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CHAPITRE VIII.

Que s'opposer à saint Augustin surla matière de la gráce,

comme fail M. Simon, c'est s'opposer à l'Eglise, et que le P. Garnier démontre bien cette vérité.

M. Simon est tombé dans ces égaremens, faute d'avoir considéré que s'attaquer sur cette matière à saint Augustin, c'est s'attaquer directement à l'Eglise même.

C'est ce qu'un savant jésuite de nos jours auroit appris à M. Simon, s'il avoit voulu l'écouter, lorsqu'en parlant des grands hommes qui ont écrit contre les pélagiens, il commence par le plus âgé, qui est saint Jérôme. Il leur a, dit-il (1), fait la guerre comme font les vieux capitaines,qui combattent par leur réputation plutôt que par leur main ; mais poursuit le P. Garnier, ce fut saint Augustin qui soutint tout le combat, et le pape Hormisdas a parlé de lui avec autant de vénération que de prudence, lorsqu'il a dit ces paroles : « On peut savoir ce qu'en

seigne l'Eglise romaine, c'est-à-dire, l'Eglise ca

tholique sur le libre arbitre et la grâce de Dieu » dans les divers ouvrages de saint Augustin, prin

cipalement dans ceux qu'il a adressés à Prosper et » à Hilaire ». Ces livres, où les ennemis de saint Augustin trouvent le plus à reprendre, sont ceux qui sont déclarés les plus corrects par ce grand pape : d'où cet habile jésuite conclut, qu'à la vérité on peut apprendre certainement de ce seul Père ce

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(1) Garnier, l. 1. diss. vi. in Mercat. c. 11. init. p. 342.

que la colonne de la vérité, ce que la bouche du Saint-Esprit enseigne sur cette matière ; mais qu'il faut choisir ses ouvrages, et s'attacher aux derniers plus qu'à tous les autres ; et encore que la première partie de la sentence de ce pape emporte une recommandation de la doctrine de saint Augustin , qui ne pouvoit étre ni plus courle, ni plus pleine; la seconde contient un avis entièrement nécessaire , puisqu'elle marque

les endroits de ce saint docteur il se faut le plus appliquer, pour ne s'éloigner pas d'un si grand maitre, ni de la règle du sentiment catholique. Voilà, dans un savant professeur du collége des Jésuites de Paris, un sentiment sur saint Augustin bien plus digne d'être écouté de M. Simon que celui de Grotius. Mais pour ne rien oublier, ce docte jésuite ajoute : Qu'encore que saint Augustin soit parvenu à une si parfaite intelligence des mystères de la grâce, que personnc ne l'a peut-être égalé depuis les apôtres, il n'est pourtant pas arrivé d'abord à cette perfection, mais il a surmonté peu à peu les difficultés , selon

que

la divine lumière se répandoit dans son esprit. C'est pourquoi, continue ce savant auteur, saint Augustin å prescrit lui-même à ceux qui liroient ses écrits , de profiter avec lui et de faire les mêmes pas qu'il a faits dans la recherche de la vérité; et quand je me suis appliqué à approfondir les questions de la grâce, j'ai fait un examen exact des livres de ce Père et du temps ils ont été composés, afin de suivre pas à pas le guide que l'Eglise m'a donné, et de tirer la connoissance de la vérité de la source très-pure qu'elle me montroit.

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Que dès le commencement de l'hérésie de Pelage , toute

l'Eglise tourna les yeux vers saint Augustin, qui fut chargé de dénoncer aux nouveaux hérétiques dans un sermon å Carthage, leur future condamnation, et que loin de rien innover, comme len accuse l'auteur, la foi ancienne fut le fondement qu'il posa d'abord.

Voila comment parleront toujours ceux qui auront lu avec soin les livres de saint Augustin , et qui sentiront l'autorité que l'Eglise leur a donnée. En effet, dès que Pélage parut, les particuliers , les évêques, les conciles, les papes et tout le monde en un mot, tant en Orient qu'en Occident, tournèrent les yeux vers ce Père, comme vers celui qu'on chargeoit par un suffrage commun de la cause de l'Eglise. On le consultoit de tous côtés sur cette hérésie, dont il découvrit d'abord tout le venin, pendant même qu'elle le cachoit sous une apparence trompeuse, et par des termes enveloppés. Il l'attaqua premièrement par ses sermons, et ensuite par quelques livres, avant qu'elle fût expressément condamnée. Avant que, l'erreur croissant, on fût obligé d'en venir à une expresse définition, il fit à Carthage, par ordre d'Aurèle, évêque de cette ville et primat de toute l'Afrique, le sermon dont nous avons déjà parlé, où il prépara le peuple à l'anathême qui devoit partir. Pour cela, après avoir exposé dans les termes que nous avons rapportés ailleurs, la pratique universelle de l'Eglise, il lut en

chaire une lettre de saint Cyprien, et opposant aux nouveaux bérétiques l'ancienne tradition expliquée par ce saint martyr, ancien évêque de l'Eglise où il prêchoit, il déclara sur ce fondement aux pélagiens, comme de la part de toute l'Eglise d'Afrique, qu'on ne les souffriroit pas encore long-temps. Nous faisons, dit-il, ce que nous pouvons pour les attirer par la douceur, et encore que nous pussions les appeler hérétiques , nous ne le faisons pas encore ; mais s'ils ne reviennent, nous ne pourrons plus supporter leur impiété. On voit par-là, non-sculement la modération de l'Eglise catholique, mais encore son attachement à l'ancienne doctrine des Pères, et que saint Augustin fut choisi pour poser d'abord ce fondement. Depuis ce temps, loin d'avoir donné, comme on ose l'en accuser, dans des opinions particulières, il a toujours fait profession de joindre à l'Ecriture sainte les sentimens des anciens.

C'est par-là que l'on procéda contre les pelagiens dans les conciles d'Afrique reçus unanimement par toute l'Eglise; et tout le monde est d'accord avec saint Prosper, que si Aurèle, comme primat, en étoit le chef, saint Augustin en étoit l'ame et le génie: DUX AURELIUS INGENIUMQUE AUGUSTINUS ERAT. II n'en faudroit pas davantage pour montrer que saint Augustin ne pouvoit pas être regardé comme un novateur; mais cela demeurera plus clair que le jour par les remarques suivantes.

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CHAPITRE X.

Dir evidentes démonstrations que saint Augustin, loin de

passer de son temps pour novateur, fut regardé par toute l'Eglise comme le défenseur de l'ancienne et véritable doctrine. Les six premières démonstrations.

La première est dans ce qu'on vient de voir, que saint Augustin étoit l'ame des conciles d'Afrique, ce qui ne peut convenir qu'à un défenseur de la tradition.

La seconde, que les écrits de ce Père sur cette matière furent jugés si solides et si nécessaires, qu'on lui ordonna de les continuer. On sait l'ordre qu'il en reçut de deux conciles d'Afrique, et le soin qu'il eut de leur obéir.

Troisièmement, ses écrits furent tellement regardés comme la défense la plus invincible de l'Eglise, que

saint Jérôme lui-même, un si grand docteur et le plus célèbre en érudition de tout l'univers, dès qu'il eut vu les premiers ouvrages de ce saint évêque sur cette matière , touché, comme le remarque saint Prosper (1), de la sainteté et de la sublimité de sa doctrine, déclara qu'il cessoit d'écrire, et lui renvoya

toute la cause. En quatrième lieu, saint Augustin s'acquitta si bien et si fort au gré de saint Jérôme, du travail que toute l'Eglise lui avoit comme remis entre les mains, que ce grand homme ne se réserva pour ainsi dire autre chose que d'applaudir à saint Augustin. Les

(1) Dial. 111. sub. fin.

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