aujourd'hui même. » On lui accorda sa demande. Le prince, en sortant de la salle, traversa rapidement la cour et les guichets de la Conciergerie : il était escorté par une demi-douzaine de gendarmes. « On doit le dire, rapporte un témoin oculaire, à sa démarche fière et assurée, à son air vraiment noble, on l'eût pris plutôt pour un général qui commande à ses soldats que pour un malheureux que l'on mène au supplice. Pendant les courts instants qu'il resta à la prison, il y déjeûna avec sa bonne humeur ordinaire et y reçut la visite d'un de ses juges, qui lui demanda quelques renseignements sur des faits importants concernant le salut de la république. Philippe y consentit dans l'intérêt de la liberté, et s'entretint avec son juge pendant une vingtaine de minutes. En terminant i dit à haute voix : « Je n'accuse pas les patriotes de ma mort; elle vient de plus haut et de plus loin. » On le plaça dans la même charrette que le général Courton et un serrurier nommé Labrousse. Ce dernier se récria : « Je suis condamné à mort; mais je n'ai pas été condamné à marcher au supplice à côté de ce misérable et de cet infâme! » Depuis la prison jusqu'à la place de la Révolution, il fut accablé de buées et d'insultes, et semhla y faire peu d'attention. Par un raffinement de cruauté, la voiture qui le conduisait à la mort s'arrêta un quart d'heure devant le Palais-Royal et devant le poste des Jacobins. Philippe promena ses regards avec le plus grand sang-froid sur son palais. Devant l'échafaud, et presque sous la hache, il montra une inébranlable fermeté. Les valets du bourreau voulaient lui ôter ses bottes « Laissez cela, dit-il, vous débotterez plus facilement le cadavre. » Le duc d'Orléans avait la bravoure du régent; et d'ailleurs le scepticisme philosophique, le dégoût de la vie et des hommes avaient ajouté à son courage naturel ce caractère d'indifférence et d'impassibilité qui sait accepter la mort sinon comme un présent, au moins comme un repos. Le prince avait quarante-six ans quand il mourut. En 1815 le prince régent d'Angleterre, devenu roi sous les nom de Georges IV, disait à Mme Adélaïde: « Vous trouvez ici le portrait de votre père, parce que je n'ai jamais

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ORLÉANS

eru à un seul des crimes qu'on lui imputait.» Charles X avait la même opinion sur le duc d'Orléans, et se plut à répéter plus d'une fois : « Il n'était pas méchant. »>

La duchesse d'Orléans, Louise-Marie-Adélaïde DE BOURBON-PENTHIÈVRE, sa femme, arrêtée en 1794, par un ordre du comité de sûreté générale, anquel les habitants de Vernon avaient essayé de la soustraire, fut conduite à la prison du Luxembourg et transférée plus tard à la maison de santé Belhomme, rue de Charonne. Au 18 fructidor elle sortit de prison, et se retirá en Espagne avec une pension de cent mille francs que lui accorda le gouvernement. Elle se rendit ensuite à Mahon, puis à Palerme, où elle maria son fils le duc d'Orléans avec la princesse Marie-Amélie de Sicile. Elle revint ensuite à Mahon, et rentra en France à la restauration. Au mois de mars 1815, elle était retenue au lit par la fracture d'une jambe, lorsque Napoléon rentra dans Paris. Il lui fit dire qu'elle pouvait rester en France, si elle le désirait. Elle mournt le 28 juin 1821, da J

De son mariage étaient nés trois fils et une fille: LouisPhilippe, roides Français; Antoine-Philippe d'Orléans, duc de Montpensier, né le 4 juillet 1775. Il fut élevé, comme ses frères, par madame de Genlis. La révolution l'arracha a ses études, et le jeta, à peine âgé de seize ans, sur le théâtre de la politique et de la guerre. Lieutenant au 14me régiment de dragons, puis aide de camp de son frère, il se distingua à la bataille de Valmy, fut promu au grade de lieutenant colonel et à celui d'adjudant général après la bataille de Jemmapes. Placé auprès du général Biron à l'armée d'Italie, il fut arrêté à Nice, en 1793, et transféré à Marseille, où il retrouva son père et son frère, le jeune comte de Beaujolais. Sous le Directoire ils recouvrèrent la liberté, et rejoignirent leur aîné en Amérique. De retour en Europe, il mourut en 1807, à Twickenham, d'une affection de poitrine. Il est l'auteur de Mémoires compris dans la collection Baudouin et dans la collection Barrière.

Alphonse Léodgar D'ORLÉANS, comte de Beaujolais, né le 7 octobre 1779, partagea le sort de toute sa famille, et mourut à Malte, en 1808, d'une phthisie pulmonaire. Louise-Marie-Adélaïde-Eugène, Mlle D'ORLÉANS. Voyez

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cavalerie. Le maréchal Gérard n'eut besoin que d'être juste pour accorder des éloges à la bravoure et aux services du prince royal. Dans la même année, il brava volontai• rement un danger plus terrible peut-être que tous ceux de la guerre, en visitant, avec Casimir Périer, l'hôpital de l'hôtel-Dieu, au moment où le choléra était parvenu à son plus haut degré d'intensité. Pendant les journées d'avril 1834, le duc d'Orléans parcourut avec son frère, le duc de Nemours, la rue Saint-Martin, dernier réfuge d'une jeunesse téméraire et prodigue de sa vie. En 1835 le prince fit l'expédition de Mascara, en Algérie, sous les ordres du maréchal Clausel, et donna dans cette circonstance de nouvelles preuves de courage.

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ORLÉANS (FERDINAND-Philippe-Louis-Charles-ROSOLINHENRI, duc D'), et d'abord duc de Chartres, né à Palerme, le 3 septembre 1810, mort le 13 juillet 1842. Il fit ses études à Paris, au collège Henri IV, avec un succès attesté par plusieurs prix obtenus aux concours généraux de l'université. En même temps qu'il participait avec les enfants des simples citoyens aux bienfaits d'ane' éducation commune, it recevait aussi cette instruction variée et profonde qui con. vient de nos jours aux grandes races. L'histoire, la géographie, les mathématiques et les sciences qui s'y rattacbent, les langues modernes, les principes de l'art militaire et ceux de l'administration, enfin les différents exercices du corps, occupèrent tour à tour ses jeunes années. Plus tard il suivit les cours, et subit avec distinction les examens de l'École Po lytechnique. En 1824 les ordres du gouvernement l'appelèrent à commander le 1er régiment de hussards. Il était en garnison à Joigny au moment de la révolution de Juillet; dès la première nouvelle de l'événement, il partit pour Paris. Arrivé à Montrouge, il ne put entrer à Paris. Mais ayant reçu des nouvelles de sa famille, il repartit sur-le-champ, et le 3 août au matin il revint à la tête de son régiment, le premier qui soit entré dans Paris avec le drapeau tricolore.

ADÉLAÏDE.

Du mariage de Louis-Philippe avec Marie-Amélie naqui-il rent six fils et quatre filles :

En 1831 le duc de Chartres, devenu duc d'Orléans par l'avénement de son père au trône de France, entra en Belgique. En novembre de la même année, il se rendit à Lyon, avec le maréchal Soult, après l'insurrection de celte ville, et tenta tous les moyens de calmer les esprits en réparant autant qu'il était en lui les malheurs de la guerre civile. En 1832, le duc d'Orléans prit part au siége d'Anvers, et commanda la tranchée à son tour, quoiqu'il fût général de

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Pendant l'été de 1836, le duc d'Orléans visita les cours d'Allemagne, et épousa peu après la princesse Hélène de Mecklembourg, sœur du duc. Les chambres accordèrent une dotation d'un million au prince. On sait avec quel éclat Paris célébra ces fêtes du mariage, qui furent pourtant marquées par un horrible accident: au, sortir du Champ-de-Mars, entouré d'un fossé, la foule sé précipita vers une grille, et plu sieurs personnes perdirent la vie, étouffées, pressées et fou lées aux pieds. Cependant une nouvelle campagne se préparait en Afrique. Le prince voulut en faire partie. Elle n'eut d'autre résultat que la reconnaissance de la grande voie de communi. cation existant entre Alger et Constantine, le passage des Portes de fer, et la découverte de l'arc de triomphe romain de Djemilah. '

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L'année suivante, il se distingua aux combats de l'Affroun, de l'Oued-Ger, du bois des Oliviers, à la prise de Médéah à celle du teniah de Mouzaïa, où il commanda la colonne d'attaque. De retour en France, il consacra presque exc!u» sivement les deux années 1841 et 1842 à l'organisation, à l'inspection et à la manœuvre des troupes. Ce fut lui qui organisa à Saint-Omer les premiers bataillons de chas+ seurs à pied, qui portèrent d'abord son nom. Au retour du duc d'Aumale, en 1841, il était auprès de son frère, ainsi que le duc de Nemours, lorsque Quénisset déchargea sur eux un pistolet qui n'atteignit que le cheval du lieutenantcolonel. Le duc d'Orléans sut retenir ses soldats, indignés. -L'année suivante il revenait des eaux de Plombières, eù avait été conduire sa femme, et se rendait à Neuilly pour faire ses adieux à sa famille avant de partir pour Saint-Omer, lorsque ses chevaux s'emportèrent près de Sablonville, sur le chemin de la Révolte. En voulant se précipiter hors de sa voiture il se brisa la tête sur le pavé. Dans ces jours de luttes et d'indifférence, la France entière n'eut que des larmes pour la fin malheureuse d'un prince que sa bravoure, son intelligence et ses sentiments libéraux avaient rendu très popu laire. Son testament, trouvé le 24 février 1848 aux Tuileries, témoigne de l'élévation de ses idées. Il y exprime le souhait que son fils soit par la suite un serviteur passionné et exclusif de la révolution..

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ORLEANS (HÉLÈNE-LOUISE-ÉLISABETH, princesse Dr MECKLEMBOURG-SCHWERIN, duchesse d'), femme du précédent, est née le 24 janvier 1814, à Ludwigslust. Elevés dans une obscure cour d'Allemagne, Mme la duchesse d'Or léans, douée d'un excellent naturel, où la bonté s'allie avec la force, joignant à l'imagination rêveuse de ses compatriotes le bon sens qui la tempère et qui la règle, dut à elle-même plus qu'à ses maîtres une éducation qui en fait une des princesses de l'Europe les plus accomplies. Elle n'avait pas abjuré le protestantisme. Ce fut entre la catholique Marie-Amé lie et elle une cause de sourde discorde. Après la mort du duc d'Orléans, elle éleva ses enfants dans les principes de la royauté élue sortie de la révolution de 1830, et vécut entourée du respect et de la confiance des populations, étrangère à toute menée souterraine, bonne, charitable par excellence, protégeant les arts et les lettres, contente, comme une noble matrone romaine, de régir; son intérieur et de s'y montrer aussi sévère à elle-même que si elle eût figuré sur le trône, faisant en sorte qu'on parlat d'elle le moins possible, et se bornant à être chérie du public sans vouloir en être adulée,

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