Images de page
PDF
ePub

de cette homélie, que lous ceux qui sont baptisés en la mort de Jésus-Christ et ensevelis avec lui, ont en eux - mêmes un péché auquel ils meurent. Les enfans en ont donc un, puisqu'on les baptise de l'aveu de saint Chrysostome, comme de tout le reste des Pères.

Que si nous continuons la lecture de cette homélie, nous y trouverons ces mots : Si le Juif demande comment est-ce que toute la terre a été sauvée par la sainteté d'un seul Jésus-Christ ? demandez-lui, à votre tour, comment est-ce qu'elle a été condamnée par la désobéissance d'un seul Adam (1) ? La comparaison est nulle, si de même que vous mettez d'un côté une véritable justice, qui nous est communiquée, dit saint Chrysostôme, par la croix et l'obéissance de Jésus-Christ, vous ne mettez aussi de l'autre un véritable péché, qui nous vient de la désobéissance d’Adam. C'est pourquoi ce saint docteur continue ainsi : De peur que vous ne croyez, quand vous entendez nommer Adam, qu'on ne vous óte que le seul péché qu'il a introduit, saint Paul nous apprend qu'on nous a remis tous les péchés qui ont suivi ce premier péché commis dans le paradis.

Il y a donc un péché qu'Adam a introduit dans le monde. Qu'est-ce que l'introduire, si ce n'est le communiquer et le répandre? Or, ce péché introduit n'est pas moins péché que les autres, puisqu'il a besoin d'être remis à chacun de nous comme ceux que nous avons commis.

(1) Vid. apud. Chrys. loc. cit.

CHAPITRE VI.

Qu'en parlant très-bien au fond dans l'homélie x sur

l'épitre aux Romains, saint Chrysostome s'embarrasse un peu dans une question qui n'étoit pas encore bien éclaircie.

Après avoir parlé si clairement du péché originel en tant d'endroits de cette savanto homélie, s'il s'embarrasse dans la suite, s'il ne trouve aucune apparence qu'on soit pécheur par la désobéissance d'autrui, il faut ici entendre nécessairement par être pécheur, l'être par un péché propre et actuel : autrement, un si grand docteur n'auroit pas seulement contredit les autres, mais se seroit encore contredit lui-même.

Mais d'où vient donc que partout, dans cette homélie, il explique pécher en Adam, de la peine plutôt que du péché ? C'est là qu'il ne paroît pas que sa doctrine soit assez suivie, ou du moins assez expliquée ; et néanmoins dans le fond, et à parler de bonne foi, on doit plutôt dire qu'il s'embarrasse dans une matière qui n'étoit pas encore bien éclaircie, qu'on ne doit dire qu'il se trompe. Ceux qui lui attribuent l'erreur de reconnoître le supplice où le péché ne seroit pas, et le font, en cela, plus déraisonnable que n'ont été les pélagiens, comme on l'a démontré plus haut (1), devroient trouver quelque part dans ses écrits, que la justice permît de punir de mort des innocens, ou de faire sentir

(1) Ci-dessus liv. viii. chap. xii et suiv.

la peine à ceux qui n'ont pas de part au crime. Mais loin qu'on trouve quelque part une si étrange doctrine dans les ouvrages de ce Père, on y trouve tout ' le contraire , et même dans l'homélie x, et dans l'endroit qu'on nous oppose. Car au même endroit où il dit : Qu'il n'y a aucune apparence qu'on soit pécheur par la désobéissance d'autrui, il ajoute : Qu'on trouvera que celui qui seroit tel, c'est-à-dire, qui seroit pécheur du péché d'un autre, ne seroit redevable d'aucune peine, puisqu'il ne seroit point pécheur en lui-même, ou en son particulier otro$ey. Quiconque donc n'a point de péché en lui-même ne peut, selon la règle de saint Chrysostôme, être assujetti à la peine, et ceux qui lui attribuent une autre doctrine sont réfutés

par

lui-même. Il est pourtant vrai qu'il venoit de dire, dans cette même homélie, qu'encore qu'il ne semble pas raisonnable qu'on soit puni pour le péché d'autrui , cela néanmoins est arrivé aux enfans d'Adam, et on ne peut concilier ces deux endroits du même discours, à moins de reconnoître que ce péché qu'il appelle le péché d'autrui, à cause qu'un autre l'a commis actuellement, devient le propre péché de tous les autres, en tant qu'ils en ont la tache en eux-mêmes par contagion; de même, à peu près, qu'encore qu'on prenne le mal de quelqu'un, on ne laisse

pas de l'avoir en soi; et c'est la comparaison que saint Augustin fait en plusieurs endroits; d'où il infère que le péché que nous tirons de nos premiers parens, nous est étranger d'une certaine façon, quoiqu'il soit propre d'un autre : étranger en le regardant selon la propriété de l'action , qui 491 appartient en ce sens à Adam qui l'a fait; et propre cependant par la contagion de notre naissance (1), , qui le fait passer en nous avec la vie.

Il ne faut pourtant pas s'imaginer que la comparaison de la contagion soit parfaite; puisque cette maladie, que nous aurions contractée dans un air qu'un pestiféré auroit infecté, seroit de même nature que la sienne; au lieu que le péché que nous avons contracté d'Adam ne peut pas être en nous comme il est en lui, ni absolument de même nature; puisqu'il n'y peut jamais être aussi actuel et aussi propre qu'il est à ce premier père, auteur de notre vie et de notre faute.

CHAPITRE VII.

Pourquoi en un certain sens saint Chrysostome ne donnoit

le nom de péché qu'au seul péché actuel.

Et pour pousser la chose à bout, si l'on demande à quoi servoit à saint Chrysostôme de distinguer l'actuel de l'originel dans cette précision ; cela lui servoit à montrer qu'il y avoit un libre arbitre, et par conséquent un péché de propre détermination, de propre volonté, de propre choix, ce que nioient les gnostiques et les manichéens, qui attribuoient le péché à une nature mauvaise; les uns, qui étoient les gnostiques, en disant qu'il y avoit des hommes de différente nature, dont quelques-uns étoient essentiellement mauvais ; et les autres, qui étoient

(1) Cont. Jul. I. vi. c. IV.

les manichéens, en attribuant le péché à ce principe mauvais qu'ils reconnoissoient indépendant de Dieu même, sans que ni les uns, ni les autres voulussent avouer un libre arbitre, ni par conséquent aucun péché qui vînt d'un propre choix.

Il lui étoit donc important de montrer aux uns et aux autres, non-seulement qu'il y avoit des péchés de propre choix, mais encore que le péché venoit de là naturellement; puisque même le péché d'Adam, qui passoit en nous avec la naissance, étoit dans la source et dans Adam même un péché de propre volonté, qui dans cette précision et en ce sens, ne venoit point jusqu'à nous.

C'est donc ce qui lui fait dire en un certain sens qu'on n'a point péché en Adam. De cette manière singulière de pécher, qui consiste dans l'acte même et dans le propre choix, cela est vrai : en excluant toute tache de péché généralement, on a vu tout le contraire dans saint Chrysostôme.

Et afin de tout expliquer par un seul principe, il faut entendre qu'y ayant deux choses dans le péché, l'acte qui passe, comme , par exemple, dans un homicide l'action même de tuer, et la tache qui demeure, par laquelle aussi celui qui cesse de faire l'acte, par exemple, de tuer, demeure coupable et criminel, l'intention de saint Chrysostôme est d'exclure des enfans d’Adam ce qu'il y a d'actuel dans son péché, c'est-à-dire, la manducation actuelle du fruit défendu, et non pas ce qu'il y a d'habituel et de permanent, c'est-à-dire, la tache même du péché, qui fait qu'après avoir cessé de le commettre, on ne laisse pas d'en demeurer toujours

« PrécédentContinuer »