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moi qui suis placé à la tête du Gouvernement, je maintiendrai ce droit avec cette résolution qui constitue un des apanages de notre maison. » Ainsi disait S. A. I. et R. En résumé, ce que ce prince, dont les intentions étaient certainement louables, demandait aux fonctionnaires, c'était vis-à-vis de lui-même, « la vérité complète et nue; ) vis-à-vis du public, une conduite bien veillante « mais décidée. » Il demandait à leur conscience de la justice, et à leur honneur une administration soigneuse et consciencieuse; en outre un zèle infatigable et dévoué. En retour il y aurait « de l'avancement et d'autres avantages. » Et cette circulaire, assurément caractéristique, finissait par cette déclaration « qu'à la phase de l'administration » devait succéder, chez les autorités, « la période de la réflexion. » Nul doute, le représentant de François-Joseph dans la péninsule italique, tentait – Quvre difficile - de rouvrir une ère de réconciliation et d'accommodement. Mais outre les résistances qu'il rencontrait dans le parti militaire, il avait encore à vaincre l'esprit routinier et centralisateur à l'excès de l'administration, qui ne comprenait pas que l'on résolût ailleurs qu'à Vienne, les questions locales, même d'un intérêt infime. Ajoutez la réserve presque méfiante de l'aristocratie lombarde. C'en était assez pour paralyser en partie tout le bon vouloir d'un prince éclairé. De là, l'ajournement de l'institution d'un établissement de crédit, la Banque, depuis longtemps sollicitée par le commerce lombard. Tout au plus pouvait-on espérer, d'après les assurances données par la lettre autographe de l'Empereur, quelque pcu vague sur ce chapitre, une assiette plus égale de l'impôt : l'aristocratie se plaignant de l'inégalité dont elle se disait victime à cet égard, d'autant plus que le gouvernement central employait à des travaux défensifs en Italie et à l'entretien d'armées coûteuses, des contributions qui pourraient profiter à l'agriculture et à d'autres entreprises utiles. Telle était la situation; que devait-il en sortir dans l'avenir ? Cette question redoutable : royaume et empire, chacun se la posait avec la même anxiété. Si, à la suite de cet aperçu sur l'empire en général, puis sur ses rapports avec ses possessions en quelque sorte extérieures, on jetait un coup d'eil sur les forces matérielles dont il disposait à

yageurs.

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cette époque, on rencontrait encore dans cette étude de graves renseignements.

En 1856, les recettes ordinaires et extraordinaires s'élevaient en totalité à 273,162,276 florins, et les dépenses à 335,515,943 même monnaie.

On évaluait l'effectif de l'armée sur le pied de paix, à environ quatre cent mille hommes (autant de millions à peu près de dépense), et sur le pied de guerre, à sept cent mille hommes.

La marine comportait des forces moins importantes : six frégates, cinq corvettes, sept bricks, cinq goëlettes, soixante-six navires de petite dimension, dix bâtiments à vapeur, cent deux bâtiments avec sept cent soixante-deux canons et environ 4,000 hommes d'équipage.

En 1856, le Lloyd comptait soixante-huit navires; considé- . rables furent, cette année-là, ses voyages : 2,114. La navigation sur le Danube comptait quatre-vingt-dix navires. Il y avait eu 1,300,000 voyageurs.

Télégraphe : à la fin de 1857, on évaluait à 1,154 (8 milles géographiques) la ligne télégraphique, et à 1,630, la longueur totale des fils.

Chemins de fer. La longueur des voies à l'état d'exploitation était de 485 milles. Celle des voies en construction était de 192; enfin, celle des voies en préparation de 887, sauf une fraction.

Un autre progrès devait être signalé, c'était celui de l'esprit d'association. Les sociétés les plus considérables en nombre, et d'ailleurs en influence, étaient celles qui avaient quelque raison de piété pour base. On en comptait trois mille cinq cent trente-sept. Les autres présentaient, relativement, un chiffre à peine comparable. Dans le nombre, les associations de retraites pour la vieillesse : cent huit; celles ayant pour objet les caisses d'épargne et d'achat commun, qui s'élevaient à cent; les sociétés forestières, agricoles, minéralogiques, au nombre de quatre-vingt-cinq; cent cinquante-trois sociétés commerciales et industrielles (un chiffre assez faible encore); trente compagnies de chemins de fer et autres ayant pour objet des voies de communication ; six institutions de crédit, parmi lesquelles

celle du crédit mobilier autrichien, dont les résultats présentés le 29 mars 1858 accusaient une prospérité que tout annonçait devoir être croissante. Plus nombreuses étaient les compagnies d'assurances (120). Inutile de mentionner les sociétés d'art ou d'agrément.

PRUSSE.

Ainsi qu'on l'a vu ( Ann. 1857), le prince de Prusse exerçait le pouvoir en vertu de la délégation du roi son frère, empèché por la maladie. Le moment où les deux Chambres devaient s'occuper des affaires du pays n'étant plus bien éloigné, une sorte de prorogation de cette délégation, en attendant un titre plus explicite, devenait nécessaire. Tel fut l'objet d'un ordre de Cabinet adressé à la date du 6 janvier par Frédéric-Guillaume, au Prince qui le suppléait. Il y était dit, que les médecins prescrivant au roi une abstention ultérieure des affaires, le roi invitait Son Altesse Royale à se charger pendant trois nouveaux mois « de sa délégation dans les affaires du Gouvernement, ainsi que dans l'administration de la maison Royale. »

En conséquence de cet acte, envoi d'un rescrit du prince Guillaume au ministère d'Etat, à fin d'accomplissement des formalités légales, pour la publicité de l'ordre de Cabinet. En même temps, le frère du roi s'en référait, pour le mode d'exercice de la délégation du pouvoir royal à lui confiée, à son propre rescrit en date du 24 octobre précédent.

Entre ces deux actes du Gouvernement et l'ouverture, et surtout la suite des travaux et la session du Landtag, vint se placer une fête de famille qui, à bien des égards, était une fête de la nation. Nous voulons parler du mariage du fils du prince Guil. laume, le prince Frédéric-Guillaume, avec la princesse Victoria, fille aînée de la reine d'Angleterre, célébré à Londres le 27 jan. vier. Parfaitement accueillie et populaire dans les deux pays, cette union donna lieu, en Angleterre aussi bien qu'en Prusse, à des démonstrations pleines d'empressement et parfois assez piquantes (1). Le 7 février, les jeunes époux, fêtés déjà dans la

(1) On ne peut rappeler qu'ici un détail peu grave, mais assez curieux; pa trie de la Princesse, arrivèrent à Potsdam. A Bellevue, ils furent cordialement reçus par le roi lui-même. Le 8 février, ils faisaient leur entrée à Berlin, où les attendait un véritable enthousiasme manifesté de toutes façons : discours des municipalités, son des cloches, salves d'artillerie, enfin, concours empressé d'une population immense que rien ne gênait. Le prince de Prusse avait renoncé à la présence, cette fois inutile, de la police. Tous les regards étaient dirigés sur la princesse Victoria qui, assise dans sa voiture à huit chevaux, portait sur la tête un riche diadème, et sur les épaules un manteau d'hermine. Derrière la voiture, les corporations, au nombre d'environ trente mille hommes, qui défilèrent ensuite devant le château, unies dans un même sentiment, avaient cependant tenu, en ce pays d'étiquette à figurer suivant leurs attributions anciennes. C'est ainsi que les boulangers, comme eussent fait les barbiers en France, osaient prétendre à l'honneur de porter le sabre.- Contestation du magistrat; insistance de l'industrie placée en pays catholique sous l'invocation de saint Honoré. Il fallut en cette grave conjoncture en référer au prince de Prusse lui-même. Et Son Altesse Royale décida de la façon la plus confiante : « que les boulangers prennent des sabres, si cela leur convient, voire même des canons, » Nous ne savons pas très-bien quelles avaient pu être les prétentions des autres corporations, prétentions innocentes d'ailleurs, et qui n'étaient pas de nature à troubler une fête cimentant, ainsi que le rappela avec beaucoup d'à-propos le premier bourgmestre de Berlin, l'alliance de deux peuples « qui, aux jours de la lutte, s'étaient soutenus avec une inébranlable fidélité.» Les illustres époux répondirent affectueusement à l'accueil enthousiaste dont ils venaient d'être l'objet. Dans une sorte de proclamation, signée d'eux, à la date du 19 février, ils témoignèrent à ce sujet leur gratitude : « Nous le faisons avec la prière suivante à Dieu, qu'il veuille bénir notre chère patrie de ses plus riches dons, maintenant et toujours. »

La session du Landtag avait été ouverte presque simultané

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c'est qu'un marchand d'oiseaux offrit au jeune couple un bouvreuil qui donnait raison à une observation de Charles-Quint au sujet de la langue anglaise : il chantait dans cet idiome le God save the Queen. 1858

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ment avec cet épisode dynastique. Le discours d'ouverture, prononcé par le président du Conseil, baron de Manteuffel, résumait la situation : mariage du prince royal, relations pacifiques avec les puissances étrangères. Abordant ce qui n'avait pas précisément ce caractère, le conflit germano-danois, l'organe du Cabinet andonçait la résolution prise « en parfait accord » avec celui de Vienne, de déférer à la Diète germanique ce long différend, à l'effet de sauvegarder les droits de l'Allemagne. « Nous sommes résolus, ajoutait le premier ministre, de concert avec tous les autres gouvernements de la Confédération, à persévérer (en cette grave question) dans la défense des droits et des intérêts allemands. » Puis l'annonce de traités de commerce avec divers gouvernements étrangers, sauf la sanction des Chambres.

Voies de communication. Elles se développaient. Commerce et industrie étaient également florissants ; toutefois, fâcheuse avait été sur plusieurs places l'influence de la crise financière. De là, pendant trois mois, la suspension des restrictions légales du taux des intérêts. Ordre dans le budget, progression dans les recettes. Voilà pour les finances.

Le chef du Cabinet terminait en faisant appel au concours du Landtag dans les circonstances douloureuses (la maladie du Roi) où l'on se trouvait placé.

Cette communication fut suivie d'une double adresse au Roi, l'une votée par la chambre des Seigneurs, l'autre par la chambre des Députés. Elles renfermaient des expressions de sympathie pour la personne royale, dans la conjoncture en effet digne d'intérêt où elle se trouvait placée. « Nous nous élevons à la consolante espérance que Dieu le Seigneur, qui, dans sa miséricorde, a détourné de Votre Majesté tout danger menaçant, exaucera les prières incessantes que lui adressent vos fidèles sujets pour votre rétablissement prompt et entier...) Ainsi disaient les députés.

A cette expression de sentiments sympathiques les Seigneurs ajoutaient cependant une sorte de ressouvenir du respect des institutions et des droits sanctionnés par le temps, « qui avait signalé le règne de Frédéric-Guillaume dans tous les changements de situations et de circonstances, » ce qui était bien

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