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dont nous avons vu tant d'endroits, et dont nous en verrons tant d'autres qui n'inspirent que du mépris pour l'antiquité.

CHAPITRE VII.

M. Simon vainement émerveillé des progrès de la secte

socinienne.

La manière dont il loue Fauste Socin est étrange. Il est surprenant, dit-il (1), qu'un homme qui n'avoit presqu'aucune érudition , et qu'une connoissance trèsmédiocre des langues et de la théologie , se soit fait un parti si considérable en si peu de temps. Sans doute ce sera ici une espèce de miracle pour notre critique. Socin est un grand génie, un homme extraordinaire ; peu s'en faut qu'on ne l'égale aux apôtres, qui sans secours et sans éloquence ont converti tout l'univers. M. Simon est étonné de ses progrès : il devoit dire au contraire qu'il auroit sujet de s'étonner que cette gangrène, que la doctrine de cet impie qui flatte les sens, qui ôte tous les mystères, qui sous prétexte de sévérité affoiblit par tant d'endroits la règle des mæurs, et qui en général lâche la bride à tous les mauvais désirs, en éteignant dans les consciences la crainte de l'implacable justice de Dieu , ne gagne pas plus promptement. Car après tout, où est ce progrès qui étonne M. Simon ? Dans ce parti si considérable, le peu qu'il y avoit de prétendues Eglises n'ont pu se soutenir : il n'y a plus de sociniens qui osent se déclarer, tant le nom en

(1 P.834

est odieux au reste des chrétiens. Ce sont des libertins, des hypocrites, qui boivent de ces eaux furtives dont parle le sage (1), que la nouveauté et une fausse liberté fait trouver plus agréables. Y a-t-il tant à s'étonner des progrès cachés d'une secte de cette sorte ? Ce que devoit remarquer M. Simon, est que si cette secte ne trouve point d'établissement, c'est qu'autant qu'elle est appuyée des sens, aussi manifestement elle est contraire à l'Evangile: c'est qu'elle dégénère visiblement en indifférence de religion, en déisme ou en athéisme ; de sorte que M. Simon auroit autant de raison de faire paroître son savoir, en indiquant les livres où l'on peut apprendre à être athée, que de se montrer curieux, en indiquant ceux où l'on peut apprendre à être socinien.

CHAPITRE VIII.

Vainc excuse de M. Simon, qui dit qu'il n'écrit que pour

les savans : quels sont les savans pour qui il écrit.

Mais il n'écrit, dit-il, que pour les savans qui en peuvent tirer quelqu'avantage. Pourquoi donc, puisqu'il y a parmi nous une langue des savans, ne parle-t-il pas plutôt en celle-là ? Pourquoi met-il tant d'impiétés, tant de blasphêmes entre les mains du vulgaire, et des femmes qu'il rend curieuses, disputeuses et promptes à émouvoir des questions, dont la résolution est au-dessus de leur portée. Car par les soins de M. Simon et de nos auteurs critiques,

(1) Prov. IX. 27.

qui mettent en toutes les mains indifféremment leurs recherches pleines de doutes et d'incertitudes sur les mystères de la foi, nous sommes arrivés à des temps semblables à ceux que déplore saint Grégoire de Nazianze (1), où tout le monde et les femmes même se mêlent de décider sur la religion, et tournent en raisonnement et en art la simplicité de la croyance. On a cette obligation à notre auteur et à ses semblables, qui réduisent l'incrédulité en méthode, et mettent encore en français cette espèce de libertinage,

afin
que

tout le monde devienne capable de cette science. Et pour ce qui est des savans, à qui le critique se vante de profiter, de quels savans veut-il parler ? Les véritables savans n'ont que

faire ni de Socin ni de Crellius, que pour apprendre leurs sentimens, lorsqu'il faut les réfuter. La critique de ces auteurs n'est pas si rare, leur méthode n'est

pas si nécessaire qu'on en puisse tirer un grand secours. Pour quels savans écrit donc M. Simon, si ce n'est pour ces esprits aussi foibles et aussi vains que curieux, qui ne trouvent rien de savant s'il n'est extraordinaire et nouveau. M. Simon a écrit pour satisfaire, ou plutôt pour irriter leur cupidité et l'insatiable démangeaison qu'ils ont de savoir ce qui n'est bon qu'à les perdre.

CHAPITRE IX.

Recommandation des interprétations du socinien Crellius.

C'est à quoi servent les louanges que notre auteur donne à Crellius. Elles sont d'abord précédées

(1) Orat. 33.

par celles dont Grotius, le premier des commentateurs ( dans l'idée de M. Simon (1)) relève cet unitaire, qui l'ont entraîné lui-même dans les explications sociniennes. Voilà déjà un grand avantage pour Crellius : dans la suite on n'entend parler M. Simon (2) que de la grande réputation, que du discernement, du bon choix, de l'attachement au sens littéral qu'on trouve dans cet auteur, qui est tout ensemble, grammairien, philosophe et théologien , et qui cependant n'est pas beaucoup élendu (3); c'est-à-dire, qu'on y trouve toul , et dans le fond et dans les manières , avec la brièveté, qui est le plus grand de tous les charmes dans des écrits qu'on représente si pleins. C'est tout ce qu'on pouvoit proposer d'attraits pour le faire lire; et pour disposer à le croire, qu'y avoit-il de plus engageant que de dire (4), non-seulement qu'il va presque toujours à son but par le chemin le plus court; mais encore que sans s'arrêter à examiner les diverses interprétations des autres commentateurs, il n'oublie rien pour établir les opinions de ceux de sa secte; ce qu'il fait, poursuit notre auteur, avec tant de subtilité, qu'aux endroits même il tombe dans l'erreur il semble ne dire rien de lui-même. Que prétendez-vous après cela, M Simon ? Vous avez frappé les infirmes d'un coup mortel : dites-leur tant qu'il vous plaira, que le socinianisme est nouveau, est mauvais, votre lecteur demeure frappé de l'idée que vous lui donnez des explications de cette secte. Ce qui en rebute, c'est la violence qu'elle fait partout à l'Ecriture et à l'idée universelle du christia

qu'il

(1) P. 802, 805.

(2) P.817, et seq. - (3) P. 816. - (6 P. 55

nisme ; mais vous levez cette horreur en faisant

paroître les interprétations de Crellius si naturelles, si concluantes, qu'on croit les voir sortir comme d'elles-mêmes de la simplicité du texte sacré; en sorte qu'on est porté à regarder l'auteur comme un homme qui ne dit rien de lui-même. Encore si vous releviez en quelques endroits les absurdités manifestes de ses explications, ce que vous en dites d'avantageux pourroit inspirer quelques précautions contre ses artifices ; mais en ne montrant que les avantages d'un auteur qui a séduit Grotius, on pousse dans ses lacets, non-seulement les esprits vulgaires, mais encore les savans curieux que la nouveauté tente toujours.

Je ne sinirois jamais, si je voulois raconter tous les tours malins de Crellius, soigneusement rapportés par M. Simón (1) pour éluder la divinité de Jésus-Christ, sa qualité de Fils de Dieu, et l'adoration qu'elle lui attire. Il devoit expliquer du moins ce qu'il trouvoit dans les Pères, pour montrer les caractères particuliers de cette adoration qui la distinguent de toutes les autres ; mais non, par les soins de M. Simon, nous apprendrons bien les difficultés et les détours; et cependant nous ignorerons les solides solutions des saints docteurs. C'est la critique à la mode, et la seule qui peut contenter les curieux.

(1) P. 847, et seq.

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