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coup, cela qu'on demande ; et c'est pourquoi il : continue : que Dieu leur révèle l'Evangile ; sur quoi saint Chrysostôme fait cette observation : c'est qu'on voit dans cetle prière comme deux voiles sur l'Evangile, pour l'empêcher de se découvrir à nous : l’un, si nous fermons les yeux; l'autre, si on ne nous le montre pas. Car, poursuit-il , quand nous serions disposés à le recevoir, il nous sera inutile, si Dieu ne nous le découvre; et quand Dieu nous le découvriroit, il ne nous apporteroit aucun fruit, si nous le rejetions ; nous demandons donc l'un et l'autre, c'est-à-dire, qu'il nous montre l'Evangile et qu'il nous empêche de le rejeter; ou comme l'explique ce Père, et que Dieu y ouvre les cours et qu'il découvre l'Evangile; qui est demander, non-seulement ce qui vient du côté de Dieu, mais encore ce qui vient du nôtre, c'est-à-dire, notre libre consentement. Il est pourtant vrai, dit če Père, qu'on n'ouvre pas les yeux , si on ne veut auparavant les ouvrir; mais il vient de trouver dans la prière, qu'il faut demander à Dieu qu'on le veuille, et qu'on le veuille si bien, que l'Evangile ne soit pas seulement proposé, mais encore reçu.

Les autres demandes sont, que Dieu donne aux catéchumènes un esprit possédé de lui et tout divin ; de chastes pensées, une sainte vie : qu'il leur soit donné de penser continuellement à lui, de s'en occuper, et de méditer sa loi nuit et jour (1); toutés choses qui ne se font que par l'exercice du libre arbitre, exercice par conséquent qu'on demande à (1) Lit. Præf. p. 518. BossL ET. V.

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Dieu, quand on lui demande ces choses. Qu'y a-t-il qu'on fasse plus par son libre arbitre que de s'abstenir du péché ? Mais c'est encore cela même qu'on demande à Dieu avec plus d'attention que tout le reste. Prions Dieu, dit-on, avec encore plus d'attention, que Dieu les délivre de tout mal, de tout péché, de toute la malice de l'ennemi. Qui est celui qui, en faisant cette prière, veut seulement demander le pouvoir de ne pécher pas qu'il a déjà, s'il est justifié; et qui ne sent, au contraire, que ce que demandent les plus justes et ce qu'il faut de mander, est qu'en effet on ne péche point, et que Dieu, qui tient en sa main notre libre arbitre, le conduise de telle sorte, qu'il ne s'égare jamais de la droite voie, et que la tentation ne prévale pas ?

C'est aussi ce que Jésus-Christ nous a lui-même appris à demandor, comme nous verrons bientôt; mais ce n'est pas ce que nous avons à considérer : nous en sommes à remarquer un fait constant dans les prières de l'Eglise, que ce qu'elle demande

pour ses enfans est l'effet et le bon usage actuel de leur libre arbitre; c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus libre en nous, ou plutôt précisément ce qui nous fait libres.

Pendant qu'on faisoit ces prières, les catéchumènes étoient prosternés : tous les fidèles répondoient Amen (1). C'étoit donc la foi commune de tous les fidèles qu'on y venoit d'énoncer : or on y venoit d'énoncer le tout-puissant effet de la grâce. C'étoit donc la foi de l'Eglise autant en Orient qu'en

(1) Lit. Præf. p. 521.

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Occident; et saint Prosper a raison de dire avec saint Augustin, que la loi de prier établissoit ce qu'il falloit croire.

M. Simon reprend ce saint homme de ce qu'il établit la grâce efficace par cette manière secrète, dont on entend au dedans le Père céleste, et dont on y apprend sa vérité. Mais saint Chrysostôme l'explique de même, en montrant que ceux-là apprennent et sont véritablement enseignés de Dieu(1), à qui il a mis dans le coeur, selon l'expression du prophèle, une oreille qui écoute ; puisqu'alors ce n'est point des hommes, ni du maitre qui est sur la terre qu'on apprend, mais on est enseigné de Dieu, et l'instruction vient d'en-haut ; ce qu'il prouve par ce qu'on ajoute dans la prière : et que Dieu répande au dedans la parole de vérité : au dedans, dit-il, parce qu'on n'a point véritablement appris jusqu'à ce qu'on ait appris de cette sorte; qui est aussi précisément ce qu'enseigne saint Augustin, et ce qu'il prouve par les mêmes passages, tant des prophètes que de l'Evangile, le confirmant par ce bel endroit de saint Paul (2): Je n'ai pas besoin de vous instruire sur la charité fraternelle, puisque vous avez déjà appris de Dieu à vous aimer les uns les autres, car vous le faites ; ce qui montre, dit saint Augustin, que le propre effet de cette grâce spéciale, par laquelle Dieu nous enseigne, est qu'on en vienne à l'effet; et c'est aussi ce que la prière apprenoit à saint Chrysostôme.

Et tant s'en faut que ce saint docteur soupçonnât que cette prière, et la vertu de la grâce qu'on (1) Lit. Præf. p. 527.

12; I. Thess. IV. 9.

y demandoit, affoiblissent le libre arbitre , qu'il s'en sert au contraire pour l'établir; puisqu'il trouve tout ensemble dans la prière, et l'instruction de ce qu'on doit faire librement pour plaire à Dieu, et le secours qu'on doit demander pour l'exécuter. On verra dans tout le discours de saint Chrysostôme, qu'il fait toujours marcher ensemble ces deux choses; et saint Augustin n'a pas un autre esprit, lorsqu'il enseigne que le commandement et la prière sont unis ensemble; puisque nous ne devons demander à Dieu que ce qu'il commande, comme il ne commande rien que ce dont il nous ordonne de lui demander l'actuel accomplissement; en sorte, ditil, que le précepte n'est qu'une invitation à prier, comme la prière est le moyen sûr d'obtenir l'accomplissement du précepte.

CHAPITRE XIV..

Abrégé du contenu dans les prières, où se trouvent de

mot à mot toute la doctrine de saint Augustin, et la foi de toute l'Eglise sur l'efficace de la gráce.

Il n'y a donc plus qu'à recueillir, en peu de paroles, les prières de l'Eglise pour y voir ce qu'elle a cru de l'efficace de la grâce. On demande à Dieu la foi et la bonne vie, la conversion, qui comprend le premier désir et le commencement de bien faire; la continuation, la persévérance, la délivrance actuelle du péché; par d'autres façons de parler, toujours de même sens et de même force, on lui demande qu'il donne de croire, qu'il donne d'aimer,

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qu'il donne de persévérer jusqu'à la fin dans son amour: on lui demande qu'il fasse qu'on croie, qu'il fasse qu'on aime, qu'il fasse qu'on persévère. L'effet qu'on attend de cette prière, n'est pas seule· ment qu'on puisse aimer, qu'on puisse croire; mais que Dieu agisse de sorte qu'on aime, qu'on croie. Or c'est un principe certain de saint Augustin, mais évident de soi-même, qu'on ne demande à Dieu que ce qu'on croit qu'il fait; autrement, dit le même Père, la prière seroit illusoire, IRRISORIA : faite vainement et par manière d'acquit, PERFUNCTORIE, INANITER. On croit donc sérieusement et de bonne foi que Dieu fait véritablement tout cela, et ces demandes sont fondées sur la foi. On les fait en Occident comme en Orient et dès l'origine du christianisme ; c'est donc la foi de tous les temps, comme celle de tous les lieux : QUOD UBIQUE QUOD SEMPER, et en un mot, la foi catholique.

CHAPITRE XV.

Conséquence de saint Augustin : la discussion des Pères

реи nécessaire : la prière suffisante pour établir la prévention et l'efficace de la gráce.

On voit maintenant la raison qui a fait dire à saint Augustin qu'il n'étoit pas nécessaire d'examiner les écrits des Pères sur la matière de la grâce, sur laquelle ils ne s'étoient expliqués que brièvement et en passant, TRANSEUNTER ET BREVITER (1). Mais ils n'avoient pas besoin de s'expliquer davantage,

(1) De præd. SS. c. xiv. n. 27.

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