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plus que l'Union américaine. Ces deux dernières puissances traitèrent séparément par des motifs qu'il est aisé de concevoir; toutefois, ainsi que l'on devait s'y attendre, bien des atermoiements, bien des échappatoires furent opposés aux puissances occidentales, du moins à la France et à la Grande-Bretagne. Déjà lors de la signature du traité, l'un des commissaires chinois, KweiLiang, avait feint, pour n'avoir pas à la signer, de ne pas voir Ja feuille séparée sur laquelle était écrite la stipulation relative à l'indemnité à payer par l'Empereur. Le traité fut, il est vrai, ratifié par la cour de Pékin, mais déjà l'un des négociateurs, adjoint aux commissaires, Keying, qui avait contribué au traité de 1842 et trompé alors sir Henry Pottinger, s'en était retourné à Pékin pour y empêcher l'exécution de la convention du mois de juin. Mallui en prit: sa conduite fut interprétée défavorablement, des princes du sang royal écrivirent contre lui un mémoire à la suite duquel il fut condamnéà la décollation, pour avoir prématurément abandonné son poste. Mais l'empereur Hien-Fung regret. tant de laisser exposée sur les marchés de la capitale, la téte d'un personnage jadis revêtu de hautes fonctions, et n'écoutant que sa miséricorde, enjoignit à deux fonctionnaires d'aller inviter Keying à se donner lui-même la mort. Probablement que ce malheureux songeait à faire éluder certaines dispositions du traité, celles, entre autres, qui en effet demeurèrent quelque temps en suspens, l'une relative à la résidence à poste fixe à la Cour du Céleste-Empire d'un envoyé de la Grande-Bretagne, l'autre relative à la liberté de voyager en Chine dans un but de commerce ou d'agrément. D'autre part, le séjour de Canton était loin d'être sans danger pour les Anglais. Le traité n'y étant pas encore connu, le gouverneur Houang laissait les Européens ex. posés aux attaques des Braves comme ils se qualifiaient, quand il ne les excitait pas. Les choses étaient en cet état à l'époque où les ambassadeurs s'étaient rendus à Shang-Hai où lord Elgin comptait régler avec les plénipotentiaires chinois certaines questions relatives au tarif des douanes. Comme les mandataires de la Cour de Pékin ne se hátaient point d'y venir, le ministre de la Grande-Bretagne profita de cet intervalle pour se rendre en même temps que l'amiral Seymour au Japon, où il réussit égale

ment à conclure un traité. Le prétexte de cette lointaine excursion était le présent d'un yacht que l'Amirauté faisait à l'Empereur. Mais autant valait, dit le Times, offrir une paire de lunettes à un aveugle, puisque la loi fondamentale de l'Empire interdit au souverain de franchir jamais les portes extérieures de son palais. Le présent, d'ailleurs assez bizarre, ne put donc arriver à destination. Lord Seymour chargé de cette mission s'en revint vers Canton, tandis que lord Elgin poussa jusqu'à Nangasaki (3 août). Un navire américain, le Powhattan, ayant répandu la nouvelle de la victoire de Peï-Ho, la cour de Jeddo fut consternée. Une révolution ministérielle, comme on dirait en Europe, en fut la suite; le prince Boringo hostile à l'étranger fut destitué et fit place au prince Bitsu, moins exclusif. Il en résulta que le consul américain, M. Harris, admis à une audience de l'Empereur, obtint-l'ouverture de plusieurs ports et l'établissement de tarifs commerciaux réglés à l'amirauté. Mais à peine ces avantages avaient-ils été obtenus que tout s'embrouillait à la cour de Jeddo. Bitsu tombait du pouvoir sous les coups d'une cabale réactionnaire, et Boringo reprenait les affaires. Mal en eût pris aux étrangers, si l'apparition des frégates anglaises, Furious et Retribution, dans l'enceinte même de la capitale, n'eût répandu la panique dans le camp des rétrogrades. Lord Elgin descendit à terre en grande pompe et s'installa dans un temple superbe. Il visita autant que le temps le lui permit cette ville populeuse (2 millions environ d'habitants) et ses cent milles carrés d'habibitations ; mais il n'oublia pas pour cela de négocier quatorze jours durant; de là le traité. Ainsi le Japon, à son tour, était entrainé dans l'orbite des nations occidentales. Les dispositions du traité rappelaient celles de la convention avec la Chine. On admettrait des ambassadeurs et des consuls ; l'intérieur du pays serait accessible aux voyageurs ; les ports Kakodadi, Kanagassa, Nangasaki, seraient ouverts au commerce à partir de juillet 1859 ; un autre port, Neegata, serait soumis au même régime en 1860; enfin celui d'Higo, en janvier 1863; liberté du culte religieux; permission de séjourner à Jeddo à partir de janvier 1862, et à Osaka, å dater de janvier 1863 ; faculté d'importer les meubles. Il serait perçu un droit de 5 p. 0/0 sur les

machines, les articles de coton, de laine, les vivres, la soie, le charbon, le plomb; droit de 35 p. 0/0 sur les spiritueux; enfin, de 20 p. 0/0 sur tout autre article. Le soir même du traité (26 août), l'habile négociateur, lord Elgin, retournait à ShangHai. Ici encore, au moment où la Grande-Bretagne avait un notable succès diplomatique, la France, sa puissante et victorieuse alliée en Chine, venait stipuler (octobre), dans la personne de son représentant le baron Gros, les avantages qu'elle demandait pour son commerce et ses nationaux. Arrivé dans la capitale du Japon, il s'en retournait le 12 octobre, porteur d'une convention analogue à celle que l'Empereur venait de signer avec le plénipotentiaire anglais. Les deux diplomates devaient se rencontrer encore en Chine. De retour à Shang-Hai, lord Elgin fut désagréablement surpris en apprenant que les commissaires chinois se faisaient encore attendre. C'est que l'on voulait revenir sur certaines dispositions du dernier traité. — Enfin ils arrivèrent (4 octobre). — Plaintes et sévères correspondances de la part de lord Elgin ; réponse sur le ton le plus condescendant de la part des commissaires. Finalement, le plénipotentiaire anglais comprit que ce qui gênait le Céleste-Empire, c'était la faculté accordée à la souveraine de la Grande-Bretagne, d'envoyer immédiatement résider à Pékin un agent anglais. Après bien des pourparlers, lord Elgin accorda ce point, que si l'ambassadeur de sa nation, chargé de la ratification du traité, était bien reçu à la Cour de l'Empereur, la Reine n'en verrait un résident permanent qu'au cas échéant et s'il y avait nécessité. Après cette utile et opportune transaction, l'æuvre de lord Elgin était accomplie. Ajoutons qu'il avait obtenu deux autres mesures : l'une la révocation de l'inique et malveillant gouverneur de Canton, Houang; l'autre, la réduction d'un tarif douanier équitable et arrêté entre les commissaires et les agents in vestis de sa confiance, M. Oliphant, son secrétaire, M. Wade et M. Lay.

Le chef du Cabinet anglais ne fut que juste quand, dans un de ces discours extra-parlementaires qui sont en usage dans la Grande-Bretagne, il reconnut les services rendus dans l'extrême Orient par l'habile et ferme négociateur, qui venait d'ouvrir au

commerce de son pays de nouveaux, et pour l'avenir, de vastes débouchés.

Le Parlement fut saisi (juillet) d'une autre question qui se rapportait aux lointaines relations de la marine britannique. Il s'agissait de la Compagnie de la baie d'Hudson , possesseur, en vertu d'une charte et jusqu'en 1859, du privilége de commercer sur tout le territoire situé à l'ouest des Montagnes-Rocheuses. Elle avait obtenu en outre (1849), à la condition de coloniser et de fournir toutes facilités aux émigrants, la concession de l'ile Vancouver. Mais, au rapport d'une commission d'enquête du Parlement (1857), ces conditions n'auraient pas été exactement remplies, la Compagnie s'occupant avant tout de faire fructifier son commerce de fourrures avec les Indiens. Elle se serait surtout montrée exigeante pour les colons. De là des plaintes et la demande adressée à lord Derby, de faire cesser le monopole, de reprendre en outre à la Compagnie tout le pays situé entre la mer et les Montagnes-Rocheuses. De son côté, le Canada, également intéressé dans la question, revendiquait les terres situées à l'est.-- Le 8 juillet, annonce, par le ministre des Colonies, de la reprise pour 1859, par le gouvernement, de l'ile de Vancouver; en même temps, présentation d'un bill institutif en colonie spéciale, sous le nom de Nouvelle-Calédonie, de toute la contrée s'étendant entre l'Océan Pacifique et les Montagnes-Rocheuses. Un incident, la découverte de gisements aurifères dans ces parages (1856), faisant pressentir l'arrivée de nombreux émigrants à la recherche d'une nouvelle Californie, avait fait songer aussitôt à la nécessité de les administrer. Cette considération était de nature à toucher le Parlement, et le bill fut adopté. Le 20 juillet, autre incident, parlementaire celui-là : M. Roebuck demanda la cessation du privilége de la Compagnie de la baie d'Hudson. Nonobstant des griefs reconnus, le ministère plaida la cause de la Compagnie, en se fondant sur des raisons assez plausibles. Elle avait su maintenir les sauvages, défendre les civilisés ou blancs contre eux. Toutefois, il annonça la présentation pour 1859 d'un règlement d'ensemble destiné à donner satisfaction à tels intérêts, qui pouvaient avoir sérieuseinent à

souffrir du privilége de la Compagnie. Sur cette assurance, M. Roebuck retira sa motion.

Après ces graves questions, d'autres également importantes, mais d'une nature moins pressante, se présentèrent durant l'année parlementaire. On chicapait, par exemple, la GrandeBretagne sur ses prétentions à la possession de l'ile de Périm, Voici dans quelles circonstances ces prétentions se produisirent. Le 14 février 1857, un détachement de soldats anglais était vepu s'emparer de l'ile actuellement litigieuse, et qui appartenait à la Turquie depuis un temps immémorial. Périm, située à l'entrée de la mer Rouge, forme deux passes, dont l'une, semée d'écueils, est impraticable; l'autre, celle de l'est, la seule que puissent aborder les navires, et ayant environ 2,000 mètres de largeur, a tenté les Anglais, qui ont résolu d'y construire un fort. Or, au moment où l'on projetait, comme on le fait encore, le percement de l'isthme de Suez, tout le monde a pu voir dans cette prise de possession une prise simultanée de garantie et de sûreté par le gouvernement de Londres contre la réalisation de cette éventualité. Toutefois, c'était peut-être aller loin que de voir dans la construction d'un fort sur un ilot de la mer Rouge un nouveau Gibraltar. Interpellé au sujet des titres que l'Angleterre pouvait faire valoir pour justifier cet acte d'investiture sans façon d'une propriété fort contestable, un membre du Cabinet antérieur à celui dont lord Derby était le chef, M. Vernon Smith, répondit que le droit à la propriété au profit de la GrandeBretagne remontait à quelque soixante ans : voici à quelle occasion. C'était lors de l'expédition française en Egypte. La Turquie, alliée du Cabinet anglais, avait permis à celui-ci de faire occuper Périm pour fermer, dans un but commun aux deux gouvernements, tout accès dans la mer Rouge, et conséquemment tout moyen d'en sortir. Après le danger, en 1802, retraite · des Anglais, de Périm ; mais cette occupation autorisée, servit

aux occupants de titre à la revendication d'un droit contre lequel protestait la Porte-Ottomane, à telles enseignes qu'elle déclarait refuser son consentement au percement de l'isthme tant que les Anglais resteraient à Périm. L'opposition du

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