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Les affaires de l'Eglise vont très-mal : le Pape nous menace ouvertement de constitutions fou. droyantes, et même, à ce qu'on dit, de formulaires nouveaux. Une bonne intention avec peu de lumières, c'est un grand mal dans de si hautes places. Prions, gémissons. Ne m'oubliez pas : je vous porte dans le fond du cour, et suis, Monsieur, plus que je ne puis vous le dire, etc.

A Paris, ce 30 octobre 1682.

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Avant que de venir ici, j'ai conféré, Monsieur, avec M. le maréchal de Bellefonds. La difficulté

que nous avons trouvée à la chose est que votre lettre ne parle que de successeur; ce qui seroit vous déposséder, et causer le dernier chagrin à vos religieux. J'ai vu un billet entre les mains de M. Jannel, par lequel ou lui marque qu'il faudroit agir pour un coadjuteur; mais que pour un successeur, c'est trop affliger les religieux. Je ne me souviens plus de qui est ce billet : mais enfin nous avons cru qu'il falloit vous en écrire, vous faire considérer les inconvéniens de votre démission, et puis faire à mon retour, au commencement de l'année, ce que vous jugerez à propos. Voyez ce que ce seroit, si ce religieux venoit à mourir pendant que vous seriez en vie, et quel déplaisir à vos religieux de n'être plus

sous votre obéissance. Considerez et ordonnez : nous agirons conformément à vos désirs. J'ai donné le livre (1) à Muguet, qui ne manquera pas de faire diligence : j'ai donné ordre

pour le privilége. Vos prières : tout à vous de tout mon cour.

A Meaux, ce 13 décembre 1682.

LETTRE CI.

A M. LE COMTE D'AVAU,

AMBASSADEUR DE FRANCE À LA HAYE.

Sur différens ouvrages contre les Protestans, que le prélat avoit

reçus de Hollande.

Je vous suis très-obligé de la continuation de vos bontés. Si l'Histoire du concile de Trento, du sieur Jurieu, est digne de quelque estime, je vous supplie de me l'envoyer par la première commodité. J'ai reçu la Critique du Calvinisme : il m'est aussi venu deux livres, dont l'un est pour la défense du Renversement de la morale de Jésus-Christ par les erreurs des Calvinistes; ouvrage de M. Arnauld, que j'ai autrefois approuvé, après l'avoir examiné par ordre du Roi; et l'autre a pour titre : Réflexions sur un livre intitulé : PRÉSERVATIF, que vous m'avez autrefois fait la grâce de m'envoyer. Ce dernier est pour ma défense contre M. Jurieu qui m'attaque : l'un et l'autre est de bonne main ; et, selon qu'on

(1) L'ouvrage de l'abbé de la Trappe, dont il a été question dans les précédentes.

en peut juger par les circonstances, il n'y a pas à douter qu'ils ne soient de M. Arnauld (1). Je ne sais d'où ils me viennent; mais j'ai été bien aise de les recevoir. Je le suis encore plus, Monsieur, de ce que vous approuvez mes petits ouvrages; et je le serai au-delà de tout ce que je puis dire, si vous m'accordez la continuation de votre amitié. Je suis avec respect, etc.

A Meaux, le 17 décembre 1682.

LETTRE CII.

A M. DE RANCÉ, ABBÉ DE LA TRAPPE.

Il lui rend compte de la conférence qu'il a eue avec M. l'arche

vêque de Paris, au sujet du livre de cet abbé ; lui témoigne son inquiétude de n'avoir rien reçu de la part de M. de Grenoble , et lui marque les raisons qu'il soupçonne pouvoir causer son silence.

Hitr, Monsieur, j'entretins amplement M. l'archevêque de Paris de la commission que vous m'aviez donnée pour lui. Je lui dis que j'avois eu le livre sans votre participation, et que j'avois cru absolument nécessaire de l'imprimer, tant pour le bien qu'il pouvoit faire à l'Eglise et à tout l'ordre monastique, que pour éviter les impressions qui s'en seroient pu faire malgré vous. Par là il entendit la raison pour laquelle vous n'aviez pas pu lui communiquer cet ouvrage; et cela se passa bien. Je lui ajoutai que vous parliez avec toute la force possible de la perfection

(1) Ces deux ouvrages sont en effet de M. Arnauld.

de votre état retiré et solitaire; mais avec toutes les précautions nécessaires pour les mitigations autorisées par l'Eglise , et pour les ordres qu'elle destinoit à d'autres emplois : tout cela se passa bien. Il reçut parfaitement toutes les honnêtetés que je lui fis de votre part; et écouta avec joie ce que je lui dis sur les marques non-seulement du respect, mais encore de l'attachement et de la tendresse que je vous avois vus pour lui. Tout cela et tout le reste, qu'il n'est pas besoin de vous dire, se passa très-bien, et je crois qu'il ne songera à voir l'ouvrage qu'avec tous les autres.

Pour ce qui est de M. l'archevêque de Rheims , n'en soyez point en peine : il est pénétré de la bonté et de la grandeur de l'ouvrage; il en souhaite l'impression autant que moi. Ses remarques ne vont à rien de considérable; et comme il ne fera rien sur ce sujet -là qu'il ne ine le communique, vous pouvez vous assurer que je ne laisserai rien affoiblir, s'il plaît à Dieu.

Nous sommes ici un peu en inquiétude de n'avoir rien appris sur ce sujet, de M. de Grenoble. Mandez-nous, Monsieur, je vous en prie, le plus tôt qu'il se pourra, quand vous aurez ses remarques, et ce que vous croirez devoir faire après les avoir vues; afin qu'on change au plus tôt ce que vous croirez devoir changer sur ses avis, et qu'on ne soit obligé de faire que le moins que l'on pourra de cartons. Il ne faut pas s'étonner de ce qu'il ne m'a pas fait de réponse : comme je lui parlois des affaires de l'Eglise, peut-être n'a-t-il pas voulu s'expliquer avec moi sur cela, n'approuvant peut-être pas ma conduite, ou ayant des raisons de ne pas s'expliquer sur ces matières. Il ne m'a peut-être pas assez connu. La règle de la vérité étant sauvée, le reste est de ces choses où saint Paul permet que chacun abonde en son sens; et je ne sens jusqu'ici aucun reproche de ce que j'ai fait.

Vous avez parfaitement expliqué le synode de Gangres (1) : mais je ne sais ce que c'est que cette Décrétale, dont M. de Luçon m'a dit que M. de Grenoble lui avoit écrit.

Je suis venu ici pour ajuster, avec M. Felibien et avec l'imprimeur, l'endroit des carrosses, conformément à votre lettre du 31 janvier, parce que cet endroit avoit déjà passé dans l'impression. Tout cela sera très-bien, et entièrement sans atteinte aussi bien que sans foiblesse, et conforme à votre intention. Je vois avec plaisir avancer l'impression de cet ouvrage : mais pressez, au nom de Dieu, M. de Grenoble. Tout à vous.

A Paris, ce samedi 6 février 1683.

(1) Ce concile, dans le canon dont il s'agit ici, qui est le xvi.", défend aux enfans de quitter, sous prétexte du service de Dieu, leurs pères et mères qui se trouveroient avoir besoin de leur assistance. Voyez l'explication que donne à ce canon M. de Rancé, dans son ouvrage de la Sainteté et des Devoirs de la Vie monastique, tom. II, pag. 138.

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