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petites altercations qu'ils avoient eues sur quelques difficultés de l'Ecriture cédèrent bientôt à la charité et au besoin de l'Eglise : et saint Jérôme écrivit à saint Augustin (1), que l'ayant toujours aimé, maintenant que la défense de la vérité contre l'hérésie de Pelage le lui avoit rendu encore plus cher, il ne pouvoit passer une heure sans parler de lui. Il lui annonçoit en même temps de l'extrémité de l'Orient, que les catholiques le respectoient comme le fondateur de l'ancienne foi en nos jours : ANTIQUÆ RURSUS FIDEI CONDITOREM; et il mettoit sa louange en ce qu'il étoit, non l'auteur d'une nouvelle doctrine, mais le défenseur de l'antiquité.

En cinquième lieu, c'étoit une coutume établie comme une espèce de règle, que personne n'écrivoit contre les pélagiens qu'avec l'approbation de saint Augustin; ce qui paroît par les deux lettres de ce Père à Sixte, prêtre de l'Eglise romaine , et depuis pape, et par celle du même Père à Mercator, qui attendoit son consentement pour publier ses ouvrages contre ces hérétiques (2).

En sixième lieu, lorsqu'il y avoit quelque chose de conséquence à écrire contre Pélage ou ses sectateurs, on le renvoyoit à saint Augustin, comme d'un commun consentement. On voit sur cela les lettres des plus grands hommes de l'Eglise et de l'empire, qui se régloient selon la doctrine de ce grand évêque.

() Ep. LXXX. Edit.

(a) Ep. cxci, cxliv. al. civ, cyi. Ep. cxcii. nov. CHAPITRE XI.

Septième, huitième et neuvième démonstration. Saint Au

gustin écrit par l'ordre des papes contre les pelagiens, leur envoie ses livres, les soumet à la correction du saint Siege, et en est approuvé.

En septième lieu, les papes mêmes entroient dans ce concert de toute l'Eglise. Il n'y avoit rien de plus important du temps de saint Boniface I, que les deux lettres des pélagiens; mais à l'exemple des autres, ce pape, quoique très-docte, comme le témoigne saint Prosper (1), les renvoya à saint Augustin, et attendoit sa réponse; CUM ESSET DOCTISSIMUS, ADVERSUS LIBROS TAMEN PELAGIANORUM BEATI AUGUSTINI RESPONSA POSCEBAT. Ce qui fait dire à Suarez que ce même pape répondit à Julien par saint Augustin : per Augustinum adversus pelagianos scripsit (2)

En huitième lieu, ses écrits étoient si estimés qu'on les envoyoit aux papes, comme cinq évêques assemblés avec Aurèle de Carthage leur primat, envoyèrent à saint Innocent I, le livre de saint Augustin de la Nature et de la Grâce (3).

En neuvième lieu, le dessein de saint Augustin, quand il envoyoit ses écrits aux papes, étoit de les soumettre à leur correction, Ainsi, quand il répondit à saint Boniface sur les deux lettres des pela giens, il lui déclara humblement qu'il lui adressoit

(1) Prosp. 21. n.57.- (2) Proleg. Vi. de grat. c. I. n. 6.- (3) Epist. CLXXVII. nov. Edit. al. xcv.

sa réponse, afin qu'il la corrigeât, parce qu'il étoit résolu de changer tout ce qu'il y trouveroit à reprendre (1); d'où il résulte trois vérités : la première, l'habileté de saint Augustin , à qui on renvoyoit les plus grandes choses : la seconde , son bumilité, puisqu'il étoit si soumis à l'examen du saint Siége : la troisième, l'approbation de ses sentimens, puisque les papes , à qui il les soumettoit, n'y ont jamais fait que des réponses favorables, et ont conservé à ce Père toute leur estime.

CHAPITRE XII.

Dixième démonstration et plusieurs preuves constantes

que l'Orient n'avoit pas moins en vénération la doctrine de saint Augustin contre Pelage, que l'Occident : acles de l'assemblée des prétres de Jérusalem : saint Augustin attentif à l'Orient comme à l'Occident : pourquoi il est invité en particulier au concile ecuménique d'Ephèse.

En dixième et dernier lieu, l'Orient ne cédoit en rien à l'Occident dans la profonde vénération qu'on y avoit pour saint Augustin. Le témoignage de saint Jérôme, qui vivoit en cette partie de l'univers, en est la première preuve. La seconde se tire des actes des assemblées d'Orient dans la cause de la grâce chrétienne. Saint Augustin qui n'y étoit pas, ne Laissa pas d'y poursuivre Pélage et Célestius par ses écrits et par Paul Orose son disciple. Lorsque Jean, évêque de Jérusalem, qui favorisoit secrètement ces

(1) L. 1. ad Bonif. c. I. n. 3.

hérétiques, hérétiques, assembla son presbytère pour les justifier s'il eût pu, ou du moins pour éluder la poursuite que l'on commençoit, Paul Orose produisit contre eux la lettre de saint Augustin à Hilaire, et les livres de la Nature et de la Grâce, qui venoient d'être publiés (1). Comme Pélage eut répondu , qu'il n'avoit que faire de saint Augustin , lout le monde s'écria contre ce blasphéme qu'il avoit proféré contre un évéque par la bouche de qui Dieu avoit guéri toute l'Afrique du schisme des donatistes , et on dit qu'il falloit chasser Pélage , nonseulement de cette assemblée, mais même de toute l'Eglise. Sur quoi Jean de Jérusalem ayant dit : Je suis Augustin, pour insinuer que c'étoit à lui à venger l'injure et à soutenir la cause d'un évêque, Orose lui répondit : Si vous voulez représenter la personne d'Augustin , suivez-en aussi les sentimens. Dès lors donc, c'est-à-dire, dès le commencement de la querelle, et dans une assemblée qui servit de préliminaire au concile de Diospolis, on commençoit à presser Pélage par l'autorité de saint Augustin : Voilà , disoit-on, ce que le concile d'Afrique a détesté dans la personne de Célestius : voilà ce que l'évéque Augustin a eu en horreur dans les écrits qu’on a produits , etc. En même temps on déclaroit qu'on s'attachoit à la foi des Pères qui étoient en vénération par toute l'Eglise , et par-là on déclaroit que saint Augustin en étoit le défenseur (2). C'est donc ainsi qu'on parloit de ce grand homme en Orient, à l'ouverture, pour ainsi parler, de la dispute. Mais à la fin et quinze ans après, l'Orient, (1) Apol. Oros. c. 111 et iv.- (n) Garn. diss. 11. p. 235. Bossu ET.

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rendit encore un témoignage plus authentique à la doctrine de ce Père, lorsque l'empereur Théodose, sans aucune recommandation que celle de sa doctrine, l'invita au concile æcuménique d'Ephèse , par une lettre particulière : honneur qu'aucun évêque, ni en Orient ni en Occident n'a jamais reçu. On sait que les empereurs , lorsqu'ils écrivoient de telles lettres , le faisoient avec le conseil, et trèssouvent par la plume des plus grands évêques qu'ils eussent aux environs. Dans la lettre que nous avons, Théodose reconnoissoit saint Augustin pour la lumière du monde, pour le vainqueur des hérésies, et comme celui en particulier dont les écrits avoient triomphé de celle de Pélage. Mais comme plusieurs la rejettent comme supposée, sans nous arrêter à cette critique, le fait allégué dans cette lettre est assez constant d'ailleurs, et personne n'ignore ni ne nie ce qu'a écrit saint Prosper, que durant vingt ans de guerre avec les pélagiens , l'armée catholique n'avoit combattu ni triomphé que par les mains de saint Augustin , qui ne leur avoit pas laissé le loisir de respirer (1).

En effet, en quelque endroit de l'univers qu'ils se remuassent, saint Augustin les prévenoit. Pour découvrir les artifices par lesquels ils tâchoient d’abuser l'Orient, il adressa à Albinus, à Pinien, et à Mélanie qui étoient à Jérusalem, ses livres de la Grâce de Jésus-Christ et du Péché originel (2). Ainsi, malgré leurs finesses et la protection de Jean de Jérusa

(1) Liberat. Breviar. c. v. de Conc. Eph. Capreol. Epist. ad Conc. Eph. Act. 1. Contr. Collat. c. 1. n. 2. t. x. app. Aug. pag. 17i.

(2) Aug. t. x. p. 230.

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