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des rues et des places publiques, mais l'exécution en était subordonnée à la sanction du Bey. Telle était en somme cette covre municipale, dont on ne citerait guère d'autre exemple dans les lois musulmanes. La fin même de ce document laissait la porte ouverte au progrès. « Toutes les fois qu'il nous sera possible d'éloigner un dommage quelconque pour l'utilité publique, ou de lui assurer quelque avantage, nous en ferons l'objet d'articles additionnels à ce règlement. » Et le Bey signait ainsi :

Salut de la part de l'humble envers son Dieu ; son esclave, le muchir Mohamed Bacha-Bey, possesseur du royaume de Tunis. Que Dieu lui soit propice!

Écrit le 20 moharem 1275 (20 août 1858).

CHAPITRE VIII.

GRÈCE.

Conséquences de la retraite des troupes françaises et anglaises. — Ce qu'il

en résulte pour la royauté. La session; travaux qui la signalent : la presse; le jury; les finances, enfin les douanes. Modifications du tarif. -- Célébration du vingt-cinquième anniversaire de l'avénement du roi. Allocution du président de la Chambre des députés. Réponse de Sa Majesté. — Progrès réels du pays : travaux d'utilité publique. Le creusement de l'Euripe. Le port de Syra. — Beaux-arts : sollicitude du ministre de l'instruction publique en ce qui les concerne : fouilles archéologiques et projet de construction d'un musée des antiques. Concours ouvert à cet effet, et conditions de ce concours.

La retraite des troupes françaises et anglaises rendait à ellemême l'action du Gouvernement, que l'influence du dehors ne genait plus, les puissances protectrices ayant consenti à borner leur intervention à la présence d'une commission chargée de sauvegarder leurs intérêts, en tant que créancières du Royaume qu'elles avaient contribué à fonder. Le ministère n'avait pas seu. lement réussi dans ce but d'indépendance vis-à-vis du dehors, en ce qui concernait les puissances amies, il tenait aussi la main à l'exécution, sans péril pour l'indépendance du pays, du traité conclu avec la Turquie pour la garde des frontières contre les brigands qui étaient le fléau des deux contrées. Quand, par exemple, le tir des batteries turques atteignait le territoire hellénique, le gouvernement du roi Othon faisait de légitimes réclamations auxquelles, on doit le dire, la Sublime Porte s'empressait de faire droit.

Mais la cessation de l'action continue de l'extérieur sur l'administration intérieure profita-t-elle, en effet, au gouvernement constitutionnel, tel que l'entendait le pacte fondamental ? On ne saurait répondre par l'affirmative devant l'évidence d'un fait historique : celui du progrès croissant et absorbant de la Cour.

Comme leurs ancêtres, les Hellènes n'ont sans doute pas cessé d'aimer la liberté, mais on a cru remarquer que c'était là un sentiment purement individuel, et qui n'embrassait pas le sentiment de la commune patrie. Dans l'état présent des choses, la Chambre des députés et le Sénat, dont les membres étaient rétribués par l'État, ne se recrutaient pas toujours sans l'intervention du pouvoir royal, en d'autres termes sans ce que l'on appelait ailleurs des influences ; et, bien entendu, qu'elles se prolongeaient dans l'enceinte parlementaire. Tel était le mal, au moins à voir les choses dans leur généralité. Car les Chambres se livrèrent durant cette session à d'importants travaux. La presse, les finances et les douanes les occupèrent également. Quant à la presse, le jury était, il est vrai, appelé à se prononcer sur les délits dont les écrivains pouvaient se rendre coupables, mais la procédure à suivre en cette matière manquait de netteté et de précision. C'est pourquoi le cabinet présenta sur cette matière un projet qui fut fort débattu, mais adopté en fin de compte.

En preuve de ses bonnes intentions, le ministère présenta le compte de plusieurs exercices financiers non encore réglés. Le Gouvernement avait presque perdu depuis plusieurs années l'habitude de se mettre en règle à cet égard. Aussi bien, la présentation de ces comptes donna-t-elle lieu à des observations rétrospectives qui se prolongèrent durant plusieurs séances. Les douanes sont ici, comme dans la plupart des pays producteurs, la ressource du pays. Cependant il fallait songer à être à la hauteur du mouvement qui entraînait les autres nations : une protection moins exclusive vis-à-vis du dehors. Les Chambres entrèrent, cette année, dans cette voie avec le Gouvernement, qui les y con viait : abaissement de droits à l'entrée, et abolition des droits de sortie, échelonnée durant les dix années qui devaient suivre l'adoption de la loi. Restaient d'autres propositions à l'état de projets que l'on représenterait sans doute dans les sessions prochaines. Elles avaient en vue l'exploitation des mines et d'autres matières d'intérêt public, en particulier la position du petit clergé.

La célébration du 25e anniversaire de l'avénement du Roi

Othon fit trêve aux travaux parlementaires. C'était, en effet, une longue période, et qui témoignait au moins en faveur des intentions de la Royauté. Le président de la Chambre des députés, M. Boudouris, adressa au Roi une allocution dans laquelle il rappelait les progrès réalisés durant ces cinq lustres. L'organe de la Chambre élective ne pouvait pas oublier sa royale compagne. « Depuis le jour, dit-il, où la monarchie a été fondée en Grèce, la nation n'en a pas vu de plus heureux que celui où V.M. amena parmi nous celle qu'elle choisit comme épouse et comme Reine. »

Réponse du Roi. Elle était vivement sentie. « J'éprouve, disait ce prince, la joie la plus chère à mon cæur en voyant le peuple heureux et qui m'entoure de son amour. Je ne puis, de mon côté, lui en donner une preuve plus sincère qu'en continuant à protéger sa religion et ses libertés, qu'en travaillant de toutes mes forces à son développement et à ses progrès. »

Comparée, en effet, à ce qu'elle était sous la domination ottomane, la Grèce était évidemment en progrès. Et, si quelque jour, les petites intrigues laissent place aux grandes affaires, le pays entrera dans une voie nécessairement prospère. Dès à présent, d'utiles travaux étaient entrepris; dans le nombre, ceux qui avaient pour objet l'ouverture du détroit de l'Eubée. On creusait l'Euripe à la profondeur de 5 mètres et demi. Moyennant des droits assez modérés à payer, on passerait aisément entre l'Eubée et la terre ferme. Ces droits dépendraient du nombre des tonneaux, et devaient varier de 29 à 69 drachmes. Chemin de fer devant relier Athènes au Pirée, et déjà praticable en partie ; éclairage au gaz (Athènes ne devait pas être inférieure à cet égard à Alexandrie); ligne télégraphique: tels étaient les autres progrès accomplis ou en voie de l'être. Une des grandes entreprises du pays, la Société de navigation à vapeur hellénique, fit construire cette année, au sud-ouest du port principal de Syra, un dock destiné à la réparation de ses bateaux et des pyroscaphes étrangers. Toutefois, ne possédant encore que trois bateaux à vapeur, cette Société n'était pas encore en mesure d'exploiter suffisamment les lignes qu'elle avait entrepris de desservir.

Cependant un mouvement assez considérable se faisait re

marquer dans le port de Syra; 76 navires étaient sortis de son chantier en 1857. Les arts devaient avoir leur tour. Des constructions imposantes et même grandioses eurent lieu cette année. La pose de la première pierre de l'édifice destiné au Corps législatif, dont l'architecte était un Français (M. Boulanger), eut lieu le 27 août. La Reine présida à cette solennité. Cette souveraine faisait construire à ses frais une route autour de l'Acropole. Elle se montrait d'ailleurs soucieuse de tout ce qui pouvait contribuer au développement de sa nouvelle patrie. En quoi elle était se condée par un ministre éclairé, M. Christopoulos, chargé du département de l'instruction publique. Ce ministre dirigeait avec une sollicitude artistique les fouilles archéologiques. Son influence contribua sans nul doute à l'ordonnance royale portant création d'un musée des antiquités à Athènes, et ouvrant, à cet effet, un concours. Dans les instructions destinées à poser les conditions de ce concours, M. Christopoulos rappelait les services rendus à l'art et aux lettres par l'antique capitale de l'Hellade : « Fière de renfermer dans son sein des débris du plus beau des arts et des monuments écrits de la plus brillante des histoires, la Grèce leur a, dès les premiers jours de sa renaissance, voué la plus vive sollicitude; elle les a cherchés dans le sol qui les recouvrait, les a recueillis et les a préservés d'une complète destruction. » La collection en était devenue si nombreuse, que la construction d'un musée était devenue nécessaire. M. Christopoulos rappelait que, grâce à la libéralité de plusieurs Hellènes, M. Benardaki entre autres, cette construction était devenue possible. L'ordonnance qui la prescrivait divisait le musée en trois grandes époques, comme elles se présentent d'ailleurs dans l’bistoire : l'époque florissante, Phidias, Praxitèle; puis la décadence (époques macédonienne, romaine, byzantine). Une division spéciale était réservée aux objets d'art venus de l'étranger. 23

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