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mains du gouvernement de la part de la légation française n'avait eu lieu que sous certaines conditions ayant pour objet de sauvegarder le droit d'asile. En vertu d'un protocole signé le 26 mars entre les membres du corps diplomatique et le ministre des affaires étrangères du Gouvernement provisoire, M. Urrutia, il avait été entendu que M. Monagas consentirait par écrit à se mettre à la disposition du Pouvoir; qu'il prendrait l'engagement de ne rien entreprendre contre lui. Moyennant quoi il serait déposé dans une maison de la ville, pour recevoir ensuite, après un délai donné, un passe-port pour l'étranger. Cet arrangement mécontenta les vainqueurs, ou plutôt la multitude toujours violente aux vaincus. Le ministre négociateur du protocole se démit de ses fonctions. Mais le Gouvernement provisoire eut le tort d'oublier que cette convention le liait lui-même. Il fit entendre que Monagas devait être mis en jugement. Il fallut que, le chargé d'affaires de France prit la cause en main, saps succès d'abord ; que l'amiral Gueydon parût avec ses navires de la station des Antilles, mais encore sans résultat, quoique, en cette circonstance, les vaisseaux anglais eussent appuyé cette démonstration ; enfin, mesure extrême, que le blocus fût mis (aoút) devant Porto Cabello et la Gueyra. Le Gouvernement provisoire voyant les choses arrivées à ce point, prit son parti comme il convenait, et comme il eût mieux fait de s'y résigner d'abord, en consentant à l'exécution du protocole arrêté le 26 mars entre les membres du Corps diplomatique. Cependant la Convention appelée à poser les bases définitives du Pouvoir s'était réunie à Caracas, et, le 31 décembre, elle avait fait une Constitution.

NOUVELLE-GRENADE.

La session législative s'ouvrit à Bogota. Le 1er février, le président Ospina s'applaudissait dans son discours de ce que la Providence avait préservé le pays de l'anarchie où les derniers troubles menaçaient de le plonger. On a vu (Ann. 1857) que ce qui avait triomphé en définitive, c'était le fédéralisme, avec lequel la Constitution générale était en désaccord. En effet, le

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22 mai, une constitution pouvelle sortait des délibérations du Congrès. Le pays y était divisé en huit Etats; ce qui déjà existait en fait. Seulement, la Confédération s'attribuait certains droits et services ou avantages généraux : les mines, les terres vagues; les droits sur le chemin de fer de Panama. La dette extérieure et intérieure restait à sa charge. Elle ferait la paix et la guerre, traiterait avec l'étranger, aurait à fixer la législation, enfin veillerait au crédit public. Il y aurait un président et deux chambres qui seraient le produit du vote direct. Ce qu'il y avait de plus pressé après cette réorganisation constitutionnelle, c'était de pourvoir aux finances fort obérées : une dette de 40 millions de piastres environ ; la législature le comprit. Le 26 juin elle autorisa le Pouvoir exécutif à un nouveau règlement de la dette, et vota une loi institutive d'un droit de timbre, Enfin, il y avait les difficultés encore pendantes avec les États. Unis (V. ci-dessus).

CHILI.

Vivement attaqué par la coalition des conservateurs et des libéraux, le président Montt parvint cependant à en triompher, et dans son message d'ouverture des chambres (1er juin), il put constater que tout s'était terminé pour le mieux durant la lutte électorale qui venait d'avoir lieu (mars) pour le renouvellement du Congrès. En effet, elle avait tourné tout à l'avantage du pouvoir présidentiel. Quant à la situation matérielle et financière, M. Montt la jugeait fort satisfaisante : au surplus, un plénipotentiaire se rendait en Europe pour y négocier un emprunt de 7 millions de piastres jugé nécessaire pour la construction d'une voie ferrée de Santiago à Valparaiso. On ouvrirait aussi une ligne télégraphique. Le Président rappelait que la République s'était ressentie de la dernière crise commerciale et financière.

ETATS DE LA PLATA.

République orientale, Confédération Argentine et BuenosAyres. — A Montevideo les élections de décembre 1857 avaient

été favorables au Gouvernement, qui avait été secondé par Oribe presque au moment où il atteignait la fin de sa carrière. Vers la même époque (28 novembre), un traité se concluait entre la République Argentine et le Brésil représenté par M. Paranhos. A Buenos-Ayres, une attaque des Indiens dans le centre était imminente. Mais voici que sur un autre point, l'Uruguay, éclatait (janvier) un soulèvement à la tête duquel se trouvait le colonel Brigido Silveira du département de Minas; avec trois cents hommes, il se porta sur Cerrito dans la banlieue de Montevideo qu'il se disposait à assiéger. Panique dans la ville: le Gouvernement fait appel aux marines étrangères, et les forces navales de France, d'Angleterre, des Etats-Unis d'accourir. Autre mesure de salut public: la suppression des journaux de l'opposition. Cependant, si la ville s'alarmait, le président Pereira gardait son calme et déployait de la fermeté. Mais à Silveira vint se joindre, avec un renfort venu de Buenos-Ayres, le général César Diaz qui ne fit que se montrer, et capitula sur le Rio-Negro entre les mains du général Medina. L'insurrection était vaincue! Par ordre du président Pereira, Diaz, Freire Caballero et Tajos furent passés par les arines. Nombre de soldats eurent le même sort. Loin de contrarier ces vengeances, la législature adopta une motion qui qualifiait le Président de grand citoyen ayant bien mérité de la patrie. On proposait aussi une récompense de 20,000 piastres pour le vainqueur. Mais les titres se trouvent plus aisément que l'argent. Cette seconde motion eut donc quelque peine à passer. Le 11 février, Montevideo cessa d'être en état de siége et la constitution fut remise en vigueur. Dans ce dénoûment, la République devait bien aussi quelque gratitude au Brésil, dont le Gouvernement avait fait marcher aussitôt 2000 hommes à son secours, ce qui n'avait pas peu contribué à démoraliser les insurgés. Tandis que Montevideo se remettait insensiblement de cette a alarme si chaude, o le président Urquiza sommait de nouveau Buenos-Ayres de rentrer dans le sein de la Confédération Argentine; à quoi il était répondu par le refus le plus accentué. De son côté, Urquiza comptait sur le concours du Brésil pour arriver à ses fins. Le gouvernement de Buenos-Ayres ne se contentait pas d'opposer aux insistances argentines un refus persistant, il tenait aussi à le motiver. C'est ce que fit le président Alsina dans une déclaration portant entre autres arguments, que la Constitution actuelle de la République Argentine mettait un insurmontable obstacle à la rentrée de BuenosAyres dans la confédération, en ce qu'elle ne donnait pas à cette province l'importance à laquelle elle avait droit.

BRÉSIL.

Cet empire avait peu souffert de la crise financière qui avait sévi en Amérique et en Europe. Ses finances prospéraient : il avaitau commencement de l'année en dépôt à la banque, dix-huit millions productifs d'un intérêt de 5 p. 100; en outre, l'agence financière du Brésil à Londres avait à sa disposition vingt millions destinés à payer les dépenses des légations et le prix de dix canonnières à vapeur achetées en France et en Angleterre. La colonisation était toujours une des préoccupations du Gouvernement. Par l'intermédiaire du consul brésilien à Bruxelles, un traité fut conclu à l'effet de fonder une colonie agricole que dirigeraient les trappistes. Ils s'établiraient d'abord dans les provinces de Pernambuco et de Saint-Paul. La presse avait moins de bonheur dans l'empire; cette fois l'obstacle ne venait point du Pouvoir. Le 9 janvier, trois journaux d'ailleurs bien entendus, bien rédigés, ne parurent point. Quelle pouvait être la cause de cette interruption ? On se perdait en conjectures, quand on apprit que les compositeurs ne se trouvant pas assez payés s'étaient mis en grêve. Le ministère vint en aide à ces organes de la presse de Rio, en mettant à leur disposition les compositeurs de la typographie impériale. Cependant, il ne parait pas que la position des compositeurs brésiliens soit bien pénible, leur salaire quotidien s'élevant en moyenne à 12 fr. tandis que les dépenses sont à peu près les mêmes qu'à Paris.

Le 3 mai, l'Empereur ouvrit la session du Parlement. Il annonçait dans son discours la conclusion de deux traités avec la Confédération Orientale d'abord, et avec la Confédération Argentine ensuite; puis la solution des difficultés avec le Paraguay au moyen également d'une convention qui sauvegardait l'intérêt et la

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dignité des denx pays. Enfin, en vertu d'un dernier traité conclu à Londres le 5 février, des relations nouvelles allaient s'établir entre l'Empire et la Turquie. Le projet d'adresse en réponse à ce discours donna lieu à de longs débats. La commission des deux chambres n'était pas favorable à la politique du Cabinet d'Olinda, mais en définitive le parlement se prononça pour elle. Des documents ou rapports ministériels distribués aux chambres suivant l'usage, il résultait que le Gouvernement était en pourparlers avec la Grande-Bretagne pour obtenir la révocation du bill de 1845 autorisant les croiseurs anglais à visiter les navires suspects de traite, même dans les eaux de l'Empire. Il y'avait aussi entre la France et le Brésil une question ancienne et pendante au sujet de la délimitation de la Guyane. Il s'agissait de déterminer le point où commencent les possessions françaises. Aux yeux du Brésil c'est la rivière de l'Oyapock; pour la France c'est une autre rivière, l'Aragary. Les conférences ouvertes à ce sujet à Paris en 1857, entre M. His de Buten val et le vicomte de l'Uruguay, n'avaient encore avancé la question qu'au point de vue historique. Autre difficulté à l'état de discussion entre les deux pays, et relative aux successions des Français décédés au Brésil. La France se plaignait des règlements établis à cet égard par le Gouvernement de Rio-Janeiro.

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