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CHAPITRE XXII.

Embarras des pelagiens dans leur interprétation : absur

dité de la doctrine de M. Simon et des nouveaux critiques, qui insinuent que la mort passe à un enfant sans le péche, et la peine sans la faute : que c'est faire Dieu injuste, et que le concile d'Orange l'a ainsi défini,

L'EMBARRAS des pélagiens que vous soutenez, est encore inévitable par un autre endroit. Quelle mort est venue par Adam, selon saint Paul ? celle de l’ame seulement, ou avec elle celle du corps ? Ils ne savent à quoi s'en tenir. Celle de l'ame seulement, c'est ce que Pélage disoit d'abord dans son Commentaire sur saint Paul (1); mais si cela est, tous, et les enfans mêmes, sont morts de la mort de l'ame, qui est le péché. Celle du corps seulement

, comme saint Augustin a remarqué (2) que quelques pélagiens furent enfin contraints de le dire; mais ce Père retombe sur eux, et leur soutient qu'ils font Dieu injuste, en faisant passer à des innocens, tels que les enfans, selon eux,

le supplice des coupables; ce qui n'est pas seulement le raisonnement de saint Augustin, mais celui de toute l'Eglise catholique. Afin qu'on y prenne garde, et que personne ne s'avise de le contredire, voici, en effet, la définition expresse du II.e concile d'Orange (3) : Si quelqu’un dit que la prévarication d’Adam n’a nui qu'à lui seul et non pas à sa postérité, ou du moins que la mort du corps qui est la peine du péché, et non pas le péché méme qui est la mort de l'ame , a passé à tout le genre humain, il attribue à Dieu une injustice, en contredisant l'apôtre, qui dit : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et la mort par le péché, et ainsi la mort a passé à tous (par un seul) en qui tous ont péché.

(1) In Rom. V, etc. - () Ad Bonif. l. iv. c. IV. – (3) Conc. Araus

11. C. 11.

On voit, selon ce concile, que faire passer la mort sans le péché, c'est attribuer à Dieu une injustice. Quelle injustice, sinon celle de faire passer le supplice sans le crime, qui est celle que saint Augustin avoit remarquée (1), et que le concile avoit prise, comme on vient de voir, du propre texte de saint Paul.

CHAPITRE XXIII.

Combien vainement l'auteur a táché d'affoiblir l'inter

prétation de saint Augustin et de l'Eglise : son erreur, lorsqu'il prétend que ce soit ici une question de critique et de grammaire : Bèze mal repris dans cet endroit , et toujours en haine de saint Augustin.

Nous reviendrons ailleurs à ce principe, qui servira d'explication aux autorités des saints docteurs, dont notre critique se prévaut. En attendant, on peut voir combien vainement il a tâché d'obscurcir la preuve de saint A

de saint Augustin , adoptée par toute l'Eglise , et on peut voir en même temps combien mal à propos il reprend Bèze d'avoir, en cette occasion, recouru à l'autorité de saint Augustin, à

(1) Ad Bonif. l. 1v. c. 1V.

cause, disoit-il (1), qu'il a réfuté mille fois la version qui met quia au lieu d'in quo; sur quoi notre auteur lui insulte en ces termes : Comme si, lorsqu'il s'agit de l'interprétation grammaticale de quelque passage

de saint Paul, qui a écrit en grec, le sentiment de saint Augustin devoit servir de règle, surtout à des critiques ou à des protestans. Je lui laisse à expliquer se beau parallèle entre les protestans et les critiques, qui se prêtent la main mutuellement, pour se rendre également indépendans du tribunal de saint Augustin; mais je demande où est le bon sens de récuser ce Père dans une interprétation, si l'on veut grammaticale, mais qui au fond dépend de la suite des paroles de saint Paul, et ne peut être déterminée que par cette vue? Où étoit donc le tort de Bèze de renvoyer à saint Augustin, sur une matière qu'il avoit si expressément et si doctement démêlée? Ce que je dis, afin qu'on entende que notre critique écrit sans réflexion, selon que ses préventions le poussent ou d'un côté, ou d'un autre, et qu'il raisonne également mal, soit qu'il blâme les protestans, soit qu'il les suive.

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CHAPITRE XXIV.

Dernier retranchement des critiques, et passage à un

nouveau livre.

Je sais pourtant ce qu'il nous dira, et c'est ici son dernier retranchement et la méthode ordinaire des nouveaux critiques : je n'agis pas en théologien, je

(1) P. 756.

suis critique; je ne raisonne pas en l'air; j'établis des faits, qu'on me réponde à saint Chrysostôme, à Théodoret, à Photius, aux Grecs. ignorant écrivain ou homme de mauvaise foi, qui ne sait pas ou qui dissimule, que toute l'Ecole répond à ces passages; et cependant il ne laisse pas de les alléguer comme s'ils étoient sans réplique. Peut-être même qu'il pense en son cæur qu'on ne peut pas ajuster ce qu'on a vu des conciles de Carthage et de Trente, sur l'intelligence unanime et perpétuelle du passage de saint Paul, avec les sentimens contraires de tant d'excellens Grecs qu'il a rapportés. Voilà du moins son objection dans toute sa force : on ne la dissimule pas, et je me suis réservé ici à proposer la méthode dont saint Augustin l'a résolue à l'égard de saint Chrysostôme. Nous viendrons après à Théodoret, et s'il le faut à Photius; mais comme cette discussion est importante, pour donner du repos au lecteur, il est bon de commencer un nouveau livre.

LIVRE

LIVRE HUITIÈME.

Méthode

pour

établir l'uniformité dans tous les Pères, et preuve que saint Augustin n'a rien dit de singulier sur le péché originel.

CHAPITRE PREMIER.

Par l'état de la question, on voit d'abord qu'il n'est pas

possible que les anciens et les modernes, les Grecs et les Latins soient contraires dans la croyance du péché originel : méthode infaillible tirée de saint Augustin pour procéder à cet examen, et à celui de toute la matière de la gráce.

Pour savoir donc si les Grecs, entre autres saint Chrysostôme, peuvent ici être contraires aux Latins, et les anciens aux modernes, la première chose qu'il faut établir, est la nature de la question. Si c'est une question indifférente, ils peuvent être contraires; mais d'abord bien certainement ce n'en est pas une. Il s'agit du fondement du baptême. On le donnoit aux enfans comme aux autres en rémission des péchés : on les exorcisoit en les présentant à ce sacrement, et cela dans l'Eglise grecque aussi bien que dans la latine. Les Latins le témoignent, et les Grecs en sont d'accord (1). Il s'agissoit donc de savoir, si en baptisant les enfans en rémission des péchés, on

(1) Greg. Naz. Orat. xi. p. 657,

Bossuet. v.

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