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les ariens, Marcel et Sabellius. Or est-il qu'on ne peut montrer dans cette homélie sur l'épître aux Hébreux, aucun endroit où ce Père fasse attaquer à saint Paul Sabellius, qui nioit en Dieu la distinction des personnes, que celui-ci , où il dit en effet qu'il y a deux personnes distinguées selon leur subsistance. Donc ce passage s'entend de Sabellius, et de deux personnes véritablement subsistantes. La démonstration est parfaite, et l'ignorance ou l'affectation de notre critique inévitable.

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CHAPITRE VI.

Qu'au commencement du passage de saint Chrysostome,

homelie iii aur Hébreux, les deux personnes s'entendent clairement du Père et du Fils, et non pas du seul Jésus-Christ : infidèle traduction de M. Simon.

Il dira qu'il y a encore un autre endroit dans la même homélie mi sur l'épitre aux Hébreux, où saint Chrysostôme met évidemment deux personnes en Jésus-Christ. Le voici : Saint Paul attaque les Juifs en leur faisant voir deux personnes , savoir, un Dieu et un homme ( en Jésus-Christ). C'est ainsi que traduit M. Simon; mais très-infidèlement. Ce savoir , qui détermine les mots deux personnes au seul Jésus-Christ, n'est pas du texte, il est de l'invention du traducteur, et voici de mot à mot le texte de saint Chrysostôme (1): Saint Paul confond les Juifs en leur montrant deux personnes et un Dieu et un homme. Les Juifs avoient deux erreurs; l'une,

(1) Hom. 111. in Ep. ad Hebr.

qu'en Dieu il n'y avoit pas plusieurs personnes, à savoir, le Père et le Fils : l'autre , qu'une de ces personnes, c'est-à-dire le Fils n'étoit pas Dieu et homme tout ensemble. Saint Chrysostôme, dont la preuve est fort serrée dans tout cet endroit, abat en deux mots cette double erreur des Juifs, en leur montrant qu'il y a en Dieu deux personnes, c'est-àdire, le Père et le Fils , et que parmi ces deux personnes il y en a une qui est Dieu et homme à la fois. La traduction est naturelle, conforme au dessein de l'auteur, et conforme à son expression dans la suite du même passage; car nous avons vu qu'à la fin il prend deux personnes pour deux véritables personnes subsistantes en elles-mêmes; c'est-à-dire, le Père et le Fils, contre Sabellius. Or, il n'aura pas pris le mot de personne en deux différentes signisications en six lignes et dans le même discours; je veux dire dans la même suite de raisonnemens. Ainsi, le ouò reporwex, la première fois est la même chose que δυό

la seconde, et partout ce sont deux personnes, savoir, le Père et le Fils, qu'il a fallu d'abord démontrer aux Juifs selon l'ordre que saint Chrysostôme s'étoit proposé, comme il le faut à la fin, selon le même ordre, démontrer à Sabellius. Par-là il est démontré que l'addition de M. Simon, qui détermine que les deux personnes regardent le seul Jésus-Christ, est une véritable fausseté, et tout le sens que cet auteur a donné à saint Chrysostôme une manifeste altération de son texte et de sa pensée.

πρόσωπα

CHAPITRE VII.

De deur leçons du texte de saint Chrysostome également

bonnes, M. Simon , sans raison, a préféré celle qui lui donnoit lieu d'accuser ce saint docteur.

Nous pouvons encore observer que de l'aveu de M. Simon, il y a deux leçons au commencement de ce passage de saint Chrysostôme ; la première est celle qu'on vient de voir. M. Simon demeure d'accord d'une autre leçon, qui n'auroit point de difficulté, et la voici. Saint Paul attaque les Juifs, en leur montrant que le même töv autóv ( c'est-à-dire, Jésus-Christ ) est deux choses, et Dieu et homme δυό τον αυτόν δεικνύς και θεον και άντρωπον. 1 est deux choses ensemble, puisqu'il est Dieu et qu'il est homme, au même sens que le même Père a dit ailleurs (1), qu'il en étoit trois : Pour nous , nous sommes seulement ame et corps; mais pour lui il est tout ensemble, Dieu, ame et corps. Voilà trois choses qu'il est ; mais de ces trois, il y en a deux,,- ame et corps , qui se réduisent à une, qui est d'être homme; ainsi en disant aux Juifs qu'il étoit deux choses , et Dieu .et homme , il leur avoit expliqué tout le mystère de l'Incarnation.

Il n'y a là aucune ombre de difficulté. On n'y parle point de personnes , il y est dit seulement que JésusChrist est deux choses, ce qui est certain , puisqu'il est Dieu et homme. Cette leçon se trouve dans l'édition de Paris de 1633, qui est de Morel, et selon

(1) Hom. vii. in Philip.

M. Simon même (1) dans celle de 1636. Ces éditions sont soutenues de leurs manuscrits; et si M. Simon avoit trouvé dans les manuscrits quelque chose de décisif contre la leçon qu'il a suivie, il ne l'auroit pas oublié. Avouons donc qu'il a chargé bien légèrement saint Chrysostôme de tenir le langage des hérétiques, et de parler en nestorien autant que Nestorius auroit pu faire lui-même (2); puisqu'au contraire de deux leçons également reçues, a une qui n'a pas même de difficulté, et l'autre, dont on abuse, bien entendue, en a si peu, que M. Simon n'en a pu rien tirer que par une manifeste falsification.

il y en

CHAPITRE VIII.

Quę si saint Chrysostome avoit parlé au sens que lui attra

bue M. Simon, ce passage auroit été relevé par les ennemis de ce Père, ou par les partisans de Nestorius, ce qui n'a jamais élé.

Ceux qui n'auront pas le temps ni peut-être assez de facilité de démêler ces critiques, peuvent convaincre M. Simon par un moyen plus facile d'avoir chargé mal à propos saint Chrysostôme. Pour cela, il faut supposer que le moindre respect qu'il doive à l'autorité et au savoir de M. l'archevêque de Paris, c'est de croire que la version qu'il a approuvée est aussi bonne que la sienne; mais de là, et sans supposer rien autre chose, il est clair qu'il falloit préférer celle qui étoit la plus favorable à un Père (1) P. 190.- (1) P. 189.

d'une

d'une aussi grande considération que saint Chrysostôme , et qui l'éloignoit le plus du langage et de la doctrine des nestoriens.

Et ce qui rend ce raisonnement invincible, c'est que ce Père ne fut jamais suspect de ce côté-là. Au contraire, le pape saint Célestin, dans la lettre qu'il écrivit au clergé et au peuple de Constantinople pour réprouver les nouveautés de Nestorius (1), reproche entre autres choses à cet hérésiarque, qu'il méprise la tradition de ses saints prédécesseurs, parmi lesquels il nomme saint Chrysostome comme un docteur irrépréhensible, dont la foi sur le mystère de l'incarnation étoit connue par toute la terre. En effet, saint Cyrille, qui étoit le défenseur de la vérité, avoit cité ce saint évêque parmi les Pères, qui par avance avoient condamné la doctrine de son successeur; et loin de lui faire parler le langage de Nestorius, il montre qu'il a parlé le langage le plus opposé qui fût possible. Je n'ai pas besoin de rapporter ce passage, on le peut voir à la source, et je ne veux pas perdre le temps à établir un fait constant.

Nestorius lui-même ne se vantoit pas d'avoir saint Chrysostome pour défenseur, ce qu'il auroit eu d'autant plus d'intérêt de persuader à toute l'Eglise, qu'on l'accusoit d'introduire dans la chaire de ce grand homme une nouvelle doctrine. Ses sectateurs savent bien nommer aussi Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, comme étant de leur sentiment; mais on ne leur a jamais entendu nommer saint Chrysostôme, pas même une seule fois.

On sait la persécution que ce grand homme a (1) Conc. Ephes. part. 1. C. XIX. BossUET. v.

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