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habitants. Dans la Basilicate surtout rien ne restait debout : les villages de la vallée de lAgri y restaient en ruines; la crainte de nouveaux désastres empêchait d'y rien réparer. La montagne qui sépare Sala de Marsico-Nuovo, se trouvait toute fendillée ; les routes se crevassaient de plus en plus; dans tel endroit, le terrain s'était abaissé d'un mètre. Aux environs de Melfi on voyait des collines abattues et des fossés que les oscillations du sol avaient creusés. Une commune, Saponara, avait été si maltraitée, que l'on n'y voyait plus ni rues ni maisons; rien de ce qui s'y rencontrait autrefois.

A Potenza (principauté citérieure), les secousses eurent un caractère d'une terreur presque indicible. Les oscillations, précédées de rumeurs souterraines et du desséchement instantané des puits et des citernes, s'effectuaient en forme de tourbillons (Vorticoso) et avec une force de projection extraordinaire. Outre Potenza, les localités environnantes furent presque toutes frappées. Malheureusement les victimes ne manquaient pas dans ces commotions du sol. Le Gouvernement fit de louables efforts pour adoucir tant de calamités. Dans un conseil d'Etat tenu à Gaëte (15 mars) à l'occasion des ravages et du fléau dans la Basilicate, il fut décidé qu'on affecterait 20,000 ducats à la reconstruction des églises et maisons religieuses atteintes par ces révolutions du sol. Les victimes ne furent pas non plus oubliées; mais que pouvaient contre un fléau qui entraînait tout, les secours humains nécessairement insuffisants ?

Le commerce de la partie continentale du royaume se ressentit sans doute des perturbations de toute nature qui affligeaient le pays; en effet, quoique les ressources naturelles y abondent, les transactions de cette partie du royaume éprouvèrent en 1857 (les tremblements de terre y avaient sévi à la fin de l'année) une diminution de 24 millions et demi sur l'exportation, et de 9 millions et demi sur l'importation. Ajoutez deux autres causes : l'interdiction de sortie des céréales et le ralentissement général du commerce général, par suite de la crise financière. Un résultat, corollaire du précédent, atteignit le commerce : nous voulons parler de la hausse progressive du cours du change.

La récolte de la soie, par suite de la maladie des vers, avait diminué d'environ 700,000 livres (la livre représente 321 grammes). Lagarance réussissait dans les environs de Salerne et de Pestum.

Industrie. On y remarquait depuis quelques années un grand développement. De nombreuses usines s'étaient établies. Les ouvriers venaient en général de l'étranger..

Navigation du port de Naples. Le mouvement total, y compris les opérations de cabotage, présentait pour la dernière année un chiffre de 4,892 navires et de 635,075 tonneaux (entrée et sortie réunies).

TOSCANE.

Libéral au fond, surtout quant aux institutions civiles, le Gouvernement du Grand-Duc, cédant à des appréhensions politiques, faisait à la presse une guerre qui n'était pas toujours opportune. Il est vrai de dire que les Toscans manifestaient leur réprobation du régime établi dans d'autres parties de la Péninsule. Ces sentiments se produisaient au théâtre par les allusions et les applaudissements donnés aux pièces, où, par exemple, on s'attaquait aux Gouvernements de Rome ou de Naples, et dans les journaux, par des articles d'une opposition plus ou moins déguisée. On en suspendit quelques-uns, tels que le Commercio, l'Imparziale Fiorentino, enfin il Passa-tempo. Cependant le pays était calme et même prospère. Le 12 avril, le Moniteur toscan publia en français (avec le texte italien en regard), la double déclaration, en date à Florence du 10 du même mois, et signée par M. Lenzoni, ministre des Affaires du Gouvernement Grand-Ducal, et par M. Wachtmeister, Chargé d'affaires du Roi de Suède, ayant pour but de contribuer au développement de la navigation et du commerce des deux États respectifs par une complète réciprocité dans le traitement des navires appartenant aux sujets des deux hautes parties contractantes, dans leurs ports respectifs.

D'un tableau comparatif publié le 17 mai par le journal officiel, il résultait que le produit de l'administration générale des douanes, pendant le premier trimestre de l'année, avait été de 3,061,902,17. Comparativement à la même période de 1851, il y avait une augmentation de 131,771. Cette augmentation était due en partie aux sages dispositions du Gouvernement et à l'élévation du droit sur les céréales à l'entrée, établie par ordonnance spéciale.

Une autre mesure utile, adoptée par le Grand-Duc, avait trait aux monnaies d'espèces différentes ayant cours en Toscane. Un décret du 26 avril ordonna le retrait de 10 espèces de monnaie provenant toutes de l'ancien duché de Lucques. Continueraient à avoir cours les pièces d'argent de cette Principauté, et connues sous le nom de scudi et demi-scudi de SaintMartin. Demeuraient provisoirement en circulation les soldi et quattrini, frappés à Lucques de 1826 à 1844.

Diverses branches de commerce étaient dans un état de prospérité satisfaisant. La Toscane fournit annuellement au commerce pour 35 millions de lire (11,884,000 kilog.) de chiffons, dont 15 millions provenant du pays même et 20 millions de la Lombardie, du Piémont, de l'Égypte, de Tunis et autres États barbaresques, Quant aux draps, autre mouvement commercial considérable: Livourne expédiait des draps de Prusse et de Saxe à destinalion de l'Egypte, de Tunis et de Maroc. Cette exportation était évaluée annuellement à un million et demi de francs. Et, détail assez curieux, la Toscane envoyait à Constantinople pour 1,500,000 francs d'habits confectionnés. Une preuve que la Turquie se civilisait. Et encore ne pouvait-on donner que le chiffre approximatif de toutes ces industries, les statistiques douanières n'étant pas rendues publiques. La récolte de la soie était remarquablement produclive. En y comprenant le pays de Lucques, on trouvait en moyenne un produit annuel de 1,200,000 kilogr., avec un prix de vente de 4 à 5 fr. le kilogr., et même de 7 à 8 fr. (chiffre de 1857). Quant à la graine, elle se vendait (en 1857), vu la maladie des vers à soie dans certains pays, au prix excessif de 300 à 540 fr. le kilogr.

Autre branche de commerce, et qu'il convient de ne pas omettre: il s'agit de la préparation des écorces d'oranges et surtout des cédrats confits qui prenait, à Livourne en particulier, un développement considérable. On évaluait à 3 millions

de livres ou 1,020,000 kilogr., représentant une valeur de 1,260,000 fr., l'exportation annuelle de ce fruit, par les trois fabriques de Livourne, pour la Grande-Bretagne, les ÉtatsUnis, la Russie et la Hollande. Quant aux écorces d'oranges, elles étaient dirigées presque exclusivement sur l'Allemagne.

PARME.

Par suite de la dénonciation de la convention douanière existante entre le Duché et l'Autriche (voyez Annuaire, 1857), les douanes furent rétablies à la frontière. C'est que la Régente tenait à se montrer affranchie de toute dépendance vis-à-vis d'une puissance alliée sans doute, mais dont l'influence eût pu peser sur elle. Autre mesure libérale : la réduction du droit d'entrée à payer par les journaux étrangers. Toutefois, par un motif qui se devinait de reste, les suppléments, jusqu'alors exempts de droit, y furent astreints : or, il convient de remarquer que cette exception atteignait les journaux qui publiaient, au moyen de suppléments, les débats des Chambres piémontaises. A part cet embargo sur la presse, en vue d'un pays dont le voisinage pouvait être considéré comme redoutable, le gouvernement de la Régente adoptait maintes décisions utiles et empreintes d'un cachet libéral. Le 13 avril, approbation de l'institution et des statuts d'une banque pour les Etats parmesans, fondée par une Société anonyme. La durée en était fixée à vingt ans, et elle avait le privilége d'émettre des billets de banque qui seraient reçus comme numéraire effectif par les caisses publiques. Décidé aussi que la valeur totale des billets émis ne pourrait excéder 50 % du montant des actions, dont moitié serait versée en punéraire dans les caisses de la Banque,

Le 2 septembre, autre décret qui fixe à 84 centimes de livre de Parme, la valeur légale d'une monnaie autrichienne, le zvanziche, ou pièce de 20 carenoni. Cette décision faisait cesser une cause d'embarras pour le commerce.

Le 22 février précédent, le Gouvernement avait augmenté de 50,000 livres la dotation de l'amortissement de la dette publique de 1827. 1888

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Ensemble de la dette générale, 13,300,000 fr.
Le budget, pour 1858, présentait les chiffres suivants :

Recettes ordinaires . . . . 8,702,000 fr.
Recettes extraordinaires. . . 1,004,000
Ensemble. ... ... 9,706,000 fr.
Dépenses ordinaires.... 8,585,000 fr.
Dépenses extraordinaires . 1,121,000
Somme égale...... 9,706,000 fr.

MODÈNE.

La politique à outrance adoptée par le duc François V était loin de s'adoucir: le 20 mars un décret interdisait aux Modenais d'envoyer leurs enfants s'instruire au dehors à moins d'autorisation expresse et préalable, et après accomplissement de certaines conditions, celle, par exemple, de faire connaître la nature de l'institution d'éducation où l'on comptait les envoyer. Une sanction pénale des plus rigoureuses atteignait les contrevenants : les enfants seraient exclus quelque jour des fonctions publiques, et les parents, outre une grosse amende à payer, seraient déchus de leur droit de tutelle ou de curatelie. L'esprit de ce décret ou sa raison d'être se trouvait dans la médiocre position faite dans le Duché aux membres du corps enseignant; il en résultait que peu de gens d'une certaine valeur se vouaient à l'instruction, et que, par suite, il fallait chercher au dehors des moyens de culture pour la jeunesse, et c'est précisément ce que le décret avait pour objet de prévenir.

Cependant, la mesure rigoureuse qui avait atteint Carrare au mois de septembre de l'année précédente (voyez Annuaire), et qui avait eu pour résultat cinq condamnations capitales, puis une centaine de condamnations aux galères, enfin trois cents autres entrainant la prison, cette mesure fut enfin rapportée (31 juillet).

Le motif de la levée de l'état de siége était tiré de ce que les auteurs principaux des crimes qui avaient ensanglanté le territoire de Carrare avaient été découverts et punis, et que le but

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