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mémorialiste Mathieu d'Escouchy comme ayant été prononcés durant la cérémonie du Faisan, à Lille, n'y ont pas été débités séance tenante. Leur récitation complète eût vraiment pris trop de temps. Aussi, d'après les termes d'Olivier de la Marche, « pour ce que tant de veux se firent ou s'appareillerent de faire, et que la chose eust esté trop longue, mondit seigneur (Philippe le Bon] fit crier par

Thoison d'or la chose cessast atant, et que tous ceulx qui vouldroient vouer baillassent le lendemain leurs veuz audit Thoison d'or, et il les tenoit valiables, comme s'ilz eussent esté faictz en sa presence » (1). Néanmoins, nous sommes en droit de supposer que la rédaction des veux dits de Lille, et même des veux qui furent mis par écrit un ou plusieurs jours après la fête, a dû être influencée par le faste dont celle-ci fut entourée.

que

LE MANUSCRIT FRANÇAIS 11594.

Les væux inédits dont nous parlons (d'Arras, de Mons, de Bruges et de Hollande) se trouvent dans le manuscrit 11594 du fonds français de la Bibliothèque nationale (ancien supplément français 588). Ce manuscrit, sur parchemin, comprend 230 feuillets, mesurant 280 millimètres sur 200, en maroquin rouge aux armes du roi (2). Il provient de la riche librairie de Philippe le Bon (les armes de Bourgogne décorent les fol. 1 ro et 193 ro, et il est écrit en cette calligraphie favorite de la cour ducale, la « lettre de forme »). Il renferme également d'autres textes relatifs à l'expédition que ce prince méditait contre les Turcs. On le voit signalé dans l'inventaire rédigé après sa mort, n° 1 338 de Barrois, Bibliothèque protypographique (Crapelet, 1830), et il reparait sous le n° 1831 de l'inventaire de 1487 (3). Après cette date, nous le

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P

368. Voir la même remarque chez d'Escouchy, p. 164: il mentionne, p. 191, 197, 200 et 205, des væux postérieurs au banquet et il donne même, p. 179,

les

(3) J'ai retracé l'histoire de ce manuscrit dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1906, XXXII, p. 145156, en tête de l'édition, que j'y ai donnée, d'un des textes qu'il contient : l'Épître à la Maison de Bourgogne (voir ci-dessous, p. 9). A corriger, dans cette histoire (p. 153), la date de 1464 en 1454. J'aurais dû y dire même ma scrit est mentionné dans (Van Praet,] Recherches sur Louis de Bruges, sei

engagements de deux seigneurs qui n'ont pas a esté appelez pour vouer ».

(2) Bibliothèque nationale. Catalogue général des manuscrits français, par H. Omont et C. Couderc. Anc. suppl. franç., II, p. 343-344. (Paris, Leroux, 1896.)

que ce

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retrouvons à plusieurs reprises dans des librairies provenant du fonds de Bourgogne, autrement dit dans des inventaires rédigés en Belgique en 1536 (1), 1577(2), 1643 (3) et 1795-1797 (*). En 1746, il avait été envoyé à Paris par le conseiller Courchetet d'Esnans (5), mais il sut restitué en 1770 à la Belgique; au début de l'année 1795, les commissaires de la République française l'envoyèrent de nouveau à Paris, où il est resté depuis lors.

De ce manuscrit, il existe à la Haye une copie partielle, sur papier, exécutée au xvime siècle par G.J. Gérard, premier secrétaire de l'Académie de Bruxelles (T. 389, coll. Gérard, A n° 130 (1344), 112 pages). Disons mieux que, sous la cote indiquée, la bibliothèque hollandaise possède un mémoire consacré à la vie d'Olivier de la Marche par ce savant, mémoire qui renferme en même temps la liste des ouvrages du chroniqueur avec diverses indications bibliographiques (manuscrits, éditions), une notice sur le Triomphe ou Parement des dames et des extraits du manuscrit 11594 de la Nationale (6).

Ce manuscrit de la Nationale renferme cinq textes : j'indique d'abord, sommairement, le contenu de chacun d'eux; j'examinerai ensuite, de plus près, le troisième, les væux inédits, et j'en citerai divers extraits : ce sera là l'objet essentiel de ma notice.

I. Fol. i ro-43 vo.

Icy commence l'ordonnance du bancquet que fist en la ville de Lisle très hault et très poissant prince Phelippe, par la grace de Dieu, duc de Bourgoigne et de Brabant, etc., l'an mil quatre cens chinquante trois, le xviie jour de febvrier (en style moderne : 1454).

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gneur de la Gruthuyse, Paris, De Bure, 1831, P:

326.

(1) Inventaire de Charles-Quint dressé à Bruxelles au mois de mai 1536, p. p. Michelant, Bulletins de la Commission royale d'histoire de Belgique, 3. série, XIII, 1872, p. 289 : « Le Bancquet, les Veux , etc. ».

thecæ belgicæ manuscriptæ pars secunda, Lille,
1644.

(1) Inventaire de Viglius, n° 269.

(5) Voir, au sujet des opérations de d'Esnans, L. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 418419, et A. Bayot, Sur l'exemplaire des Grandes Chroniques offert par G. Fillastre à Philippe le Bon, Melanges Godefroid Kurth, Paris, Champion, 1908, t. II, p. 188-190.

(2) Inventaire de Viglius, n° 269, dans Marchal, Catalogue des., manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, Bruxelles et Leipzig, Muquardt, 1842, 1, p. CCLVI.

(» Inventaire de Sanderus, n° 232, Biblio

(6) Ce mémoire a été signalé par Beaune et d'Arbaumont, La Marche, t. I, p. iv et cxii, et t. II, p. 340, mais ils ne doivent

pas l'avoir consulté

pour leur édition.

C'est le récit, non signé, de la fête de Lille, mais sans les væux de Philippe le Bon et de son entourage : ces væux ne sont donnés qu'à la suite de ce récit, lequel correspond (à la réserve de divergences peu importantes) aux textes bien connus de M. d'Escouchy et d'O. de la Marche, ainsi qu'à la relation anonyme, encore inédite, d'un manuscrit de la Nationale, fonds français, n°5739 (anc. 10319°, Baluze) (1). De la fête de Lille, nous avons par conséquent quatre narrations, ou plutôt il vaudrait mieux dire qu'elle a été l'objet d'une narration dont nous possédons quatre versions ou copies, qui ne diffèrent entre elles que par de menus détails surtout graphiques : soit les versions des deux mémorialistes et les transcriptions anonymes des manuscrits français 11594 et 5739 ou Baluze.

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II (2). Fol. 47 ro-99 vo.

Registre des veux qui furent fais en intencion d'aler sus les Turs l'an mil quatre cens chinquante trois en la presence de très noble et très redoubté prince Phelippe, par la grace de Dieu, duc de Bourgoigne et de Brabant.

C'est la série des væux de croisade prononcés au banquet de Lille ou présentés au lendemain de cette fète, veux qui se trouvent aussi chez d'Escouchy et dans le manuscrit Baluze. Il sied de noter toutefois que d'Escouchy en

. donne 102, que le manuscrit Baluze en renferme i de moins et que nuscrit 11594 en possède 103(3). Ainsi qu'on sait, O. de la Marche déclare n'avoir rapporté qu'« une partie des væux »; il n'en cite en effet que 23 et il les rejette à la fin de sa narration du banquet. Comme on le voit, le manuscrit 11594 les reproduit également après cette même narration, tandis

que les autres versions (d'Escouchy et ms. Baluze) les intercalent dans le récit mème de la fête, c'est-à-dire là où elles content que Toison d'or a demandé et reçu les engagements de Philippe le Bon et de sa cour. J'ai tâché ailleurs (*)

le ma

a

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de déterminer les rapports qui unissent ces quatre relations du festin de
Lille : de cet examen, il semble bien résulter qu'un assistant a rédigé une
sorte de compte rendu officiel du banquet, et que c'est ce compte rendu que
nous retrouvons dans nos quatre textes, mais avec, de-ci de-là, de légères mo-
difications. Dans cette hypothèse, d’Escouchy et la Marche ne seraient donc
pas les auteurs mêmes du récit que nous lisons dans leurs chroniques : ils
n'auraient été, en l'occurrence, que des emprunteurs, mais qui ont, pour de
menus détails, retouché l'original. Voici des extraits du manuscrit 11594,
que
l'on

pourra comparer aux passages correspondants des deux mémorialistes ainsi

que du manuscrit Baluze : je n'ignore pás que ce dernier texte est inédit, mais les variantes les plus intéressantes qu'il renferme par rapport aux narrations de d’Escouchy et la Marche nous ont été fournies en notes dans les éditions précitées de ces deux écrivains. Ces extraits permettront au lecteur de se faire une idée de la place que la version, non encore publiée , du manuscrit 11594 de la Nationale occupe à l'égard des trois autres.

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Fol. i ro.

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Icy commence l'ordonnance du bancquet.. ... le xviro jour de febvrier.

Pour ce que grandes et honnourables euvres desirent loingtaine renommée et perpetuelle memoire, et meismement quant les dittes euvres sont faittes en bonne intencion, je me suis entremis de mettre par escript et enregistrer par ordre, au plus prez de la verité et selon mon petit sentement, une [fol. 1 vo] feste faitte à Lille le xvio jour de febvrier l'an mil quatre cens Im par très exellent, très hault et puissant prince, monseigneur le duc de Bourgoigne et de Brabant. Et commença icele feste par une jouste cedit jour, laquelle jouste avoit esté criée à ung très beau bancquet que monseigneur de Cleves donna en la ditte ville environ xvin jours paravant auquel fut mondit seigneur, ensamble la seignourie, dames et damoiselles de sa maison.....().

Fol.

9

ro. Des entremetz qui furent trouvez au bancquet.

Du demourant je me tais. Chascun fist son mieux de la jouste qui [fol. 9 vo] failly par trait de temps. Quand elle fu faillye, chascun se retray ; puis, à heure convenable, se trouverent en une sale, en laquelle mondit seigneur le duc avoit fait preparer un très

(1) Voir D’Escouchy, II, p. 117-118; La Marche, II, p. 340-341.

riche bancquet, et là vint mondit seigneur acompaignié de princes et chevaliers, dames et damoiselles et, trouvans le dit bancquet assouvy, ils se prindrent à regarder les entremetz qui ediffiez y estoient.

La sale où ce bancquet se faisoit estoit grande et bien tendue d'une tapisserie en quoy estoit faitte la vye d'Hercules. Pour entrer en ceste ditte sale, il y avoit v portes gardéez d'archiers vestus de robes de drap gris et noir, et dedens la sale avoit plusieurs chevaliers et [fol. 10 ro] escuiers conduisans ledit bancquet, desquels les chevaliers estoient vestus de drap damas, et les escuiers de satin desdittes couleurs de noir et gris. En celle sale avoit trois tables couvertes, l'une moyenne, l'autre grande et l'autre petite. Sus la moyenne avoit une eglise.....(1).

Fol. 43 ro.

Et après leur visitacion faitte, sellée de mondit seigneur de Lannoy, je l'ay osé communiquier. Si supplie très humblement mondit très redouté et souverain seigneur monseigneur le duc dessusdit, et à tous ceux qui lirront ou orront ceste [fol. 43 vo] chose, qu'ilz voeillent mon ignorance pardonner et qu'ilz prestent leurs oreilles à escouter les veux qui furent fais à cause de cestui bancquet lesquelz sont en ce livre grossez (2).

Fol. 47 ro.

Registre des veux qui furent fais en intencion. .... très redoubté prince Phelippe , par la grace de Dieu, duc de Bourgoigne et de Brabant. Premierement le veu d'icellui prince.

Je voue tout premierement à Dieu, mon createur, et à la glorieuse vierge Marie, sa mère, en après aux dames et au faisant que, se le plaisir du très crestien et très victorieux prince, monseigneur le roy, est de prendre croisye et exposer son corps pour la deffense de la foy crestienne et resister à la dampnable emprinse [fol. 47 vo] du grant turc et des infideles et, se lors je n'ay leale ensoine de mon corps, je le serviray en ma personne et de ma poissance oudit saint voyage, le mieulx que Dieu m'en donnera la grace. Et se les affaires de mondit seigneur le roy estoient telz qu'il n'y peust aler en sa personne, et son plaisir est de y commettre aucun prince de son sang ou autre seigneur chief de son armée, je, à sondit commis, obeyray et serviray oudit saint voiage le mieulx que je pourray, et ainsy que se lui mesmes y estoit en personne. .(3)

(1) Voir D’Escouchy, p. 130-131; La Marche, p. 348-349.

(3) La Marche, p. 380. Cette déclaration manque chez D’Escouchy, p. 237. Le seigneur de Lannoy est Jean II, seigneur de

Lannoy, Lys, Rume, Sebourg, Bossu, etc., conseiller et chambellan de Philippe le Bon.

(3) Voir D’Escouchy, p. 160-161; La Marche,

p. 381.

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