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Quoique cette grammaire puisse être également utile aux Bretons jaloux de bien savoir leur langue, et aux Français curieux d'apprendre une langue aussi ancienne, néanmoins l'intention principale, en la composant, a été de fournir à ceux qui ne savent que le français, le moyen d'apprendre et de parler le breton. Il ne manque pas en français de livres qui expliquent les règles de cette langue moderne, qui n'est presque qu'une com→ pilation du celtique, du latin et du grec, etc. Mais le breton, qui est une des plus anciennes langues de l'univers n'a, dans notre idiome du moins qu'un dictionnaire défectueux, qui parle souvent d'une grammaire qu'on ne trouve nulle part. C'est cette lacune que je me hasarde à remplir.

Mais, dira-t-on : « C'est s'y prendre un peu tard que de donner aujourd'hui les principes d'une langue mourante, et d'ailleurs à qui peut être utile une grammaire bretonne ?

A cela je réponds, en premier lieu, que ceux qui la disent mourante mourront long-temps avant elle, et qu'il s'écoulera plusieurs générations avant qu'on cesse de la parler. En effet, combien a-t-elle perdu de terrain depuis plusieurs siècles que la langue fran çaise est dominante? très-peu. Elle recule, il est vrai, mais à petits pas, et l'on peut, à juger de l'avenir par le passé, dire hardiment qu'elle sera encore parlée dans quatre cents ans et au-delà.

Je réponds, en second lieu, que cette grammaire pourra être utile à beaucoup de personnes. Je ne parle pas des savants, qui aimeront mieux s'extasier devant une pierre brute des landes de Carnac, et s'écrier : « Salut, ô pierre antique! que d'étudier la langue que parlaient les vieux Celtes. A cela il n'y a rien à dire; chacun à son goût. Si ces messieurs voulaient cependant apprendre le breton, ils pourraient savoir que leurs Dolmen chéris signifient tables de pierre, et s'écries

tout aussi sensément : « quel pas dans les sciences! Mais à qui votre grammaire sera-t-elle utile? A tous ceux qui sont obligés d'avoir des relations avec les gens de la campagne, et même avec plusieurs personnes de la ville, aux prêtres, aux avocats, aux médecins, aux notaires, aux marchands. Tous ces hommes ont besoin de savoir le breton, parce que le breton est la langue d'une grande partie du peuple qui s'adresse à eux. Une grammaire bretonne est donc utile, pour ne pas dire nécessaire.

Nous avons, il est vrai, une grammaire bretonne de Grégoire de Rostrenen; mais elle devient presqu' l'inutile pour ceux qui veulent apprendre le breton, tant à cause du défaut de méthode qu'à cause de la différence des dialectes.

Celle que nous donnons sera plus courte, plus claire et plus méthodique. On ne prétend cependant pas dire qu'elle soit parfaite. Ceux qui pourraient y trouver des fautes sont priés de considérer que c'est la première qui paraît dans notre idiome, et qu'avec trèspeu de secours, tirés de cahiers écrits à la main, il a fallu, pour ainsi dire, créer presque toutes les règles.

Dans le breton de notre diocèse, il y a quelques légères différences; j'en ai marqué quelques-unes. Je dois dire cependant que j'ai préféré généralement le breton de Vannes, tant parce qu'il est le plus répandu, que parce que presque tous nos livres bretons, et notamment le catéchisme, sont écrits dans cet idiome.

Je finirai cette préface en déclarant qu'il y a des bretons qui ne veulent pas admettre d'e muet dans notre langue. Je n'ai pas cru devoir suivre leur sentiment. En effet, comment écrire face, douce, avantage, sans parler de beaucoup d'autres mots, sans l'e muet final? Si on le retranche, on aura fac, douc, avantag, qui n'auront plus le même son. Je veux qu'on puisse mettre une cédille sous le c, mais sous le g, on ne met de cédille dans aucune langue que je sache. D'ailleurs l'usage d'employer l'e muet a prévalu, et sans cela, nous serions obligés de condamner nos plus beaux cantiques qui, presque tous, demandent l'e muet pour le chant.

FRANÇAISE-BRETONNE,

QUI CONTIENT

TOUT CE QUI EST NECESSAIRE POUR APPRENDRE LA LANGUE BRETONNE DE L'IDIOME DE VANNES.

INTRODUCTION.

La Grammaire est l'art de parler et d'écrire correctement. Pour parler et pour écrire, on emploie des mots : les mots sont composés de lettres. Il y a deux sortes de lettres : les voyelles et les consonnes.

Les voyelles sont a, e, i, o, u et y. On les appelle voyelles, parce que seules elles forment une voix, un son.

Les bretons prononcent les voyelles comme les français. Ils prononcent aussi comme eux ai, au, eu, ou, excepté quand il y a cet accent (V) sur la première de ces lettres: ainsi dans ces mots attàu, gùé, etc., prononcez attà-u, gù-é, etc. Il y a en breton quatre sortes d'e, e muet, é fermé, è ouvert, e obscur.

L'e muet, comme à la fin de ces mots, face, visage; boyage, voyage. On l'appelle muet, parce que le son en est sourd et peu sensible.

L'é fermé, comme à la fin de ces mots, mané, montagne; costé, côté : cet é se prononce la

bouche presque fermée; et, dans les environs de Vannes, il a presque le son de l'i.

L'è ouvert, comme à la fin de ces mots, procès, procès; moès, femme pour bien prononcer cet è, il faut appuyer dessus, desserrer les dents, un peu moins cependant que dans le français, et faire sonner l's.

L'e obscur n'a pas d'accent et se trouve entre deux consonnes, comme caret, aimé; dornet, battu. Cete se prononce d'une manière très-sourde.

Il y a dix-neuf consonnes, savoir: b, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, o, x, z. Ces v, lettres s'appellent consonnes, parce qu'elles ne forment un son qu'avec le secours des voyelles, comme ba, be, bi, bo, bu; ca, ce, ci, co, cu; da, de, di, do, du, etc.

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Parmi les consonnes, il

y en a neuf qui sont sujettes à des changemens, selon les mots qui les précèdent ; ces consonnes sont b, c, d, g, k, m, p, q, t on les appelle muables.

Ces lettres muables se divisent en lettres fortes et en lettres moyennes.

Les lettres fortes sont c, k, p, q, t.

Les moyennes sout b, d, g, m.

Les dix autres consonnes, quand elles sont les lettres radicales d'un mot, ne sont sujettes à aucun changement on les appelle immuables.

Parmi les immuables, il y en a quatre qu'il faut bien remarquer, parce que les muables correspondantes se changent souvent en quelqu'une de ces lettres elles s'appellent lettres douces.

Les neuf muables, avec les quatre lettres douces, se correspondent ainsi qu'il suit:

Lettres fortes.

Lettres moyennes.

Lettres douces

c, k, q correspondent à g qui correspond à h.

p correspond à.. b qui correspond à ƒ, v.

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t correspond à.. d qui

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correspond à s.
correspond à v.

Toutes les consonnes se prononcent comme dans le latin, excepté l's qui, au milieu des mots, 'se prononce comme ch: er væstre, les maîtres.

Des voyelles longues et brèves.

Les voyelles longues sont celles sur lesquelles on appuie plus long-temps que sur les autres en les prononçant.

Les voyelles brèves sont celles sur lesquelles 'on appuie moins long-temps.

Par exemple, a est long dans cârein, aimer, et bref dans passein, passer.

E est long dans goêd, sang, et bref dans bed, monde, etc.

Il y a dix sortes de mots qu'on appelle les parties du discours; savoir : le nom, l'article, l'adjectif, le pronom, le verbe, le participe, la préposition, l'adverbe, la conjonction e l'interjection.

Dans la première partie, je traiterai des parties du discours; dans la seconde, de la syntaxe, et dans la troisième, de l'euphonie, ou du jeu des lettres muables dans la langue bretonne.

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