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sent que

Manichée, un Arius, comme en ont les hérésies ? Que si l'on nous donne le nom de quelqu'un ( si l'on dit voilà l'Eglise , voilà le troupeau , ou le diocèse, comme nous parlons, de Jean, d'Athanase, de Basile), on ne les nomme pas comme les auteurs d'une secte , mais comme ceux qui sont préposés à notre conduite et qui gouvernent l'Eglise : nous n'avons point de docteur sur la terre; mais nous n'en avons qu'un seul dans le ciel. Puis revenant aux sectes dont il s'agissoit : ils en disent autant, poursuit-il, ils di

leur maître est dans le ciel ; mais leur nom, le nom de la secte vient les convaincre et leur fermer la bouche. Voilà donc le dernier coup par lequel saint Chrysostôme ferme la bouche à toutes les scetes séparées : leur nom, leur séparation et le mépris qu'ils ont fait de l'autorité de l'Eglise, ne leur laissent aucune défense.

Notre critique a rapporté confusément quelque chose de ces paroles de saint Chrysostôme, asin qu'on ne lui pût pas reprocher de les avoir entièrement supprimées; mais il n'a pas voulu avouer que c'étoit là manifestement parler de l'Eglise , et renvoyer à l'Eglise : il a même éclipsé le mot d'EGLISE, qui étoit si expressément dans son auteur; et en disant que saint Chrysostôme a recours à quelques marques extérieures qui servent à discerner les sectaires d'avec les orthodoxes (1), il supprime encore ce que ce Père a dit de plus fort, qui est, non pas que ces marques servent à discerner les sectaires, paroles foibles et ambiguës; mais ce qui ne laisse aucune réplique, que c'est ce qui convainc et ce qui

(1) P. 167.

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ferme la bouche, d'avoir un nom qui marque la séparation, où l'on voit dans son titre même qu'on a quitté l'Eglise, de laquelle nul ne se sépare sans être hérétique. Et quand notre critique décide que saint Chrysostome ne renvoie pas à l'Eglise , à cause que toutes les sectes prétendoient étre la véritable , il va directement contre l'esprit et les paroles de ce Père, qui pour ôter tout prétexte de donner aux hérésies le titre d'Eglise, les en fait voir excluses par le seul nom qu'elles portent, et par leur séparation, dont elles ne peuvent jamais effacer la tache.

Qu'on apprenne donc à connoître le génie de notre critique, qui dit des choses contraires, et parle quand il lui plaît pour les protestans, qu'il semble vouloir combattre en d'autres endroits, ou pour se faire louer de tous les partis, et mériter des protestans même la louange d'un homme savant et d'un homme libre, ou parce qu'en combattant manifestement en tant d'endroits l'autorité de l'Eglise , il se prépare des excuses dans les autres, ou il veut paroître parler aussi en sa faveur.

in

CHAPITRE XIX.

L'auteur fait mépriser à saint Augustin l'autorité des

conciles. Fausse traduction d'un passage de ce Père, et dessein manifeste de l'auteur, en détruisant la tradition et l'autorité de l'Eglise , de conduire insensiblement les esprits à l'indifférence de religion.

Il ne se déclare pas moins pour les protestans, lorsqu'en exposant la dispute de saint Augustin contre Maximin Arien, il fait parler ce Père en cette sorte : Je ne dois point maintenant me servir contre vous du concile de Nicée, comme d'un préjugé; aussi ne devez-vous pas vous servir de celui d'Arimini contre moi. Jusqu'ici il rapporte bien les paroles de saint Augustin; mais quand il lui fait dire dans la suite : Il n'y a rien qui nous oblige à les suivre, il falsifie ses paroles (1); car saint Augustin ne dit

pas : Il n'y a rien qui nous oblige à suivre (les conciles d'Arimini et de Nicée), ce qui marqueroit dans les deux partis, et dans saint Augustin comme dans Maximin, une indifférence pour l'autorité des conciles ; mais il dit à son adversaire, avec sa précision ordinaire (2) : Nous ne nous tenons soumis, ni vous au concile de Nicée, ni moi à celui d'Arimini ; ce qui montre que bien éloigné de tenir pour indifférente l'autorité du concile de Nicée , comme on veut le lui faire accroire par une traduction infidèle, il s'y soumet au contraire avec tout le respect qui lui fait dire en tant d'endroits, que ce qui étoit défini

par

le concile de toute l'Eglise, ne pouvoit plus être révoqué en doute par un chrétien; et si, parce qu'il ne pressoit pas son adversaire

par

l'autorité du concile de Nicée, on vouloit conclure qu'il n'en recevoit pas lui-même l'autorité, ou qu'il croyoit même que les ariens dans le fond n'y devoient pas être soumis ; on pourroit croire de même qu'il ne recevoit pas l'ancien Testament, ou qu'il ne croyoit pas que les manichéens s'y dussent soumettre, à cause qu'il ne pressoit pas ces hérétiques

(1) P. 284. - (2) Cont. Maxim. lib. 11. cap. xix. n. 3.

par l'autorité de ces livres qu'ils refusoient de reconnoitre (a).

On voit donc manifestement que notre critique n'a rien de certain dans ses maximes. Tantôt il veut qu'on renvoie, non à l'Eglise, mais à l'Ecriture comme plus claire : tantôt il renvoie de l'Ecriture à la tradition comme plus certaine : l'autorité des conciles n'est pas plus sacrée que les autres : tout tend à l'indifférence : il n'y a point d'autorité dans l'Eglise ni dans ses traditions : malgré la tradition, les opinions particulières de saint Augustin ont prévalu dans l'Occident : malgré la tradition , l'Eglise a changé la foi de l'absolue nécessité de l'eucharistie : en un mot, dans la pensée de notre critique, il n'y a rien de réel dans ces mots de tradition et d'autorité, et ce sont des termes dont il se sert, selon qu'il en a besoin, pour couvrir ses secrets desseins.

(a) Peu de temps après la célèbre conférence que M. de Meaux eut avec le ministre Claude, ce ministre objecta ce même passage de saint Augustin à mademoiselle de Duras, chez qui s'étoit tenue la conférence. L'objection fut communiquée à M. de Meaux, qui fit la réponse suivante, que nous insérons ici , pour ne rien perdre des ouvrages de ce grand homme.

Depuis notre conférence M. Claude a objecté à mademoiselle de Duras un passage de saint Augustin tiré du cinquième livre contre Maximin Arien, où il parle ainsi : Je ne dois point maintenant vous alléguer comme un préjugé le concile de Nicée, comme vous ne devez point m'nlléguer celui de Rimini : ni je ne reconnois l'autorité du concile de Rimini : ni vous ne reconnoissez celle du concile de Nicée ; servons-nous des autorités de l'Ecriture

ce

sainte, qui ne sont pas particulières à chacun de nous, mais qui sont reçues des uns et des autres; et faisons par moyen

combattre la chose avec la chose, la cause avec la cause, la raison avec la raison,

Il est aisé de voir que ces paroles ne font rien du tout à la question qui est entre les catholiques el messieurs les prétendus réformés.

Il s'agit entre eux de savoir s'il faut recevoir sans examiner les décrets de l'Eglise universelle faits dans les conciles généraux.

Or, il est clair que saint Augustin ne dit pas que les catholiques ne doivent pas recevoir sans examiner le décret du concile de Nicée ; mais que lui, saint Augustin , ne doit pas objecter l'autorité de ce concile à un arien qui n'en convient pas.

Le procédé de saint Augustin est tout semblable à celui d'un catholique qui, ayant à traiter du mystère de la grâce avec un protestant, lui diroit : Je ne dois pas ici agir contre vous par le concile de Trente, ni vous contre moi

par le synode de Dordrecht, parce que vous ne recevez pas l'un, comme je ne reçois pas l'autre. Traitons la chose par les Ecritures qui sont communes entre

nous.

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Personne ne dira que le catholique déroge par ce procédé à ce qu'il croit de l'autorité des conciles, ni de celui de Trente en particulier; et pour omettre en ce lieu ce que le protestant lui conteste, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il l'abandonne.

Mais, dira-t-on, saint Augustin croit-il qu'il faille s'en tenir sans examiner, à l'autorité de l'Eglise universelle ? Oui, sans doute; el trois faits incontestables le vont faire paroître.

1. Fait. Il dispute contre les pélagiens, et leur prouve le péché originel par le baptême des petits enfans; et voici comment il établit sa preuve. C'est une chose, dit

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