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que vous n'avez point de peine à vous y soumettre. Le christianisme n'est pas une vaine speculation : il faut s'en servir dans l'occasion; ou plutôt il faut faire servir toutes les occasions à la piété chrétienne, qui est la règle suprême de notre vie. Je ne sais que penser de votre disgrâce : elle est politique; et cependant vous commandez encore l'armée, et j'apprends que vous avez ordre de faire un siége. Pour la cause, autant que j'entends parler, on dit que vous avez manqué par zèle, et à bonne intention : personne n'en doute ; mais personne ne se paie de cette raison. Je voudrois bien avoir vu quelqu'un qui me pût dire le fond : mais ici nous n'entendons rien que ce qui paroît en public. Si vous avez quelque occasion bien sûre, donnez-moi un peu de détail : mais je crains que ces occasions ne soient rares.

Quoi qu'il en soit, je vous prie, s'il y a quelque ouverture au retour, ne vous abandonnez pas : fléchissez, contentez le Roi; faites qu'il soit en repos sur votre obéissance. Il y a des humiliations qu'il faut souffrir pour une famille; et quand elles ne blessent pas la conscience, Dieu les tient faites à lui-même. Je vous parlerois plus en détail, si j'en savois davantage. Je prie Dieu qu'il vous dirige , et qu'il vous affermisse de plus en plus dans son saint

amour.

A Dijon, ce 24 mai 1674.

sionnée par sa fermeté à défendre quelques places, qu'il avoit reçu ordre d'évacuer. L'ennemi s'étant présenté pour les occuper, il l'attaqua, le battit, et se maintiñt dans la possession de ces places, qu'il jugeoit importantes pour la France.

LETTRE XXV.

AU MÊME.

Sur la conduite admirable de Dieu à l'égard de ce maréchal, la

malignité du monde, et la persévérance de madame de la Vallière.

C'est trop garder le silence; à la fin, l'amitié et la charité en seroient blessées : car encore que je vous croie dans le lieu où vous avez le moins de besoin des avis de vos amis, étant immédiatement sous la main de Dieu, il ne faut pas laisser de vous dire quelque chose sur votre état présent.

J'adore en tout la Providence; mais je l'adore singulièrement dans la conduite qu'elle tient sur vous. Elle vous ôte au monde, elle vous y rend; elle vous y ôte encore : qui sait si elle ne vous y rendra pas quelque jour ? Mais ce qui est certain, et ce qu'on voit, c'est qu'elle prend soin de vous montrer à vous-même; afin que vous connoissiez jusqu'aux moindres semences du mal qui reste en vous. Elle vous montre le monde et riant et rebutant. Vous l'avez vu en tous ces états, déclaré en faveur, déclaré en haine : vous l'avez vu honteux, afin que rien ne manquât à la peinture que Dieu vous en fait par vos propres expériences. Que résulte-t-il de tout cela ? sinon que Dieu seul est bon, et que le monde est mauvais, et consiste tout en malignité, comme dit l'apôtre saint Jean (1).

(1) I. Joan. V. 19.

Vivez donc, Monsieur, dans votre retraite : travaillez à votre salut; priez pour le salut et la conversion du monde. O qu'il est dur! ô qu'il est sourd! car c'est trop peu de dire qu'il est endormi: ô qu'il sent peu que Dieu est!

Madame de la Vallière persévère avec une grâce et une tranquillité admirable. Sa retraite aux Carmélites leur a causé des tempêtes : il faut qu'il en coûte pour sauver les ames. Priez pour moi, Monsieur; je m'en vais vous offrir à Dieu.

A Versailles, ce 5 août 1674.

LETTRE XXVI.

A M. DIROIS, DOCTEUR DE SORBONNE.

Sur les longueurs qu'il éprouvoit à l'égard de la traduction ita

lienne du livre de l'Exposition, et sur quelques ouvrages imprimés à Rome.

J'ai reçu, par M. le curé de Saint-Jacques-duHaut-Pas, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Je vois que toutes les longueurs de delà (1) sont faites pour éprouver votre patience, et pour vous donner le moyen d'achever, avec mérite, une chose qui sera assurément fort utile. Ce qui a déjà été fait est considérable ; et je vous suis obligé de m'en avoir fait part, continuez, s'il vous plaît, Monsieur, et faites

moi savoir l'état des choses. Je n'ai point reçu le livre ni la lettre du père Por

(1) De la Cour de Rome.

terus (1) : je lui en ferai mes remercîmens quand j'aurai reçu son présent, qui me sera très agréable.

J'ai ouï dire que le père Noris, augustin (2), faisoit quelque chose sur le Marius Mercator, et sur l'Histoire pélagienne du père Garnier (3), et qu'il alloit travailler ensuite à l'Histoire des Donatistes. On m'a aussi donné avis que monseigneur l'ancien évêque de Vaison avoit donné le Nilus , disciple de saint Jean Chrysostôme. On parle fort aussi d'un livre de piété de monseigneur le cardinal Bona. Nous n'avons point encore ces livres-là, que je sache : mais si nos libraires n'en font point venir , je vous prierai de faire en sorte que je les aie. M. de Blancey prendra bien ce soin ; ayez seulement, s'il vous plaît, celui de lui dire ce qu'il doit faire pour les envoyer sûrement. Je suis de tout mon cæur, etc.

A Versailles, ce 1. septembre 1674.

(1) François Porter, Irlandais, religieux de l'étroite observance. de Saint-François. Il a donné différens ouvrages au public, et deux en particulier contre les Protestans. Celui dont parle ici Bossuet est dirigé contre ces hérétiques : il fut imprimé à Rome en 1674, et a pour titre : Securis evangelica ad hæresis radices posita , ad Congregationem Propagandæ Fidei. L'auteur mourut à Rome le

7 avril 1702.

(2) Henri Noris, né à Vérone le 29 d'août 1631, mort à Rome le 23 février 1704. Innocent XII éleva ce savant religieux au cardipalat. Ses écrits ont été recueillis en cinq volumes in-folio, et imprimés à Vérone sa patrie, en 1729 et 1730. Il avoit aussi travaillé à une Histoire des Donatistes, comme on l'avoit marqué à Bossuet : mais, soit qu'elle n'ait pas été achevée, ou pour d'autres raisons, elle n'a pas vu le jour.

(3) Jésuite, qui a donné une bonne édition de Marius Mercator,

LETTRE XXVII.

AU MARÉCHAL DE BELLEFONDS.

Sur les avantages de la retraite, la véritable grandeur de l'homme,

et le mépris qu'il doit faire du monde.

Votre silence est trop long; je vous prie de me donner de vos nouvelles. Je crois, sans que vous me le disiez, que vous goûtez encore plus la solitude que vous n'avez fait après votre première disgrâce. Une nouvelle expérience du monde fait trouver quelque chose de nouveau dans la retraite, et enfonce l'ame plus profondément dans les vues de la foi. Il me souvient de David, qui, touché vivement de l'esprit de Dieu , lui adresse cette parole : « 0 » Seigneur, votre serviteur a trouvé son cæur pour u vous faire cette prière (1) ». Heureux celui qui trouve son cœur, qui retire deçà et delà les petites parcelles de ses désirs épars de tous côtés ! C'est alors que se ramassant en soi-même, on apprend à se soumettre à Dieu tout entier, et à pleurer ses éga

remens.

Puissiez - vous donc, Monsieur, trouver votre cour, et sentir pour qui il est fait; et que sa véritable grandeur, c'est d'être capable de Dieu ; et qu'il s'affoiblit, et qu'il dégénère et se ravilit, quand il descend à quelque autre objęt! O que le Seigneur est grand ! Par combien de détours, par combien d'épreuves, par combien de dures expériences nous

(1) II. Reg. VII. 27.

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