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répondait à un besoin véritable, c'est que la Revue des Revues qui lui a succédé, a su triompher des difficultés d'un début toujours laborieux et pénible, et conquérir promptement une importante publicité.

L'utilité d'une revue, incontestable à toutes les époques, l'est particulièrement de nos jours. Il n'est personne qui ignore l'influence désastreuse qu'exerce sur les destinées de la grande presse quotidienne la publication des petits journaux.

Sans examiner ce que ce fait a d'heureux ou de déplorable, nous devons en tenir compte, dans l'appréciation des besoins auxquels une revue doit satisfaire.

Les petits journaux, en effet, ne sont qu'une simple nomenclature de nouvelles, sans examen, sans discussion. Les faits у

sont rapportés, sans que la crilique essaie jamais de les rattacher à quelque grand principe religieux ou social. Et cependant c'est lå par dessus tout la mission de la presse à notre époque. Le prêtre, par exemple, qui doit être le conseiller de ses ouailles, et qui, à ce titre, est si souvent appelé à décider de leurs lectures, pourra-t-il bien émettre un jugement éclairé et prudent, si une analyse approfondie et consciencieuse des productions contemporaines, ne le met à même de les apprécier. Tous les catholiques, simples laïques ou revêtus du sacerdoce, oseront-ils bien soutenir une controverse sérieuse avec les adversaires de leurs doctrines s'ils ne trouvent dans leur journal une réfutation toute faite des sophismes sans cesse renouvelés de l'erreur et de l'esprit de parti.

Les petits journaux ne peuvent pas remplir cette mission, et cependant combien de prêtres, de laïques intelligents ne lisent pas autre chose. Pour ceux-là, le complément naturel, indispensable de ces feuilles nouvellistes, c'est une revue qui examine à la lumière de la foi, de la raison ou de la science, tous les faits du domaine de la publicité, qu'ils se rapportent à la religion, à l'histoire, à la philosophie, ou à la littérature.

Le but que nous nous sommes proposé, c'est justement de faire passer sous les yeux de nos lecteurs ce mouvement intellectuel et social, auquel personne de nos jours ne peut rester étranger ou mème indifférent. L'erreur et la vérité, le bien et le mal se livrent dans le temps un duel à mort. Cette lutte se produit sous toutes les formes, emprunte les armes les plus diverses, descend de l'arène de l'histoire et de la philosophie dans la conversation familière, a pour champions des hommes blanchis sur les livres, on des esprits superficiels qui n'ont fait qu'effleurer la science.

Nous serons les témoins et les rapporteurs de ce combat sans tréve, ni merci. Quand le bien triomphera, nous applaudirons; lorsqu'il sera abattu pour un jour, nous nous efforcerons de relever son courage pour le préparer à de nouveaux triomphes. Nous serons tour à tour la fanfare qui sonne la victoire, le bouclier qui protége le combattant contre les coups d'un adversaire intrépide, ou la voix amie qui ranime son ardeur.

Nous nous attacherons surtout à défendre l'Église dans le passé et dans le présent. L'Église est la personnification de la vérité dans le temps; elle ne peut errer, et cependant chaque jour on l'accuse d'entraver le développement de la société, d'aimer les ténèbres, de faire peser un joug abrutissant sur l'esprit de l'homme. Il ne faut pas que ces outrages, si souvent et si injustement prodigués, passent sans protestation. Nous n'aimerions pas notre Mère, si nous la laissions impunément calomnier et salir. Quand un audacieux pamphlétaire défigurera notre histoire pour couvrir l'Église d'un voile d'ignominie, quand un grave magistrat fouillera les annales de la charité dans l'espoir de n'y trouver que des armes contre le clergé, nous élèverons la voix pour restituer aux faits leur véritable caractère. Nous aussi nous aurons la patience de compulser les archives, de déchiffrer les chroniques, et de cet examen contradictoire nous espérons bien faire sortir le triomphe de nos principes.

La politique, la philosophie, la littérature, l'histoire touchent de trop près à la religion pour que nous ne leur accordions pas dans notre revue la place et le rang qu'elles doivent y occuper. Nous ne laisserons passer aucune production de quelque importance, sans y consacrer une étude spéciale, qu'il faille blâmer ou louer. La philosophie, la littérature et l'hisloire traversent des phases diverses, tantôt en marche, mais à pas lents vers la vérité,

હૈ plus souvent encore se précipitant sur la pente des systèmes et de l'erreur. Nous les suivrons dans ces perpétuelles oscillations et nous leur tendrons toujours le fil qui doit les guider dans le labyrinthe où elles sont engagées.

En politique nous examinerons les faits à la double lumière de notre foi d'enfants de l'Église, et de nos convictions de citoyens belges. Nous étudierons et nous indiquerons le mouvement des partis. Nous apprécierons les voles de la Chambre, et nous donnerons à nos amis un concours toujours loyal et sincère.

Nous ferons enfin une part modeste mais sérieuse aux questions d'économie sociale, à la science et aux arts. C'est le couronnement

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utile d'une revue qui doit embrasser dans ses études toutes les manifestations de l'esprit humain et tous les intérêts de la société.

Pour remplir le programme que nous venons de développer, nous comptons plus encore sur le zèle et le dévouement de nos amis que sur nous-mêmes. Le but que nous nous proposons est digne des sympathies de tous les catholiques, et à quelle hauteur n'élèverions-nous pas celte æuvre, si les trésors de science accumulés par le clergé et par les laïques instruits et pieux, nous étaient ouverts. Nous nous adressons en toute sécurité à tous ceux qui ont à ceur la liberté, l'honneur et l'influence de l'Église. Ceux-là qui ne pourront pas nous offrir le concours de leur talent, nous prèteront celui de leurs ressources matérielles, et les plus pauvres ne se croiront pas dispensés de prier pour le succès de notre entreprise.

C'est surtout aux jeunes écrivains que nous faisons appel. Qu'ils considèrent notre revue comme une tribune où ils auront toujours le droit de plaider la cause de la vérité. Qu'ils s'unissent à nous en amis et en frères.

Nous comptons déjà dans nos rangs des jeunes gens, des hommes murs, les uns voués à la carrière de l'enseignement, les autres revêtus de la toge du magistrat, d'autres encore appelés par les suffrages de leurs concitoyens à défendre leurs intérêts et leurs droits à la tribune parlementaire, presque tous occupant des positions éminentes et entourés d'une estime qu'ils doivent moins encore à leurs talents qu'à leur caractère. C'est autour d'eux que nous convions à venir se grouper tous ceux qui aiment notre œuvre, pour former ainsi une seule et unique phalange au service du bien !

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A. GRAVEZ.

REVUE DES REVUES.

DE LA FÉODALITÉ, DE LA CHEVALERIE,

ET

DES COMMUNES EN BELGIQUE.

Première partie.

Tant que Charlemagne vécut, son génie soutint et vivifia son vaste empire. Dans la Belgique comme dans les autres parties de ses états, il établit des gouverneurs qui, sous le titre de ducs, comtes ou marquis, en administraient les différentes provinces. Mais sous ses faibles successeurs ces gouverneurs secouèrent peu à peu le joug, régirent en qualité de souverains ces mêmes contrées qu'ils ne possédaient d'abord que comme délégués du prince, et enfin les transmirent à titre héréditaire à leurs descendants. C'est ainsi que s'élevèrent ces ducs de Brabant, ces comtes de Flandre, de Hainaut, de Namur, etc., qui jouent un si grand rôle dans notre histoire nationale.

Notre intention n'est pas de répéter ici ce qui a été dit souvent sur la féodalité et la commune, – cela dépasserait beaucoup le

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cadre que nous nous sommes tracé; mais d’en indiquer aulant que possible la généalogie, de montrer en quoi elles se ressemblent et en quoi elles différent, et de les rendre en quelque sorte palpables en les expliquant par les faits de notre propre histoire. Jetons d'abord un coup d'æil rapide sur ces institutions féodales qui ont régi l'Europe pendant trois siècles et qui sont restées profondément empreintes dans nos lois jusqu'à la grande révolution de 89. Il est impossible de bien comprendre le moyen âge sans connaitre à fond les meurs de la féodalité. Elles dominent tout. L'esprit belliqueux de la noblesse, esalté par la foi chrétienne la pousse aux croisades; il enfante la chevalerie, espèce d'héroïsme pieux et guerrier, inconnu aux payens. -- La bourgeoisie elle-même, qui s'élève sur les ruines de la féodalité, s'organise d'après des principes analogues. Beaucoup d'écrivains n'ont vu dans la féodalité que ses abus et ils se sont hâtés de lui jeter en passant quelques paroles de blâme et de colère. Ils n'y ont vu qu'oppression et tyrannie d'une part, servitude et avilissement de l'autre. Mais il est évident qu'au milieu des désordres qui succédèrent au grand règne de Charlemagne, alors que l’Europe était livrée à l'anarchie; quand le pouvoir central était sans force; quand les armées nationales fuyaient devant les hordes normandes, la forteresse féodale était le seul refuge assuré pour le seigneur, pour ses vassaux et ses colons. La féodalité naquit de l'anarchie, et non l'anarchie de la féodalité; les rois et les peuples eux-mêmes, loin de la condamner comme une usurpation, la considéraient comme une sauvegarde contre leurs ennemis.

« Le droit rendu à tous les sujets de l'empire de pourvoir à leur propre sûreté, que les monarques avaient si négligée (dit un homme dont l'opinion à cet égard n'est point suspecte) (1), n'eut pas seulement pour résultat d'arrêter les effroyables dévastations des Normands, des Hongrois, des Sarrasins, il retrempa le caractère national et raviva le sentiment de l'indépendance chez veux qui avaient les moyens de se défendre. Des souvenirs odieux se rattachent au règne féodal parce que ce nom rappelle l'esclavage uni

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(1) SISMONDI, Histoire des Français, t. IV, Paris, 1823.

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