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enclin à emboîter le pas à Gonse, à Boisdeffre, à Billot; contrarié, au contraire, d'obliger ces trois divisionnaires à renoncer à leur premier sentiment sur l'authenticité de cette lettre, qui leur tenait lieu d'argument à la culpabilité de Dreyfus.

Picquart avait plusieurs raisons d'affirmer avec énergie que la lettre « Speranza » était un faux.

Il suffit d'en retenir une seule : le désir que la vérité fût connue de ses chefs.

Son affirmation ne provoqua d'ailleurs, de la part de Pellieux, aucune mesure propre à manifester les auteurs de ce faux.

Pellieux paraissait ignorer l'adage : « Is fecit cui prodest ». Il ne lui semblait pas utile d'interroger à ce sujet le personnage « cui proderat », et de rechercher dans ses entours ou dans ses relations le fil conducteur qui mènerait à l'auteur de ces machinations criminelles.

Ravary, saisi par Picquart de la même affirmation sur la « fausseté » de la lettre « Speranza », avait fait comme Pellieux, la sourde oreille.

Il avait affecté la plus parfaite indifférence à tirer au clair l'affirmation de Picquart.

Cela ne l'intéressait pas.

Et ce qui vient d'être observé à propos de la lettre « Speranza », adressée à Picquart en décembre 1896, il convient de l'étendre aux télégrammes signés respectivement Blanche et Speranza, adressés à Picquart le 10 novembre 1897, onze mois plus tard, et révélant manifestement la même intention : « nuire à Picquart auprès de ses chefs, en lui attribuant des correspondances compromettantes ».

C'est dans ces conditions que, rebuté par la justice militaire dont Ravary et Pellieux étaient les agents ostensibles, Picquart s'adressa à la justice civile,

pour obtenir que l'auteur des trois faux sus-énumérés fût recherché et condamné pour les trois crimes qui en résultaient.

Le juge Bertulus fut alors désigné par le procureur de la République pour instruire sur la plainte de Picquart.

Au bout de six mois d'enquête, Bertulus parvint à réunir des présomptions sérieuses d'avoir coopéré à ces faux, ou tout au moins à plusieurs d'entre eux, contre trois personnages : le commandant Esterhazy, bénéficiaire direct des faux, la demoiselle Pays, concubine dudit, et le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui semblait avoir été l'âme des machinations ourdies au bénéfice d'Esterhazy.

Nous avons raconté, au cours de ce livre, comment les ordonnances de Bertulus traduisaient les présomptions réunies par le juge en un renvoi des trois faussaires devant la Cour d'assises, et comment elles furent infirmées «en fait » par la Chambre des mises en accusation présidée par le conseiller Caze, tout en étant confirmées « en droit » par la Cour de cassation.

En dépit de l'information « en fail », qui arrachait le lieutenant-colonel du Paty de Clam à la Cour d'assises, il s'était dégagé de l'arrêt de la Cour de cassation du 2 septembre 1898 l'évidence du crime de du Paty de Clam.

Cette évidence constituait, aux yeux des esprits droits, un énorme pas vers la vérité, en ce qui touchait à l'innocence de Dreyfus.

L'indignité du principal agent de la condamnation de Dreyfus, indignité poussée jusqu'au crime, c'était en effet la suspicion la plus grave jetée sur toute la procédure de cette condamnation.

Cette suspicion grandissait elle-même en des proportions extraordinaires, la veille même du jour où

s'était réunie la Cour de cassation pour délibérer sur les arrêts soumis à son appréciation souveraine.

En effet, au moment même où le crime de du Paty allait être soumis à l'examen de la Cour de cassation, un nouveau crime avait été révélé à l'opinion pu. blique.

Un autre officier supérieur, le lieutenant-colonel Henry, venait d'être rayé du nombre des vivants après avoir été convaincu par le ministre de la guerre d'un faux encore plus significatif que les faux Speranza et Blanche; après avoir fait l'aveu de son crime.

Coup sur coup, la preuve éclatait que les deux principaux agents de la condamnation de Dreyfus, les deux ennemis les plus acharnés de Picquari, étaient deux misérables faussaires. C'en était trop.

La mesure était comble. La revision du procès de Dreyfus s'imposait.

TABLE DES MATIÈRES

LIVRE PREMIER

LES ANERIES DE CAVAIGNAC. ................ 1

CHAPITRE PREMIER. - Le faussaire du Paty de Clam. - Duel

entre le juge Bertulus et le procureur général Bertrand. . 1

CHAPITRE DEUXIÈME. - Séance de la Chambre des députés du

7 juillet 1898. – Déclaration de Cavaignac ....... 7

CHAPITRE TROISIÈME, - Opinions de Cassagnac et de Rochefort

sur les débats du 7 juillet. ............... 29

CHAPITRE QUATRIÈME. – Opinions de Drumont et de Jaurès sur

la déclaration de Cavaignac. .............. 37

CHAPITRE CINQUIÈME. – Opinions de Clemenceau et d'Yves Guyot

sur la séance du 7 juillet................. 47

CHAPITRE SIXIÈME. - Les socialistes répudient Rochefort. -

Mystification du marquis de Vascagat. ......... 54

CHAPITRE SEPTIÈME. – La réunion publique de Toulon (25 juin).

- Mise en cause de Charles Dupuy. .......... 64

CHAPITRE HUITIÈME. - Le dîner de l'abbé Valadier. - Opinion

de Méline sur la déclaration de Ca vaignac. ....... 75

CHAPITRE NEUVIÈME. – Lettre de Picquart au Frésident du Con-

seil. - Séance de la Chambre des députés du 12 juillet. – In-
terpellation de Fournière. -- Lettre de Demange à madame
Dreyfus. - Publication de la note de Dreyfus du 31 décembre

1894. ......................... 82
CHAPITRE DIXIÈME. -- Le Conseil des ministres décide des pour-

suites contre Picquart. -- Bertulus fait arrêter Esterhazy et

mademoiselle Pays. .................. 92

CHAPITRE ONZIÈME. — Arrestation de Picquart. ....... 103

CHAPITRE DOUZIÈME, - Maneuvre odieuse contre Picquart. 114

LIVRE DEUXIÈME

· LIVRE TROISIÈME

Dreyrus .

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