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mit pied à terre avec l'Impératrice, et contempla du haut du perron le spectacle qu'offrait à ce moment le boulevard. Le Corps municipal lui ayant été présenté par le préfet de le Seine, Napoléon III remercia les représentants de l'édilité parisienne de leurs efforts pour embellir la capitale et augmenter le bienêtre de ses habitants. « Nous sommes, disait l'auguste orateur, à une époque où la création des chemins de fer change toutes les conditions économiques d'un pays; car non-seulement, pour leur création ils absorbent tous les capitaux disponibles, mais, quand ils sont créés, ils favorisent l'agglomération dans les villes, et modifient les rapports entre le producteur et le consommateur. » De là, dans la pensée de S. M., une cuvre multiple à accomplir par le conseil municipal : assurer les ressources financières de Paris, favoriser les constructions pouvelles, afin de pouvoir loger un excédant soudain de population, et, d'un autre côté, démolir, afin de créer des voies nouvelles, faisant pénétrer la lumière et la salubrité dans les quartiers malsains. Ce double résultat avait été obtenu : les constructions avaient été dix fois plus considérables que les démolitions. « Mais là, continuait l'Empereur, ne se sont pas bornés vos efforts: pendant les années de disette, grâce à l'institution de la Caisse de la boulangerie, vous avez donné à la population le pain à meilleur marché. Aucun système d'amélioration et de bienfaisance n'a été omis par vous. Tout en fondant de nouveaux hôpitaux, vous avez multiplié les secours à domicile, vous avez bâti de nouvelles églises et de nouvelles écoles ; vous avez secondé l'approvisionnement de Paris par l'établissement des Halles centrales, et l'assainissement de la Ville par un ouvrage gigantesque de galeries souterraines, dignes des travaux qui existent dans l'ancienne Rome; enfin, vous avez partout réuni à l'utile ce qui pouvait satisfaire les yeux et inspirer des sentiments élevés. Quand Jes générations qui se succèdent traverseront notre grande ville, non-seulement elles acquerront le goût du beau par le spectacle de ces æuvres de l'art, mais en lisant les noms inscrits sur nos ponts et sur nos rues, elles se rappelleront la gloire de nos armées depuis Rivoli jusqu'à Sébastopol. »

L'Empereur déclarait ensuite qu'il devait ces grands résultats du concours du Corps législatif, qui « abdiquant tout sentiment d'égoïsme de province, » avait compris qu'un pays comme la France devait avoir une capitale digne d'elle; puis a à la coopération éclairée » du conseil municipal; « mais je dois surtout, ajoutait S. M., leur prompte et judicieuse exécution au magistrat éclairé que j'ai placé à la tête du département de la Seine, qui, tout en maintenant dans les finances de la ville un ordre digne d'éloges, a su en si peu de temps mener à fin de si nombreuses entreprises, et cela, au milieu des obstacles suscités sans cesse par l'esprit de routine et de dénigrement. Je suis heureux de uli donner ici le témoignage de mon entière satisfaction, >>

Mais, au jugement de l'Empereur, la tâche était loin d'être accomplie. Le conseil avait approuvé un plan général qui devait continuer ce qu'il avait si bien commencé. La chambre, S. M. l'espérait, le voterait bientôt; on verrait ainsi chaque année de grandes artères s'ouvrir, les quartiers populeux s'assainir, les loyers tendre à s'abaisser par la multiplicité des constructions, la classe ouvrière s'enrichir par le travail, la misère diminuer par une meilleure organisation de la bienfaisance, et Paris répondre ainsi de plus en plus à sa haute destination. >>

Le préfet de la Seine, de qui l'Empereur venait de parler d'une manière si honorable pour ce fonetionnaire, rendit hommage en termes qui doivent être reproduits, au Souverain, juste appréciateur de ses efforts. C'était à l'occasion de la fête du 15 août. Au banquet de l'Hôtel de Ville, le baron Haussmann porta à l'Empereur et à l'Impératrice un toast qu'il développa en termes expressifs : « Au milieu des ovations enthousiastes qui accueillent l'Empereur dans tous les départements de l'ancienne Bretagne, l'écho de nos væux ne saurait parvenir à leurs Majestés que singulièrement affaibli; mais pour les magistrats de cette ville, instruments convaincus, continuait l'orateur, des desseins formés par l'Empereur pourla grandeur de la capitale de la France et pour le bien-être de toutes les classes de la population, c'est un besoin de cæurqued'élever la voix à l'occasion de la fête qui nous rassemble. Après up juste hommage, rendu aux vertus de l'Impératrice, le premier magistrat de la Seine ajoutait que ce n'était pas seulement a un devoir,» que c'était « un besoin de cour, qued'élever la voix » à l'occasion de la fête, « pour souhaiter de longs jours à d'augustes existences si diguement remplies, et de demander à Dieu que le précieux rejeton de la race impériale, le jeune princeaux mains duquel est réservé le dépôt des destinées de la patrie, puisse apprendre par l'enseignement durable de tels exemples, à quel prix, après avoir commandé le respect et l'admiration du monde, on conquiert l'amour des peuples même les plus rebelles aux nouvelles affections, aux nouvelles croyances politiques; en un mot, comment, sur un trône glorieux, on fonde une dynastie vraiment nationale. » Plus énergique encore, et non moins sincère, fut le toast porté le 28 août, dans un banquet du conseil général de la Corse, par son président, M, Pietri, qui, s'associant aux sentiments exprimés récemment à Limoges par le prince Napoléon, rappela comme lui la mission de la dynastie impériale, « A l'Empereur ! disait M. Pietri, qui nous fait notre gloire et notre force dans le présent 1... A la dynastie napoléonienne! cette arche sainte et nationale! où viennent s’abriter les peuples menacés ou battus par la tempête. » Le discours auquel M. Pietri faisait allusion pouvait compter comme un des plus sérieusement, des plus largement pensés dans le grand nombre des documents de ce genre, sortis de la plume ou de la bouche du prince Napoléon. C'était le 13 juillet, à l'Exposition de la France centrale ouverte à Limoges.

« Notre unité nationale, dit, ce jour-là, le Prince, v'a rien à redouter désormais de l'exagération de l'individualisme ou de l'esprit local. Le danger n'est pas là; il serait plutôt dans la tendance contraire si elle se développait à l'excès. Ce que nous devons craindre, en effet, c'est l'absorption des forces individuelles par la puissance collective; c'est la substitution du Gouvernement au citoyen pour tous les actes de la vie sociale, c'est l'affaiblissement de toute initiative personnelle sous la tutelle d'une centralisation administrative exagérée. »

Rien de plus judicieux, et le Prince émettait avec raison le væu de voir les citoyens, cessant de compter sur l'intervention et les faveurs de l'Etat, mettre un légitime orgueil à se suffire

à eux-mêmes, et fonder sur leur propre énergie et sur la force de l'opinion publique le succès de leurs entreprises.

« J'ose dire, ajoutait l'illustre cousin de l'Empereur, que si, à notre unité politique, source de notre puissance, objet d'admiration et souvent de crainte pour nos voisins, nous savions joindre cette force qui nait du concours spontané des individus et des associations libres, notre patrie verrait s'accomplir les grandes destinées prévues par les citoyens illustres de 1789. »

Le Prince disserta ensuite, avec cette facilité qui le caractérise, sur le but et l'utilité de l'Exposition, dont il résuma les principaux traits : la culture des céréales et l'élève des bestiaux, représentés par les belles machines agricoles de Clermont et d'Abilly, et les magnifiques spécimens des races chevaline et bovine du Limousin ; et pour l'industrie proprement dite, les splendides tapis d'Aubusson, les armes et la coutellerie de Tulle, de Thiers et de Châtellerault; les fers du Berry et du Périgord, les aciers de Saint-Seurin et les belles glaces de Montluçon; grandes industries qui ne devaient pas détourner l'attention des industries plus modestes et non moins essentielles qui ont pour but d'améliorer la position du pauvre.

De hautes considérations philosophiques suivaient cette appréciation : «Si l'industrie substituant la machine à l'homme, lui permet de relever le front que courbait un pénible labeur, c'est pour qu'il puisse porter ses regards et plus loin et plus haut. Que vos enfants, que ces jeunes générations pour l'avenir desquelles nos pères ont prodigué leur sang, soient préservés, par une forte et libérale éducation, du poison mortel du matérialisme. Que le bien-être ne soit pour eux que le moyen d'al- franchir l'esprit et de lui rendre toute sa liberté. Que l'art, la

science, la philosophie, ne cessent de planer au-dessus de ce monde industriel qui, sans leur inspiration , s'asservirait à la matière au lieu de la dominer..... Si les jouissances matérielles devenaient le mobile unique de notre société, elle ne tarderait pas à s'enfoncer dans les ténèbres où ont disparu les peuples qui ont méconnu le côté moral de la civilisation. » Le Prince venait de découvrir la plaie du siècle, c'est pourquoi il fut éloquent. « C'était la première fois, ajoutait-il, qu'il parlait à ses concitoyens depuis que l'Empereur lui avait confié l'administration de l'Algérie et de ses colonies, et l'avait chargé de compléter l'æuvre commencée par notre glorieuse armée sur une terre qu'elle avait rendue française en la fécondant de son sang. Entreprise exclusivement nationale, qui admet et appelle le concours de tous ceux qui reconnaissent l'æuvre du suffrage universel. » Ce disant, Son Altesse Impériale s'applaudissait qu'il lui fùt permis de demander aux hommes, non d'où ils venaient, mais où ils allaient, « de regarder l'avenir, non le passé. »

C'était, en peu de mots, un programme tout libéral et digne de mémoire. « Heureux, disait le Prince en terminant, si après nos révolutions et nos luttes civiles, je puis concourir à cette pacification générale qui doit réunir dans un sentiment commun de dévouement à notre patrie les cæurs de tous ses enfants. »

Au banquet offert ensuite par la ville de Limoges, Son Altesse Impériale porta un toast bref mais senti: « A l'Empereur ! qui fait notre force et notre gloire dans le présent, à l'Impératrice! sa gracieuse, sa digne et courageuse compagne! et au Prince Impérial qui, je l'espère, fera le bonheur de la France dans l'avenir. »

Au Maire de Limoges, et après avoir bu à cette cité, le Prince dit qu'il porterait à l'Empereur les sentiments d'amour que l'on y avait fait éclater pour sa personne et pour sa famille.

Ainsi se termina cette fête de l'agriculture et de l'industrie dans la vieille cité celtique.

D'autres villes, Chaumont, Avignon, Saint-Brieuc eurent des solennités du même genre : distributions de prix et primes d'honneur décernés à l'exploitation la mieux dirigée et ayant réalisé les améliorations les plus utiles. Au concours agricole de la Haute-Marne, le jury récompensa les grands travaux de drainage, la création de prairies, les améliorations foncières de M. Andriot, de Faverolles.

Dans le Vaucluse, les suffrages se portèrent sur les belles cultures, l'heureux aménagement des engrais de M. Valayer.

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