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de l'expédition entreprise en Cochinchine de concert avec la France. Voilà pour la politique extérieure; quant à la politique intérieure, elle avait donné lieu à d'amères observations de la part du marquis de Molins et de M. Calonge. On marchait au chaos, disaient ces honorables Sénateurs. — Eh quoi! répondait (16 décembre) le Président du Conseil, on vient faire de telles prophéties au ministère qui a levé l'état de siége dans tout le pays. — Mais le ministère est sans politique ? Réponse du comte de Lucena : « Nous avons annoncé une loi sur la presse. » Puis, citant les attaques dont il avait été l'objet de la part d'un journal modéré, la Espana, qui, après l'avoir comparé à Cromwell, à César, lui prédisait qu'il mourrait sur le gibet, et que ses os seraient jetés à la rivière, le Président du Conseil demandait à M. de Molins si, lui ministre, il eût jamais souffert de semblables attaques. Et il ajoutait : « Une des choses qui m'a coûté à faire, c'a été de consentir à user du droit que la loi donne contre les journaux. Pourquoi? c'est que ces attaques violentes et passionnées font moins de tort en réalité au Cabinet qu'à l'opposition elle-même qu'elles déshonorent. » Passant à l'examen de la politique extérieure du ministère que l'on jugeait a incolore, » le maréchal O'Donnell se défendait aisément de ce reproche, en déclarant, quant au Mexique, que si un accord n'é. tait pas possible, on irait y planter le drapeau de Castille pour venger l'honneur espagnol outragé. « Etait-ce parler d'une manière incolore? »

S'agissait-il du Maroc ? le Président du Conseil déclarait que s'il ne complétait pas la satisfaction qu'il était en train de donner, on porterait la guerre dans ses Etats. « Etait-ce parler d'une manière incolore? » Enfin, en ce qui concernait la question romaine, « nous avons dit ce que nous pouvions dire en rendant un respectable hommage au chef visible de l'Eglise, et en nous retranchant dans une prudente réserve dont l'opposition ne nous fera pas sortir, quoi qu'elle fasse, jusqu'à l'issue de la négociation qui va commencer. » Ainsi parlait avec autorité le chef du Cabinet. Il couronna cette habile apologie par un retour à la politique intérieure : « Il y a bien des années

que le budget n'avait été présenté au Congrès le lendemain même du jour de la constitution. Eh bien, nous nous empressons de vous présenter un budget en équilibre et établi avec sincérité. Notre intention, dit enfin le maréchal, est de satisfaire à toutes les nécessités du pays. Et c'est en face d'un tel programme que l'on nous reproche de n'avoir pas une politique nettement définie! Nous n'avons pas fait autre chose qu'arborer un drapeau à l'abri duquel puissent venir se grouper tous les bons patriotes. Nous ne voulons pas que l'on vienne nous dire : « J'ai été modéré, j'ai été progressiste. » Les partis une fois dissous, nous ne demandons pas à un homme d'où il vient, parce que nous vouJons lui éviter la honte de reconnaître et confesser les misères de l'esprit de parti. ,

On ne pouvait pas être plus éloquent. Heureux le chef du Cabinet, si les actes allaient répondre à cette éloquence,

Dans le budget présenté aux Cortès, ainsi que venait de le rappeler le comte de Lucena, les dépenses ordinaires pour 1859 étaient fixées à 1,794,731,800 réaux, et les dépenses également ordinaires à égale somme. La dette flottante ne devait pas excéder, pendant le même exercice, la somme de 640 millions de réaux, maximum aujourd'hui établi.

Aux termes d'un projet soumis aux Cortès, le Gouvernement se proposait de créer une quantité suffisante d'obligations de l'Etat au porteur, afin de payer aux entreprises concessionnaires de chemins de fer le montant des subventions, conformément aux lois respectives de concession. On évaluait à deux millions le capital de ce budget extraordinaire des travaux publics.

D'après le dernier relevé de situation, la Banque avait au 13 novembre, un actif de 491,819,102 réaux, dont 71,331 en caisse, 14,033,047 dans les succursales, 10,986,210 entre les mains des commissaires ; 348,914,655 en portefeuille, et en effets publics, 33,315,218. — Passif égal à l'actif. L'année finit en quelque sorte (20 décembre) avec un décret qui intéressait encore l'économie du pays. Il s'agit de la colonisation des lles de Fernando-Po, Annabon, Corrico et dépendances. On

enverrait dans ces parages les forces et navires de guerre au gouverneur qui y représenterait la métropole. Seraient allouées 25,000 piastres pour pourvoir au développement des ressources du pays, et 6,000 à la mission de la Compagnie de Jésus. Enfin, on concéderait aux particuliers qui le demanderaient des terrains qu'ils seraient tenus de défricher et de cultiver.

CHAPITRE XII.

PORTUGAL.

Le ministère Loulé offre sa démission, par suite d'un vote de blame au

sujet du ministre de la justice. — Le Roi fait d'inutiles efforts pour composer un nouveau Cabinet. M. de Loulé reste au pouvoir. -Mariage du Roi. Fêtes à cette occasion, — Réouverture de la session. Discours du Trône. — Affaire du Charles-Georges. Détails à ce sujet. Condamnation du capitaine Rouxel et maintien de la capture du navire. Pourquoi ? Appel du capitaine devant la Cour supérieure de Lisbonne. Réclamations du Gouvernement français. Sur quoi elles sont fondées, Il demande la mise en liberté du capitaine du Charles-Georges et la restitution du navire. - Offre par le Cabinet de Lisbonne de s'en rapporter à la médiation d'une puissance amie. Refus de la France; elle consent seulement à faire régler la question d'indemnité par une puissance tierce. — Le Gouvernement insiste, mais en vain. Il s'exécute, mais n'accepte pas la médiation au sujet de l'indemnité. - Réouverture des Chambres. Elles approuvent le Gouvernement.

L'adjonction de M. d'Avila au Cabinet (voir Annuaire, 1857) avait un instant fait douter de sa durée. Devant l'opposition qui s'annonçait M. de Loulé alla jusqu'à offrir sa démission au Roi. Cette résolution lui avait surtout été inspirée par l'adoption par la Chambre des députés à la majorité de 52 voix contre 46 d'une motion peu favorable aux actes d'un autre membre du Cabinet, M. Reveiro, ministre de la justice. Le Roi, ayant accepté la démission du Président du Conseil, avait essayé, mais en vain, de trouver les éléments d'un nouveau Cabinet. Le duc de Terceire devait aller chercher la jeune Reine; le vicomte de Castro déclinait l'honneur de reformer l'administration; enfin, M. Aguiair présentait au choix du Roi une liste de noms qui ne lui convenait pas. Dans ces circonstances, M. de Loulé ne pouvait plus que céder à la prière de son Souverain, et continuer de rester à la direction des affaires. C'est ce qu'il annonça aux Chambres.

Un événement considérable, le mariage du Roi avec la prin

cesse de Hohenzollern-Sigmaringen, annoncé aux Chambres, qui avaient approuvé les conventions matrimoniales, fit trêve quelques jours aux préoccupations de la politique proprement dite. Il fut célébré à Berlin le 29 avril ; le duc de Terceira, chargé de ramener en Portugal la princesse, représentait Dom Pedro à cette solennité. Le 17 mai, la reine Stéphanie entrait dans les eaux du Tage, sur la corvette portugaise Bartholomeo Diaz. Le Roi vint diner à bord avec sa jeune épouse. - Le 18, débarquement; adresse du corps municipal et bénédiction du cortége royal à l'église San-Domingo; enfin entrée au palais des Necessidades. Les fêtes durèrent cinq jours, au bout desquels les royaux époux se retirèrent au palais de Centra.

Les affaires courantes furent bientôt reprises; le 8 juin une session nouvelle s'ouvrait par un discours du Roi. Il y était dit que le Gouvernement se proposait d'imprimer une impulsion nouvelle aux travaux publics; que l'établissement de la télégraphic électrique avait été poursuivi dans plusieurs districts; que l'on avait livré à la circulation publique la section du chemin de fer entre Virtudes et le pont de Santa-Anna; enfin qu'une nouvelle section allait être ouverte jusqu'au pont d'Asseca. Annonce d'un traité ayant pour objet la construction du chemin de fer du Nord. Enfin, on circulerait prochainement sur la voie de Barreiro à Vendas-Novas.

On avait ratifié aussi le contrat pour la navigation à vapeur entre le continent du royaume, les iles Açores et les ports de l'Afrique occidentale. Le Roi terminait ce discours en annonçant que son Gouvernement présenterait aux Cortès les projets qu'exigerait l'amélioration de la distribution et du recouvrement des impôts.

Il semblait que le reste de l'année dût s'écouler sans trop de secousses, quand un événement bien imprévu menaça de rompre les bonnes relations qui existaient entre le Gouvernement de Lisbonne et une grande puissance, l’Empire français.

Voici dans quelles circonstances : le 29 novembre un navire français, Charles-Georges, mouillé près de l'ile de Quitangonha, dans la baie de Conducia, et portant 110 noirs, fut capturé dans le canal Mozambique. Il était commandé par le capitaine

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