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ou Saint-Nicolas, de Lunéville et d'Amance, et reconnut par ses lettres datées de l'an 1265, pour garant et protecteur de ces priviléges, le comte de Champagne, qu'ii qualifie son très-cher seigneur : Carissimo Domino meo Comiti Palatino (1), consentant qu'au cas de manque de parole de sa part, ledit comte de Champagne puisse retenir les fiefs qu'il tient de lui, sans lui faire tort: Capere Feoda mea sinè messacere. Ces fiefs étaient Nancy et ses dépendances, Châtenoi, Montfort près Mirecourt, Frouart et la moitié de Granen-Bassigny ; mais non pas Lunéville, Port, Amance, qui ne relevaient point de la Champagne. Il y a apparence que quand les rois de France ont prétendu que les comtes de Champagne relevaient de leur couronne , c'est à cause de ces fiefs qu'ils possédaient dans le diocèse de Toul ; mais cette prétention n'était nullement fondée, les villages dont il est question étant bien du diocèse de Toul , mais non du domaine de l'évêque de Toul, ni de son chapitre, et par conséquent n'appartenant pas à l'empire , auquel la France a succédé dans les trois évêchés (2). Depuis la fin du treizième siècle, et la réunion de la Champagne à la couronne de France, on ne voit pas que les ducs de Lorraine aient reconnu les rois de France pour Nancy; ils y étaient pleinement souverains, quoiqu'ils aient continué de relever du roi pour Neufchâteau , Châtenoi, Frouart et Montfort jusqu'en 1465, que le roi Louis XI, en remit l'hommage au duc Jean de Calabre. Nancy n'est point du tout connu aux anciens géographes : Simletus et quelques autres ont confondu Nanceium, ou Nanticum, avec Nasium, vulgairement nommé Mais, cité ancienne, située entre Andelau et Toul , ou entre Caturices et Toul; mais Nancy en est fort différent , et d'une position qui n'y a nul rapport. Nasium ( ) V. Vignier, p. 138, 139. (2) Longuerue, descrip. de la France, prem. I art.. p. 31, et 32, et deux part. p. 141, 144.

est sur l'Ornez, et Nancy sur la Meurthe; Nasium est au couchant de la ville de Toul, et Nancy est à l'orient de la même ville. Nous avons parlé ailleurs plus au long de Nasium. On dit qu'il y a dans les archives de Lorraine un titre de l'an 960 (1), qui nomme Nancy la ville d'Eve sur la Meurthe : Villa Eva super Murtham ; et que ce fut la comtesse Eve, fondatrice du prieuré de Lay, qui y bâtit un château et quelques maisons autour, et qui lui donna le nom de ville d'Eve. On trouve plusieurs reprises des ducs de Lorraine auprès des empereurs, où ils reprennent d'eux le droit de frapper monnaie dans la ville d'Eve : Il est certain que les ducs de Lorraine ont communément frappé leurs monnaies à Nancy ; mais on n'a jamais produit ce prétendu titre de l'an 960, et il est très-croyable qu'il n'a jamais existé. Quant à la ville d'Eve, où les empereurs permettent aux ducs de Lorraine de frapper monnaie, on en a parlé dans l'histoire de Lorraine , et il n'y pas pas d'apparence que ce soit Nancy. Nancy originairement était fort petit : Nous avons vu que la ville neuve ne subsiste que depuis le grand duc Charles III, qui est mort en 1608 : et qu'en 1080, le prieuré de Notre-Dame était hors de la ville, aussi bien que le palais du duc Simon en 1150. La Carrière n'était qu'un marais lors du mariage du duc Charles III, avec la princesse Claude de France. Lorsque le duc Charles de Bourgogne, surnommé le Hardi, ou le Téméraire, assiégea Nancy, ce n'était proprement qu'une bourgade, suivant Pierre de Blâru, auteur de la Nancéiade qu'il écrivait sous le duc René II. Parva sub arctaeo ( nunc cunctis nota) sub (I.xo

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après l'an 1476. Il avait, dit-on, été commencé par le duc Raoul; et l'on croit que son fils et son petit-fils y ont résidé : Les dames prêcheresses furent transférées d'auprès de saint Nicolas à Nancy en 1298, sous le duc Ferri III, qui leur donna son palais pour demeure; la place de SaintEvre porte encore le nom de la place du Chatel dans les les anciens regitres de SaintGeorges. La maison des pères Cordeliers n'était qu'une hôtellerie, qui avait pour enseigne la Licorne, quand René II, les établit à Nancy en 1484. Le duc Charles lI, demeurait à la grande rue de Nancy dans • une maison bourgeoise ; il mourut en 1451. La porte de la Craffe, ou de NotreDame, fut bàtie peu de temps avant le règne de René II. Nancy ne représente de toutes parts daiis ces temps là, que des vestiges de nouveauté. Ce qu'il y a de plus ancien à Nancy (1), est le prieuré de Notre-Dame, fondé par Thierri , dnc de Lorraine , fils et successeur du duc Gérard d'Alsace : Ce prieuré n'était pas situé dans la ville, mais dans les champs près de Nancy. Thierri soumet ce prieuré à l'abbé de Molesme au diocèse de Langres, et ordonne que tandis que ce monastère demeurera simple prieuré, il payera chaque année à l'abbaye de Molesme un marc d'argent en signe de sa dépendance ; que si dans la suite il est érigé en titre d'abbaye, l'abbé de Molesme, sans le consentement duquel on n'y doit faire aucun changement, y nommera un abbé; et quand il viendra à Nancy en personne, l'abbé de Notre-Dame quittera sa place et la cédera à l'abbé de Molesme, qui la remplira tant qu'il sera dans ce monastère; que si l'abbé de Notre-Dame de Nancy tombe dans quelque faute notable, celui de Molesme l'avertira charitablement; et s'il ne se corrige pas, il le déposera et en mettra un autre en sa place , selon la régle de saint Benoit. La date de cette chartre ne s'y lit pas : mais le duc Thierri

(1) V. Vignier p. 112.

y fait mention du prince Simon son sils, et d'Annuntius, précepteur de ce jeune prince ; et par conséquent on peut fixer cette fondation vers l'an 1084. Ce prieuré obtint en 1409, de l'abbé de Molesme permission de donner à titre de cens à quelques particuliers, certaines terres labourables qui étaient aux environs dudit prieuré ; ce qui prouve qu'alors ce monastère était encore à la campagne. En effet, en 1540, les deux bourgets, grand et petit n'étaient pas encre enfermés dans la ville : Ils y furent compris en 1575; et en 1580, 1594, et 1409 , on voit par les anciens registres, que les rues de Saint-Michel et des juifs, étaient dans l'enceinte de Nancy. La ville ne prit proprement la figure de ville, qu'après la victoire de René sur le duc Charles de Bourgogne en 1476, et sous le bon duc Antoine, qui la firent fortifier de bonnes murailles, boulevarts et . remparts. Le duc Charles III, ou plutôt la duchesse Christine de Danemarck sa mère, et le comte de Vaudémont, 1égent de Lorraine, son oncle, y firent ajouter la rue neuve avec trois boulevarts, l'un desquels a retenu le nom de Danemarck, avec la courtine. Le prieuré de Notre-Dame fut gouverné par des prieurs réguliers, jusqu'environ l'an 1467 , que Jean de Lambale, protonotaire du saint siége, le tenait en commande. Il eut pour successeurs : Claude Hordal ; puis Sébastien prévot, en 1457. Olri de Blâmont, en 1472, et 1477. Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, en 1545. Il s'en démit en faveur de Perrin Bailli, son aumônier, qui le possédait en 1598. Hugues des Hazards, qui fut ensuite évêque de Toul. Pierre du Chatelet, évêque de Toul, unit ce prieuré à l'abbaye de Saint-Martin près la ville de Metz, dont il était abbé. Sous Arnoû Lion, le prieuré de NotreDame en 1584 , était déjà uni à cette abbaye. . -

La collégiale de Saint-Georges. La collégiale de Saint-Georges (1) située dans la ville vieille de Nancy , fut fondée par le duc Raoul en 1559, pour vingt chanoines, dont le prévôt devait être choisi par les autres chanoines, du sein du chapitre, et avoir sur eux la même autorité, qu'ont les doyens dans les autres collégiales de chanoines séculiers. Le prévôt recevra l'investiture des mains du duc, et les chanoines seront à la collation du fondateur et de ses successeurs , et seront tenus de résider au moins quinze semaines, s'ils veulent recevoir le gros des fruits du bénéfice. Le duc déclare le chapitre de Saint-Georges exempt de toute juridiction séculière de la part de ses officiers, et de tout amortissement pour les biens qu'ils pourront acquérir. Toute les fois qu'un duc de Lorraine fera sa première entrée à Nancy , il fera serment dans l'église de Saint-Georges, de conserver les droits et priviléges des chanoines, et y laissera son cheval pour le chapitre. Thomas de Bourlé:nont, évêque de Toul, consirma cette fondation en 1559, le jour de la fête du Saint Sacrement. Le chapitre de Saint-Georges est soumis immédiatement au saint siége, par bulles du pape Jean XXIlI, du 14 avril 1415, consirmées par d'autres bulles des papes ses successeurs, reconnues par les évêques de Toul. On conserve dans l'église collégiale de Saint-Georges de Nancy, aujourd'hui unie à l'église primatiale, un os de la cuisse de saint Georges, martyr , qui y fut donné par le duc René l, qui ayant appris que ladite relique était dans l'église de Saint-Hon.... une des paroisses de la ville d'Angers, l'obtint par ses instantes prières auprès de M. le cardinal de Foix, administrateur de l'archevêché d'Arles, et légat du saint siége ; l'ayant obtenue, il la fit enchâsser en argent, dans un

(t) Hist. de Lorr. t. 2. pag. 52o. Baleicourt, p. cxxIII.

cuissart fait en forme d'un homme armé, assis sur un carreau d'argent, aux armes de Lorraine ; de plus, il fit faire un tapis pour le porter , et un ciel pour le couvrir, lorsqu'on le porte en procession. Il y ajouta tous les ornemens d'autel pour servir le jour de sa fête, et une somme de douze cents livres tournois pour acheter rentes , afin de faire célébrer le service le jour de sa fête, et pour prier pour ceux qui avaient été tués à la bataille de Bulgnéville. La relique y fut reçue le neuf janvier 1460. Le prévot de Saint-Georges avait droit d'officier avec l'anneau et le bâton surmonté d'une aigle éployée de vermeil ; outre le prévôt il y avait quatre dignitaires dans ce chapitre , savoir : le chantre, l'écolâtre, le trésorier et l'aumôuier. Ils avaient aussi un maître de musique, et dix enfans de chœur. Le roi René I, donna en 1460, à cette collégiale, l'os de la cuissse de Saint-Georges, nommé vulgairement le cuissart de Saint-Georges, qu'il avait eu à Arles en Provence, et l'accompagna d'un riche reliquaire, d'un tapis , et d'un bassin pour faire du vin béni. Nous avon vu ci-devant les prérogatives du prieuré de Notre-Dame, sur la collégiale de Saint-Georges. Les ducs de Lorraine possèdent un canonicat dans cette église. En 1471 , les seigneurs de Lorraine firent entr'eux une confédération pendant l'absence du duc René II , pour se défendre contre les Bourguignons, et chacun d'eux fit peindre l'écusson de ses armes, et les plaça dans le chœur de l'église de Saint-Georges (1). Le duc Charles IV, ayant succédé au bon duc Henri , son oncle, en 1624 , ne jouit pas long-temps de la paix ; elle fut troublée dès l'an 1627 , par les recherches que fit Le Bret, intendant de Metz, des titres et des biens des trois évêchés. (1) Chronique de Lorr. histoire de Lorr. t. 3. p. xxxv1.

Le mariage de Gaston, duc d'Orléans, avec Marguerite de Lorraine, sœur de Charles IV, acheva de mettre le trouble en Lorraine, où Gaston mécontent du cardinal de Richelieu, s'était retiré en 1655. Ce mariage ayant déplu au roi Louis XIII, frère de Gaston, ce monarque vint assiéger Nancy le vingt-deux août , de la même année. Charles IV, abandonna cette ville : ses troupes en sortirent le vingt-quatre septembre suivant , et celles de France y entrèrent. Louis XIII y fit son entrée le lendemain avec la reine Anne d'Autriche son épouse; il en partit le premier novembre, et donna le gouvernement de cette place au duc de Brissac; il y mit huit mille hommes de garnison , et projeta dès lors d'y former une espèce de citadelle. La r-ine partit de Nan· cy après le roi. Louis XIII devenu maitre de la Lorraine, établit un conseil souverain à Nancy, le 7 septembre 1654, composé de deux présidens et de dix-sept conseillers ; ce conseil subsista jusqu'au mois d'août 1657, que la juridiction en fut unie au parlement de Metz. Pendant ce temps, la peste qui avait commencé en Lorraine, à Pâques de l'an 1650, et qui ne finit qu'en mars 1657, fit un affreux cimetière de la ville de Nancy; il y mourait par jour vingt-cinq à trente personnes. Dans le même temps Louis XIII fit bâtir une porte, entre le bastion du jardin de la cour et les réduits de la citadellle; on la nomma la porte Saint-Louis; elle a subsisté jusqu'en l'année 1661. es troupes Françaises occupaientNancy depuis l'an 1655, jusqu'à ce qu'il fut rendu, de même que le reste de la Lorraine à Charles IV, par le traité de Vincennes, conclu le dernier février 1661 . Par le deuxième article, Louis XIV voulut que les fortifications de Nancy fussent démolies : les Français commencèrent la démolition le quatorze juin, par celle de la ville neuve, et au mois de septem

bre ils mirent la sappe à la ville vieille ;
on ne laissa que les portes et un petit en-
droit , où est l'aqueduc qui conduit les
eaux de la sourco : l'on y voit encore au-
jourd'hui les anciennes fortifications ; ce
fut Charles Belange, sieur de Fontaine,
ingénieur, qui prit l'entreprise de la dé-
molition des fortifications. Le marché fut
passé le 10 juin 1651 , pour la somme de
51,000 livres , monnaie de France.
En même temps Pradel, gouvernaur de
Nancy pour le roi, fit enlever l'artillerie et
la fit embarquer sur le port, pour être
portée à Metz. -
Par le traité conclu à Marsal le premier
septembre 1665, il fut seulement permis à
Charles IV de faire fermer les villes de
Nancy d'une simple muraille.
Le duc Charles fit son entrée à Nancy,
le six septembre de la même année, mais
il n'a joui de la paix que jusqu'à l'année
1670. Le roi T -C. envoya Fourille,
qui se saisit de Nancy, le vingt-six août
1670, et le maréchal de Créqui de la Lor-
raine. -
Par arrêt du conseil d'état du 22 sep-
tembre suivant, le roi Louis XIV cassa la
cour souveraine de Lorraine, anéantit la
chambre des comptes, et ne laissa à
Nancy qu'un bailliage. Alors le roi
Louis XIV obtint au traité de Nimègue ,
la cession des deux villes de Nancy, en
échange de celle de Toul. Mais le duc
Charles IV ne voulut point accepter ces
conditions.

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Pendant ces années, Louis XIV fit bàtir les différens corps des casernes qui sont à la citadelle, de même que la chapelle de St.-Louis.

Par le vingt-neuvième article du traité de Riswic, il fut arrêté que les fortifications de Nancy seraient démolies, à la réserve des remparts et bastions de la ville vieille , et les portes de la ville neuve.

Immédiatement après le traité, on commença la démolition des fortifications, et le 16 août 1698, les régimens de Guienne et de] Languedoc, qui avaient travaillé, sortirent de Nancy.

La Ville-Neuve resta sans être fermée jusqu'en 1701 ; au mois d'octobre on commença les murailles qui coutèrent cent cinquante mille livres.

L'heureux retour de son altesse royale ,

ne, quatre ponts de pierre fort beaux et très-solides. En 1714 , au mois de novembre, les troupes Françaises ayant évacué Nancy, le duc Léopold avec toute sa coury vint passer l'hiver, ce qu'il continua pendant quelques années de suite, et donna lieu à plusieurs seigneurs de Lorraine d'y faire bâtir des hôtels magnifiques. En 1715, il fit construire un second étage à l'appartement qui va à la rue des Cordeliers : dans le même temps il fit ôter les croisées des vitres ; mais en 1717, il fit démolir une partie de ce magnifique palais, surtout la tour ronde qui servait d'escalier, et le haut de l'arsenal. La même année on commença à bâtir le nouveau palais, dont la face principale donnait sur la Carrière ; il devait former trois ailes, qui auraient donné sur le jardin de la cour; on y

Léopold I", dans les états de ses ancê

travailla jusqu'en 1720, que les ouvrages

tres, forme l'époque de tous les beaux bâ- furent discontinués : la face du côté de la timens que l'on voit à Nancy et aux envi- Carrière fut élevée dans sa hauteur , et rons : le faubourg de Saint-Pierre du côté même ceuverte; l'aile du côté de la cour de Saint-Nicolas, où il n'y avait qu'une sut poussée à six pieds de terre, et a été maison en 1700, est à présent très-consi- démolie en 1741 : en même temps on

dérable, et a commencé à porter ce nom en 1751. L'ancien palais de Nancy était trèslogeable : le roi Louis XIII et la reine son épouse, étant venus en Lorraine en 1675, s'arrêtèrent à Nancy, et logèrent au palais, de même que leur cour qui était nombreuse ; le roi avoua qu'il n'était pas , plus à son aise au Louvre. En 1699, le duc Léopold fit bâtir à ses !

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renversa une partie de l'église de Saint

| Georges, c'est-à-dire le chœur et les cha

pelles voisines : on se contenta de rebâtir la chapelle de la Vierge, où était représenté le duc Charles de Blois, qui était honoré comme saint dans cette église , quoiqu'il n'eut jamais été canonisé, la France s'étant opposé à sa canonisation , parce qu'il était mort les armes à la main contre cette couronne. On démolit aussi le mausolée de Charles-le-Hardi, duc de Bourgogne, et ceux des ducs Jean et Nicolas de Lorraine, dont on mit les tombes au bas de l'église. Les chanoines de Saint-Georges allaient faire l'office dans l'église des Dames Prêcheresses de la ville vieille, en attendant qu'ils pussent retourner dans leur église. Ils y ' revinrent bientôt après, et y continuèrent leurs exercices jusqu'au 51 octobre 1742, qu'ils furent transférés dans l'église Primatiale, pour ne faire qu'un corps avec le chapitre de cette église. Ils y commencè

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