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pire, ee qui avait été aecordé auparavant à Félicité ou Laurette, abbesse de Remiremont, par l'empereur Rodolphe ou Rodulphe en 1080. On voit sur la porte du côté septentrional de l'église de Remiremont, l'abbesse Clémence d'Oiselet représentée en bas-relief, avec le voile et l'habit de religieuse, recevant d'une main les bulles du pape, et de l'autre le diplôme des régales de la main de l'empereur. On trouve un grand nombre de traités, de transactions et accords des ducs de Lorraine passés avec les dames de Remiremont, qui prouvent d'un côté, la grande puissance de ce chapitre, ses grands biens, et les privilèges considérables dont il jouissait dans le pays, et de l'autre, les fréquentes et presque continuelles entreprises que les officiers des ducs faisaient contre le chapitre. Il serait ennuyeux d'entrer dans le détail de tous ces accomodemens. , En 1655, le duc Charles IV, ayant appris qu'il y avait dans Remiremont quinze compagnies du régiment de Normandie, qui disaient n'avoir nul besoin ! de murailles pour se défendre, mais seulement de quatre haies, marcha pour loi cn déloger. Il n'avait avec lui, que ses Hongrois ou Croates , un régiment de dragons, et un autre de cavalerie légère. Il fut bientôt suivi par le baron de Sousse avee son régiment. Le fort que les soldats ! français avaient fait, ayant été emporté par trois cents allemands, les français changèrent de langage, et commencèrent à dire, que puisqu'on les avait attaqués sans les sommer, ils voyaient bien qu'on était résolu de les perdre; mais aussi qu'ils étaient résolus de sacrifier à leur réputation tout ce qu'il y avait dans la ville : qu'après avoir renfermé toutes les les dames chanoinesses et les bourgeois dans le cloitre, il les y feraient périr par les flammes. Les dames peu accoutumées à de pareils complimens, eurent recours aux larmes, et obtinrent permission de dépêcher six d'entr'elles vers son altesse de Lor

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raine. Le duc se laissa toucher, et accorda au régiment de Normandie une composition si avantageuse, que le maréchal de la Force en fit remercier le duc, et ne voulut pas que le régiment servit contre ce prince de toute la campagne. Le même Charles IV, reprit sur les Français les villes de Remiremont et d'Epinal dans le mois d'octobre 1657. L'année suivante l'armée du vicomte de Turenne attaqua Remiremont le 2 juillet 1658. On ne s'attendait pas que cette place ferait résistance. Il n'y avait dans Remiremant que trente soldats ; la ville n'avait que de simples murailles. Cependant la princesse Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont, qui était dans la ville, la sut si bien défendre, qu'après trois assauts domnés sans succès, et après une brêche considérable faite par le canon , Turenne qui était venu au siége, fut obligé de passer outre, et de se retirer après six jours de siége, y ayant perdu près de 800 hommes tant tués que blessés, ou mis hors de combat. Tous les ans le sixième juillet on fait une procession en mémoire de cet événement. Ce fut apparemment vers ce même temps, que les dames de Remiremont ayant tenu quelques discours, ou fait quelqu'entreprise contraire aux droits de la souveraineté de S. A. le duc Charles IV, ce prince voulut entrer par la brêche, et y fit frapper de la monnaie à son coin, où l'on voit d'un côté son effigie avec ces mots : CAROLUS. D. G. DUX LOTH. MARCH. D. G. B. C. (1) : et sur le revers, les armes pleines de Lorraine avec la couronne ducale, et cette légende : MONETA. NOVA. R0MAR°. CVSA. 1658. La nuit du onze au douze de mai 1682, à deux heures et demieaprès minuit, on sentit dans toute la Lorraine un des plus grands tremblemens de terre dont on eut mémoire jusqu'alors. Il se fit sentir principalement dans les montagncs de Vôsge, et en parti•

(1) Dux Gelriae, Barri, Calabriae,

culier dans la ville de Remiremont, où il renversa plusieurs édifices, entr'autres, l'église des Dames, qui se retirèrent à la campagne sous des tentes, et y demeurèrent pendant quelque temps, car les secousses du tremblement continuèrent pendant plusieurs jours. L'abbesse de Remiremont est élue par le chapitre ; après elle, sont la doyenne, la secrette, ou sacristine, la sonrière ou cellérière ct l'aumônière, lesquelles dignités sont conférées par le chapitre assemblé. Les dix chapelains avec l'écolâtre sont nommés par la dame abbesse et le chapitre, de même que les six demi-prébendiers. Les trois sacristains sont à la nomination de la dame secrette ou sacristII1C. Les dames sont au nombre de soixante et douze; et pour perpétuer les prébendes, elles présentent des demoiselles qu'elles adoptent pour nièces, et qui succèdent à celles qui les ont adoptées. L'abbesse et les dignités devraient faire des vœux, mais le Saint Siége n'ayant pas fixé la forme de leur profession, elles demeurent libres et peuvent quitter leur état, comme les autres dames, quand elles le jugent à propos. Les abbesses de Remiremont depuis très-long-temps sont de la plus haute noblesse. On y a vu plusieurs princesses de la maison de Lorraine, de la maison de Vaudémont, de celle de Salm, de celle de Parroye, de Blâmont, d'Amoncourt, d'Oiselet, d'Apremont, etc. Quand l'abbesse sortait, c'était toujours en grand équipage, et accompagnée de plusieurs de ses dames. Elle avait droit de Giste à Hostat en Alsace , de quatre ans en quatre ans, à douze chevaux et un mulet. Elle reçoit les hommages des scigneurs de Fénétrange en la Lorraine allemande, pour le château de ce lieu et ses dépendances; des seigneurs de Fougerole au comté de Bourgogne ; des seigneurs de Bruxey, de Fouchécourt et Sauxerules ; en Alsace, des seigneurs d'Obstein pour la forte-mai

son de la ville d'Alzvitz ; des seigneurs de Mancheim pour la vouerie de ce lieu; des seigneurs d'Arnaville pour le ban de Gugney, Champdray, Rehaupont et Gircourt, et des seigneurs de Gorhey, pour la vouerie de ce lieu : elles sont reconnues pour fondatrices des prieurés d'Hérival et d'Obiey.

L'abbesse de Létanche proche le Neufchâteau, doit faire hommage à la secrette de Remiremont.

Les abbayes de Bithaine en Bourgogne, de Flabémont, de Chamouzey et de Salival, lui doivent des prestations pour les terres qu'elles tiennent d'elle.

Les abbés de Flabémont, de Béchamp et de Chamouzey doivent venir à Remiremont au jour de la divi.ion des apôtres 15 de juillet : celui de Chamouzey y doit dire la grand'messe le jour de S. Romaric, et celui de Salival, le jour de S. Pierre et de S. Paul.

Le jour de la division des apôtres, un duc de Lorraine devait tous les ans venir à Remiremont, et y porter à la procession les châsses des saints patrons de l'abbaye. Ce jour là l'abbesse à la procession, et à certains autres jours , a droit de mettre les prisonniers en liberté.

On assure aussi qu'elle a eu droit de faire frapper monnaie. L'empereur Henry V, en 1115, défend de faire aucune imposition sur les vassaux de l'abbaye, sans la permission de l'abbesse.

Quoiqu'on ne connaisse pas précisément l'époque où les dames de Remiremont ont commencé à ne vouloir admettre dans leur chapitre que des filles d'une noblesse distinguée, on sait certainement que depuis très-long-temps elles ont des abbesses de la première qualité ; et le pape Benoit XII ou XIII, en 1594, confirma le statut qu'elles avaient fait long-temps auparavant, de ne recevoir que des fillles nobles de quatre quartiers paternel et maternel. Le roi Charles VII en parle de même dans un privilége accordé à l'abbaye de Remiremont en 1444.

Il y a dans l'église de Remiremont un'nie de la bénédietion d'une abbesse nouusage singulier, qui est, que les dames vellement élue, l'évêque lui donne l'oncpeuvent choisir des nièces, qui sont tion sur la tête et sur les mains, comme il agréées et apprébendées après les preuves'paraît dans la formule de cette bénédiction, de noblesse bien faites ; lesquelles nièces , qui se trouve à la fin d'un livre des évansuccèdent à celles qui les ont choisies, et giles, écrit il y a au moins huit à neuf ces nièces sont à peu près ce que sont les cents ans.On n'y parle point de crosse ab

novices dans les ordres religieux. L'institution de ces nièces n'est pas nouvelle. On les appelle nièces de prébendes, quand elles ne sont pas simplement par la loi du Sang. M. Thierri soutient qu'elles sont aussi ancienncs que le partage des biens de l'abbaye en prébendes, qu'il fixe au douzième ou treizième siècle. Mais il avoue qu'il en est rarement fait mentiou dans les titres de cette abbaye. Le premier exemple qu'il en rapporte, est le testament de la dame Guydes-Granges de l'an 1570 ; et un autre titre de 1507, où il est dit , que le vendage fait par la dame Alais d'Oiselet, se fait du consentement de la dame Guy d'Axinel sa nièce. ll avoue que le plus ancien monument, où il soit fait mention expresse des nièces dc prébendes, est le testament de l'abbesse Agnès de l'an 1279, dans lequel elle distingue ses nièces de prébendes de ses propres nièces. Elle fait les premières héritières de ses meubles, mais elle n'exprime pas leurs moms. Une dame chanoinesse de Remiremont peut posséder plusieurs prébendes ; et même des offices de doyenne , secrette, sonrière et aumônière, auxquels offices sont annexés des revenus; elle peut même posséder des seigneuries particulières, du revenu desquelles elle n'est point obligée de rendre compte. Ces dames ne font point de vœux, et peuvent changer d'état. Il y a toutefois grand nombre de bulles avant l'an 1544, qui portent, que l'abbesse de

batiale, ni de croix pectorale : mais on y lit la bénédiction du voile, que l'abbesse devait porter , comme en effet on la dépeint toujours avec le voile dans les peintures et les bas-reliefs ; par exemple, Clémence d'Oiselet à la porte septentrionale de l'église de l'abbaye. L'évêque prie aussi que l'abbesse gouverne et défande par l'observance de la règle monastique, les religieuses qui lui sont soumises; ut ita per monasticam normam tueatur cunctas famulas tuas, quatenùs ad œternam glorium introeat laeta.

Hl n'y a que l'abbesse qui porte l'aumusse. En son absence personne, pas même la lieutenante, n'a droit de la porter, non plus que la crosse, qui est toujours au côté gauche de son stalle sur le le devant; lorsqu'elle marche, soit pour aller à l'offrande ou aux processions, elle ne la porte jamais, c'est la fonction du sénéchal, qui la porte devant elle; et pendant l'absence de l'abbesse, la crosse demeure au trésor.

possédée que par un seigneur, dont les preuves sont reçues et jurées en chapitre ; il faut qu'il soit séculier; un chevalier, qui aurait fait ses vœux, ne peut être admis. Le sénéchal, pendant son absence, a toujours un lieutenant, qui fait ses fonctions; il doit être approuvé de la dame abbesse ; il suffit que ce lieutenant soit d'une famille honnête pour être reçu. A l'égard du voile de soie, couleur de

La charge de sénéchal ne peut être

Remiremont faisait des vœux, et l'on re- pourpre, dont on a parlé, de temps immarque plusieurs dames qui s'obligent sous mémorial il est nommé Pallium. Le fond le vœu de leur religion. Mais aujourd'hui est pourpre , semé d'oiseaux d'or et d'arcela ne se fait plus. |gent, avec des grelots au col et une

Une chose bien remarquable, et peut-houppe sur la tête. Ce Pallium n'est jaêtre unique dans son espèce, dans l'abbaye mais en usage qu'une fois l'année, le pre de Remiremont, est que, dans la cérémo-jmier dimanche de carême. Ce jour là ,

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après sexte, madame l'abbesse, accompagnée des dames doyenne et secrette, et en l'absence de l'une ou de l'autre, de la plus ancienne chanoinesse, vient à la sacristie ; chacune prend un coin du Pallium , qui est étendu sur une table, et le grand prêtre, c'est-à-dire, le chanoine qui doit chanter la messe, prend le quatrième coin; ils vont ensemble le porter et l'étendre sur le grand autel. L'abbesse et ses deux compagnes, après avoir salué le crucifix par une révérence, baisent le Pallium , et posent dessus chacune une osfrande, consistant ordinairement en un écu; la messe commence ensuite. Au milieu du Pallium il y a un morceau de toile de lin proprement attaché, sur lequel on célèbre immédiatement le saint sacrifice. Le chapitre de Remiremont s'est conservé dans le droit de se choisir son abbesse, du corps du chapitre, ou de la postuler d'aillez rs. Lorsque l'abbesse est décédée, sa succession écheait par moitié au chapitre, et moitié à la suture abbesse. Alors ia crosse abbatiale est mise au trésor; ses cassettes, son cabinet , ses chambres sont scellées du sceau de la doyenne. Son corps est exposé en public revêtu de ses habits de cérémonie , avec une crosse de cire à son côté. L'Anneau avec lequel elle a reçu la bénédictian abbatiale, appartient, après ses funérailles, au chanoine semainier du grand autel. Les dames de ce chapitre, portent, allant à la communion , une espèce de mouchoir, qu'elles appellent barbette , qui leur est mis à leur 1 éception et à leur enterrement , et qui tient lieu du voile , qu'elles portaient autrefois, comme vierges consacrées à Dieu. Quant aux antiquités de Remiremont , voici ce que nous en connaissons. Au St.Mont on voit encore les chapelles de sainte Marguerite, de saint Michel, de sainte Claire, de saint Amé et de saint Romaric; celle de sainte Croix, qui était sur le sommet du rocher au-devant de l'église, a été renversée. L'église du prieuré est celle qui fut consacrée par

Pierre de Brixei, évêque de Toul, en 1169. Les chapelles sont plus anciennes que cette église, mais moins anciennes que saint Romaric. Si toutefois saint Amé et sainte Claire ont été inhumés dans les chapelles qui portent leurs noms , il faut convenir qu'elles sont d'une très-grande antiquité. - | On conservait ci-devaut au St.-Mont , deux petits plats de cuivre, de la grandeur à peu près d'une palette de chirurgien, que l'on tient avoir servi de mesure à la nourriture que prenait St. Amé dans sa grotte, que l'on montre au pied du St.Mont : ces deux plats ont été portés dans le sacraire de l'abbaye de Senones. Nous avons parlé ci-devant de la crosse de cuivre doré, qui se voit encore aujourd'hui au St.-Mont. Il y avait aussi au Saint-Mont ci-de- . vant un assez bon nombre de manuscrits anciens , dont la plupart sont passés en la bibliothèque de l'abbaye de Moyenmoutier. Les autres manuscrits de l'église des dames étaient passés dans celle de feu M. Andreu, ancien curé de Remiremont, écolâtre du chapitre, homme de lettres, quî avait eu le dessein de former une bibliothèque publique dans la ville de Remiremont. Après sa mort , ces manuscrits ont été achetés des héritiers de M. Andreu , pour la bibliothèque de Senones. Ces livres manuscrits sont : un missel en vélin, d'environ sept cents ans d'antiquité, où l'on voit les notes de jl'ancien plein - chant. Un livre écrit sur parchemin, qui contient les deux premiers livres des rois , les proverbes , l'ecclésiaste, le cantique des cantiques, la sagesse , et l'ecclésiastique ; les morales de S. Grégoire sur Job ; Tobie , et le premier livre des Machabées. Un manuscrit en vélin contenant les dialogues de saint Grégoire, les vies des saintes Eufrosine, Euphrésie et Pélagie ; celle de saint Abraham et de sa nièce ; le martyr des Machabées. Un livre des évangiles en parchemin, de près de 800 ans d'antiquité; on voit au commencement ct à la fin de ce manuscrit plu

sieurs donations faites à l'église de Remiremont, mais d'une écriture beaucoup plus récente. Un bréviaire de Remiremont manuscrit en papier, du VI° siècle, avec les rubriques en Français. Un glossaire ou dictionnaire de la bible, que l'on croit être de Guillaume-le-Breton, de l'ordre des Frères Mineurs ; ce manuscrit est en vélin et peut-être ancien de trois cents ans, CtC. J'ai déjà dit qu'à côté de la porte septentrionale de l'église des dames de Remiremont, on voyait l'abbesse Clémence d'Oiselet, qui reçoit d'une main la bulle du pape, et de l'autre le diplôme de la régale, des mains de l'empereur. Dans l'église on voit sur une agathe attachée à la porte dù tabernacle, un seigneur qui donne un écrit à une abbesse qui est à genoux, et au-dessous on lit ce mot : REGIMBOLDVS, que je crois être un comte de Toul. On voit dans la même église le tombeau de Marguerite d'Haraucourt, abbessc de Remiremont, décédée en 1568, ayant la crosse entre ses bras, et une espèce de manipule au bras gauche ; mais ce prétendu manipule est une aumusse d'abbesse, beaucoup plus courte que celle des chanoines ; cela parait encore mieux dans la figure de Renée de Dinteville, représentée en peinture sur un vitrau de la chapelle de S. Nicolas, fait en 1576. Il y a dans le cimetière des dames de Remiremont, des tombeaux où l'on remarque une très-grande différence d'habillemens de ces dames, ce qui prouve que depuis très-long-temps elles sont dans l'usage de s'habiller à peu près comme elles jugent à propos. Madame la princesse Charlotte de Lorraine, abbesse moderne de Remiremont, sœur de l'empereur François I, ayant entrepris en l'année 1751 , de faire bâtir un nouvel hôtel abbatial à Remiremont, plus vaste et plus magnifique que l'ancien , qui menaçait ruine, on a été obligé de démolir l'ancienne chapelle des abbesses, où l'on a

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celui d'Agnès de Salm, abbesse de Remiremont , morte le xvIII des calendes de février 1279. Voici son épitaphe: OBIIT AGNES DE PSALMIS, Deipatientid, Abbatissa Romaricensis. Orate pro eâ. Anno ab Incarnatione Domini M. CC. LXXIX. xviij. Calend. Februarii. Cela est autour de sa tombe. Ce qui suit est gravé sur la tombe même, en gros caractères gothiques. Hic jacet A PSALMIS AGNES, quam cœtibus almis Jungere dignetur Christus, qui cuncta lltetur". Hœc Comitum pacisque (1) Ducum quam vis trabeata, Dulcis erat, suavis, humili quasi plebe nata,

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(1) Comitum pacis. Il fait allusion au Salem,

trouvé quelques tombeaux. Par exemple , { qui en hébreu signifie la paix.

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