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grâce jusqu'au premier commencement; ce qui est entièrement détruit, s'il nous est permis de croire que les bonnes pensées viennent de nous, et non de Dieu, et que Dieu, non-seulement n'est pas le seul auteur de tout notre bien, mais qu'il n'est pas même le premier.

C'est pourtant ce que semble dire ce cardinal. M. Simon le prend en ce sens et nous veut donner cette idée, que selon le cardinal Sadolet, le commencement vient de nous. Mais afin qu'on ne pense pas qu'il est simple récitateur et non pas approbateur de son sentiment, il dit en termes formels (1), que ce cardinal suit exactement, pour ce qui est de la prédestination, de la grace et du libre arbitre, l'ancien sentiment des docteurs qui ont vécu avant saint Augustin , quoiqu'il fút persuadé que saint Thomas et ses disciples l'eussent combatlu.

On voit par-là que ce n'étoit pas sans raison que le cardinal Baronius nous avertissoit du péril où se jetoient ceux qui vouloient défendre l'Eglise, en attaquant saint Augustin. Ils devenoient semi-pelagiens sans y penser. On sait combien de catholiques se laissoient emporter à ces excès, en haine des excès contraires de Calvin. Le cardinal Bellarmin a été contraint de les réfuter; et c'est aussi pour cette raison que le concile de Trente ayant à condamner les erreurs de Luther et de Calvin , jeta d'abord le fondement d'une si juste condamnation en condamnant les erreurs semi-pélagiennes, et encore par les propres termes de saint Augustin, de peur qu'en repoussant une erreur on ne tombât dans une autre.

Le cardinal Sadolet, avec quelques autres, qui (1) P. 554 et 555.

écrivoient avant le concile, ne surent pas prendre leurs précautions contre tous les piéges de la doctrine semi-pélagienne. Si quelques-uns les ont suivis, on ne doit ni l'imputer à l'Eglise, qui a réprouvé leur sentiment, ni faire une loi de leur erreur. Ainsi M. Simon est inexcusable de se déclarer semi-pelagien, sous prétexte que quelques auteurs plus éloquens que savans ont donné devant lui dans cet écueil.

CHAPITRE III.

Répétition des preuves par l'on a vu que M. Simon

accuse saint Augustin de nier le libre arbitre.

Le procès que M. Simon continue à toutes les pages de faire à saint Augustin, à la vérité est scandaleux et d'un pernicieux exemple; mais aussi l'auteur est-il puni sur le champ de son audace, et nous le voyons aussitôt livré à l'esprit d'erreur. C'est ce qui.paroît principalement dans la matière du libre arbitre.

D'abord donc il est certain qu'encore que saint Augustin ait très - bien défendu le libre arbitre, non-seulement contre les manichéens, ainsi que tout le monde en est d'accord, mais qu'il l'ait même toujours soutenu contre Pélage, comme cent passages et des livres entiers de ce Père en font foi; et encore qu'il soit loué par les papes, et en particulier par le pape Hormisdas, pour avoir bien parlé, non-seulement de la grâce, mais même du libre arbitre, de gratia et libero arbitrio; néanmoins

M. Simon, après Grotius , accuse ce Père d'avoir 'affoibli sur le libre arbitre la tradition de toutes les Eglises. C'est ce que nous avons montré, quoique pour d'autres fins, en premier lieu , par la préface de cet auteur, où il accuse saint Augustin, lorsqu'il a écrit contre Pélage au cinquième siècle, d'être l'auteur d'un nouveau systéme, au préjudice de l'autorité des quatre siècles précédens; comme si luimême, qui a passé la plus grande partie de sa vie au quatrième siècle, qui a été fait évêque dans ce siècle même, et qui s'y est signalé par tant d'écrits, avoit tout d'un coup oublié la tradition.

Nous avons vu, en second lieu, encore pour une autre fin, que dans le chapitre cinquième de son ouvrage, où les anciens Pères et toutes les Eglises du monde , avant saint Augustin, sont représentées comme étant d'accord à défendre le libre arbitre contre les gnostiques, et les autres hérétiques, M. Simon objecte à ce Père, qu'il préféra ses sentimens (particuliers) à une tradition si constante.

En troisième lieu , nous avons vu qu'il fait de saint Augustin un défenseur des sentimens outrés des protestans, et nommément de Lut ier, de Bucer et de Calvin, sur le libre arbitre. C'en est assez pour montrer que malgré les papes et toute l'Eglise, il accuse saint Augustin d'être ennemi du libre arbitre, et qu'il couvre les hérétiques qui le rejettent, de l'autorité d'un si grand nom. Mais il faut voir maintenant les erreurs grossières où l'esprit de contradiction le précipite.

CHAPITRE IV.

M. Simon est jeté dans cet excès par une fausse idée du libre arbitre : si l'on peut dire comme lui que

le libre arbitre est maitre de lui-méme ENTIÈREMENT : passages de saint Ambroise.

et

Pour cela il faut entendre ce qu'il avance au chapitre xx. Il est certain, dit-il (1), que Pélage après lui ses disciples, ont abusé de plusieurs passages qui font les hommes entièrement les maitres de leurs actions. Remarquez cet entièrement, en quoi consistoit une partie très-essentielle de l'erreur des pélagiens. Ils ajoutoient au pouvoir que l'Ecriture donne aux hommes sur leurs actions cet entièrement qui n'y est pas, et qui y donne un très-. mauvais sens, pour ne rien dire de plus: au contraire elle disoit que le cour du roi, et par conséquent de tout homme, est entre les mains de Dieu , et qu'il l'incline il veut (2); ce qui est conforme à cette parole de David : Dieu dirige les pas de l'homme, et il voudra sa voie (3); sans doute lorsque Dieu y dirigera ses pas, comme le démontre saint Augustin (4), et comme il paroît assez par la chose même. Jérémie a dit aussi dans le même esprit (5) : Je sais, Seigneur, que la voie de l'homme n'est pas en son pouvoir, et qu'il ne lui appartient pas de marcher et de diriger ses pas à son gré. Car pour être ENTIÈREMENT maitre de ses actions, comme le veut M. Si(2) Prov. XXI. 1.

- (3) Ps. xxxvi. 23. — (4) Ep. ad Vit. ccxvii. al. cvii, - (5) Jer. x. 23.

(1) P. 290.

mon, il faudroit pouvoir aimer et haïr, se plaire et se dégoûter de ce que l'on veut, ce qui n'est pas, comme saint Augustin le dit souvent, et que l'expérience le fait assez voir; et c'est aussi à cet égard que saint Ambroise disoit que l'homme n'a pas son coeur en sa puissance : NON EST IN NOSTRA POTESTATE coỉ NOSTRUM (1), ce que tout homme de bien et rempli, dit saint Augustin, d'une humble et sincère piété, éprouve très-véritable; car on a des inclinations dont on n'est pas le maître; en sorte, dit saint Ambroise, que l'homme ne se tourne pas comme il veut. Pendant, dit ce saint docteur, qu'il veut aller d'un côté, des pensées l'entraînent de l'autre : il ne peut disposer de ses propres dispositions, ni mettre dans son cæur ce qui lui plaît. Ses sentimens, poursuit-il, le dominent, sans que souvent il s'en puisse dépouiller; c'est aussi par-là qu'on le prend pour le mener où l'on veut par sa propre pente; et si les hommes le savent faire en tant de rencontres, Dieu ne pourra-t-il pas le faire autant qu'il voudra, lui qui connoît tous ses penchans, et sait outre cela toucher l'homme par des endroits encore plus intimes et plus délicats; car il connoît les plus secrets ressorts par où une ame peut être ébranlée : lui seul les sait manier avec une dextérité et une puissance inconcevable; ce qui fait conclure au même saint Ambroise (2), à l'occasion de saint Pierre, que tous ceux que Jésus regarde pleurent leurs péchés, qu'il leur inspire une tendresse à laquelle ils ne résistent pas, et en toute occasion qu'il appelle qui il veut, et qu'il fait religieux qui il lui plait, QUOS DIGNATUR

(1) Ap. Aug. de don. persev. G. Vill. n. 20.- (2) Ambr. in Luc.

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