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fait-il mener pour redresser nos égaremens! La croix de Jésus-Clırist comprend tout : là est notre gloire, là est notre force, là nous sommes crucifiés au monde, et le monde est à nous.

Qu'avons-nous affaire du monde, et de ses emplois , et de ses folies, et de ses empressemens insensés, et de ses actions toujours turbulentes ? Considérons dans l'ancienne loi , Moïse ; et dans la nouvelle Jésus-Christ. Le premier, destiné à sauver le peuple de la tyrannie des Egyptiens, et à faire luire sur Israël la lumière incorruptible de la loi, passe quarante ans entiers à mener paître les troupeaux de son beau-père, inconnu aux siens et à luimême, ne sachant pas à quoi Dieu le préparoit par une si longue retraite : et Jésus-Christ, trente ans obscur et caché, n'ayant pour tout exercice que l'obéissance, et n'étant connu au monde que comme le fils d'un charpentier. O quel secret, ô quel mystère, ô quelle profondeur, ô quel abîme! O que

le tumulte du monde, que l'éclat du monde est enseveli et anéanti!

Tenez-vous ferme, Monsieur, embrassez JésusChrist et sa retraite; goûtez combien le Seigneur est doux : laissez-vous oublier du monde ; mais ne m'oubliez pas dans vos prières : je ne vous oublierai jamais devant Dieu.

A Versailles, ce 29 septembre 1674.

EPISTOLA XXVIII.

AD FERDINANDUM FURSTEMBERGIUM,

1

EPISCOPUM ET PRINCIPEM PADERBORNENSEM,

ET COADJUTOREM MONASTERIENSEM (1),

Præclaras ejus ingenii dotes, egregia scientiæ et sapientiæ monu

menta, virtutesque insignes, suavi eloquentiâ et exquisito sermone prædicat.

QUINDECIM ferè dies sunt, Princeps illustrissime, cùm hæreo lateri tuo, neque à te unquam divelli me patior. Tuam tecum lustro Paderbornam, te Principe auctam ac nobilitatam. Vicina peragro loca, te ornante lætissima, te canente celebratissima, te denique imperante beatissima. Nullus mihi saltus, fons nullus, nullus collis invisus. Lubet intueri agros, tui ingenii ubertate quàm nativâ soli amanitate cultiores. Tu mihi dux, tu prævius ; tu ipsa monumenta monstras; tu rerum arcana doces : neque tantùm Paderbornam ; sed priscæ quoque et mediæ, nostræ denique ætatis historiam illustras;

(1) Princeps Ecclesiæ, et litterarum studio, et eruditione clarus, maximè verò prudentiâ, religionis zelo, pastoralibusque doribus commendandus, multa veterum monumenta in suà dicecesi diligentissimis curis servavit , magnis sumptibus instauravit, doctis inscriptionibus exornavit. De iis omnibus vide Monumenta Paderbornensia, ab ipso in lucem edita, et sæpe recusa. Huic operi alludit in epistolâ Bossuetius , necnon Furstembergii carminibus , quæ ipsi inter hujus ævi clarissimos poetas adscribi meruerunt. Epistolam de Fidei Expositione ad Condomensem scripsit; quam suprà retulimus, tom. xvii, pag. 52. (Edit. Vers.)

nec magis Germaniam tuam quàm nostram Fran. ciam.

Ut juvat interea suave canentem audire Torckium (1), quod vicinæ valles repetant! Videre mihi videorantiquam illam Græciam, quæ nullum habuit collem

quem non poetarum ingenia extollerent; nullum rivulum, quem non suis versibus immortali hominum memoriæ consecrarent. Horum æquantur gloriæ amnes tui fontesque. Non Dirce splendidior, non Arethusa castior, non ipsa Hippocrene notior Musisque jucundior. Non ergo Evenus aut Peneus, sed Padera (2) et Luppia (3) celebrentur; non vanis fabularum commentis atque portentis, sed rerum fortissimè gestarum claritudine nobiles ; nec priscis religionibus, sed christiano ritu meliorique numine regenerandis populis consecrati. Sic enim decebat christianum Principem , christianum Antistitem , non aurium illecebris aut oculorum voluptati servire, sed animos ad veram pietatem accendere.

In his igitur clarissimi tui ingenii monumentis lego et colligo sedulus quæ augusti Delphini nostri studia amaniora efficiant, eumque sponte currentem, adhibitis quoque majorum exemplis, ad virtutem instimulent. Hîc Peppinus, hîc Carolus, Francici imperii ac nominis decus, arma et consilia expediunt, pugnant, sternunt hostes, fusis ac perdomitis parcunt; nec sibi, sed Christo vincunt.

(1) Joannes Rogerius Torckius, Mindensis Præpositus, Paderbornensis ac Monasteriensis Canonicus : ejus opera poetica reperies in libro curâ principis Ferdinandi Furstembergii edito, cui titulum fecit : Septem illustrium virorum Poemata.

(2) Amniculus, quo Paderborna allaitur.
(3) Germaniæ fluvius, in ejusdem vocabuli Comitatu.

Tuum itaque ingenium, tuam ubique, Princeps, pietatem amplector; nec publicam tantùm Regum atque Imperatorum, sed privatam etiam tuæ familiæ historiam recolo lubens, ac decora suspicio inclytæ gentis, novâ virtutum tuarum luce conspicuæ. Tu ergo me, Princeps illustrissime, his sæpe muneribus donatum velis; tu meam erga te propensissimam voluntatem æquo animo, ut facis, accipias; meque tibi addictissimum solitâ benignitate ac benevolentiâ complectare. Vale.

In Regiâ San-Germanâ, prid. Kal. Decemb. an. Dom. 1674.

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LETTRE XXIX.

AU MARÉCIAL DE BELLEFONDS.

Sur la traduction du nouveau Testament, imprimée à Mons;

et la Bulle qui la défendoit.

LA bulle (1), dont vous m'avez envoyé copie, a été publiée seulement à Rome. Nous ne nous tenons point obligés en France à de pareilles constitutions, jusqu'à ce qu'elles soient envoyées aux ordinaires, pour être publiées par tous les diocèses ; ce qui n'a point été fait dans cette occasion. Ainsi cette bulle n'est pas obligatoire pour nous; et ceux qui savent un peu les maximes en sont d'accord. Néanmoins, si l'on voit que les simples soient scandalisés de nous voir lire cette version, et qu'on ne croie pas pouvoir suffisamment lever ce scandale en expli

(1) Il s'agit du Bref du pape Alexandre VII contre la traduction du Nouveau Testament, imprimée à Mons. ( Edit. de Versailles.)

е

quant son intention, je conseillerois plutôt de lire la version du père Amelote, approuvée par fea M. de Paris; parce qu'encore qu'elle ne soit ni si agréable, ni peut-être si claire en quelques endroits, on y trouve néanmoins toute la substance du texte sacré; et c'est ce qui soutient l'ame. Je vois avec regret que quelques-uns affectent de lire une certaine version, plus à cause des traducteurs, qu'à cause de Dieu qui parle; et paroissent plus touchés de ce qui vient du génie ou de l'éloquence de l'interprète, que des choses mêmes. J'aime, pour moi, qu'on respecte, qu'on goûte, et qu'on aime, dans les versions les plus simples, la sainte vérité de Dieu.

Si la version de Mons a quelque chose de blâmable, c'est principalement qu'elle affecte trop de politesse , et qu'elle veut faire trouver, dans la traduction, un agrément que le Saint-Esprit a dédaigné dans l'original. Aimons la parole de Dieu pour ellemême; que ce soit la vérité qui nous touche, et non les ornemens dont les hommes éloquens l'auront parée. La traduction de Mons auroit eu quelque chose de plus vénérable et de plus conforme à la gravité de l'original, si on l'avoit faite un peu plus simple, et si les traducteurs eussent moins mêlé leur industrie, et l'élégance naturelle de leur esprit à la parole de Dieu. Je ne crois pas pourtant qu'on puisse dire sans témérité que la lecture en soit défendue, dans les diocèses où les ordinaires n'ont point fait de semblables défenses; et sans la considération que j'ai remarquée du scandale des simples, j'en permettrois la lecture sans difficulté.

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A Saint-Germain, ce 1er décembre 1674.

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