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non plus que nous d'entrer plus profondément dans cette discussion, puisque sans tout cet examen, les prières de l'Eglise montroient simplement ce que pouvoit la grâce de Dieu ; ORATIONIBUS AUTEM EcCLESIÆ SIMPLICITER APPAREBAT DEI GRATIA QUID VALERET (1). Remarquez ces mots : quid valeret, ce que la grâce pouvoit; c'est-à-dire, que ces prières nous en découvroient, non-seulement la nécessité, mais encore la vertu et l'efficace; et ces qualités de la grâce, dit saint Augustin, paroissent fort nettement et fort simplement dans la prière, simPLICITER. Ce n'est pas qu'elles ne paroissent dans les écrits des saints Pères, où le même saint Augustin les a si souvent trouvées ; mais c'est que cette doctrine du puissant effet de la grâce ne paroissoit si pleinement, si nettement, si simplement nulle part que dans les prières de l'Eglise. Quand on prie , on sent clairement et dans une grande simplicité, non-seulement la nécessité, mais encore la force de la prière et de la grâce qu'on y demande pour fléchir les cours. Dans la plupart des discours des Pères, comme ils disputent contre quelqu'un qui n'est attentif qu'à prendre ses avantages, ils craignent de dire ou trop ou trop peu; mais dans la prière, ou publique ou particulière, chacun est entre Dieu et soi : on épanche son caur devant lui, et sans craindre que quelque hérétique abuse de son discours, on dit simplement à Dieu ce que son esprit fait sentir.

(1) De præd. SS. c. xiv. n. 27.

CHAPITRE XVI.

Erreur de M. Simon de louer saint Chrysostome de n'avoir

point parlé de gráce efficace. Les prières la prouvent sans disputer.

Ç'a donc été à M. Simon une erreur grossière et une pernicieuse ignorance d'avoir loué saint Chrysostôme de ne parler point de grâce efficace. Quand il n'en auroit point parlé dans ses discours, ce qui n'est pas, il en a parlé dans ses prières. Il a très-bien entendu, comme on vient de voir, qu'il en parloit, et il en parloit simplement, puisqu'il en parloit à Dieu dans l'effusion de son coeur. Ce n'est pas

ici une matière où l'Eglise ait besoin de laborieuses disputes, et comme dit saint Augustin, elle n'a, sans disputer, qu'à être attentive aux prières qu'elle fait tous les jours : PRORSUS IN HAC RE NON OPEROSAS DISPUTATIONES EXPECTET ECCLESIA, SED ATTENDAT QUOTIDIANAS ORATIONES SUAS (1).

CHAPITRE XVII.

Erreur de s'imaginer que Dieu ôte le libre arbitre en le

tournant il lui plait : modèle des prières de l'Eglise dans celle d'Esther, de David , de Jérémie, et encore de Daniel.

Notre auteur croit bien raffiner lorsqu'il dit que ces expressions que Dieu donne et que Dieu fait,

(1) De'don. pers. C. vii. n. 15.

n'empêchent pas l'exercice du libre arbitre. C'est précisément ce qu'on prétend, et ce que saint Augustin a prétendu démontrer par ces prières. Ce qu'il prétend, encore un coup, c'est de démontrer que Dieu donne, et que Dieu opère cet exercice du libre arbitre en la manière qu'il sait, et qu'il n'a garde de détruire en l'homme ce qu'il y a fait, et ce qu'il lui donne. Car pour ici laisser à part, les prières de l'Eglise, et remonter à la source de l'Ecriture, lorsque dans l'extrême péril de la reine Esther , qui s'exposoit à la mort, en se présentant au roi son mari hors de son rang sans être appelée, elle se mit en prière et y mit tous les Juifs, et que l'effet de cette prière fut que Dieu tourna en douceur l'esprit du roi : CONVERTIT DEUS SPIRITUM REGIS

(1) ; en sorte qu'Assuérus, qui avoit d'abord regardé la reine avec des yeux terribles, comnie un taureau furieux (7), ainsi que saint Augustin a lu (3) après les Septante, donna le signe de grâce, en étendant son sceptre d'or vers cette princesse (4), et lui promit de faire ce qu'elle voudroit : Dieu lui óta-t-il son libre arbitre, ou l'Eglise prioit-elle Dieu de l'en priver? N'est-ce pas par son libre arbitre que ce roi sauva les Juifs et punit Aman; et tout cela néanmoins fut l'effet de la prière et de la secrète et très-efficace puissance , par laquelle , dit saint Augustin (5), Dieu changea le cour du roi , de la colère il étoit à la douceur, et de la volonté de nuire à la volonté de faire grace.

AD LENITATEM

(1) Esth. iv. 16. - (2) Ibid. xv. it. (3) Lib. 1. ad Bonif. cap. XX. - (4) Esth. ibid. v. 2. - 15) Ibid.

· Et lorsque David ayant appris qu'Achitophel, dont les conseils étoient écoutés comme des oracles, étoit entré dans le parti rebelle, il fit à Dieu cette prière : Renversez, Seigneur, le conseil d'Achitophel (1). Cette prière ne fut-elle pas accomplie par le libre arbitre des hommes ? Ce fut sans doute par son libre arbitre que David renvoya Chusaï à Absalom (2): ce fut par son libre arbitre que Chusaï proposa un mauvais conseil : ce fut par son libre arbitre qu’Absalom le préféra à celui d'Achitophel qui étoit meilleur (3) : ce fut néanmoins par tout cela que le conseil d'Achitophel fut renversé, et que la prière de David fut exaucée; et lorsque l'Ecriture dit que le conseil d'Achitophel, qui étoit utile , fut dissipé par la volonté de Dieu , DOMINI NUTU (4); que nous dit-elle autre chose, sinon qu'il tourne où il veut le libre arbitre ?

C'est sur les exemples de ces prières publiques et particulières que l'Eglise a formé les siennes ; et si l'on nous dit que ce sont là des

extraordinaires, et comme miraculeux de la main de Dieu, et qu'il ne faut pas croire pour cela qu'il se mêle de la même sorte dans les autres affaires des hommes, et en particulier dans celle du salut, c'est le comble de l'aveuglement; car au contraire, c'est du salut éternel des hommes que Dieu se mêle principalement. Ce n'étoit pas un secours extraordinaire et miraculeux que demandoit le prophète, en disant : Convertissez-moi 5); c'étoit néanmoins un secours très-efficace et tout-puissant, puisqu'il l'exprime en ces termes : Convertissez-moi, et je serai converti; parce que vous êtes le Seigneur mon Dieu (qui pouvez tout sur ma volonté); car après que vous m'avez montré vos voies (de cette manière secrète et particulière que vous savez) j'ai frappé mes genoux, en signe de douleur. On ne pouvoit pas exprimer plus clairement cette grâce toujours suivie de l'effet; quoique David l'exprime encore en moins de mots et avec autant d'énergie, lorsqu'il dit : Aidez-moi, et je serai sauvé (1), nous faisant sentir en deux si courtes paroles, cet infaillible secours avec lequel nul ne périt. Cent passages de cette sorte établissent, dans l'ancien Testament, cette grâce qui donne l'effet. Ils sont encore plus fréquens dans le nouveau; mais nous n'avons ici besoin que de l'Oraison dominicale.

coups

(1) II. Reg. xv. 31. - (2) Ibid. 34. (3) Ibid. xyii. 7, etc. (4) Ibid. 14. . (5) Jerem. XXXI. 18, 19.

CHAPITRE XVIII.

Preuve de l'efficace de la grâce par l'Oraison dominicale.

L'ESPRIT de cette divine prière n'est pas, par exemple, dans cette demande : Que votre nom soit sanctifié, de faire dire au chrétien : Seigneur, faites seulement que je puisse vous sanctifier, et laissezmoi faire ensuite. Ce seroit présumer de soi-même, douter de la puissance que Dieu a sur nous, et désirer trop foiblement un si grand bien. Jésus-Christ nous apprend donc à demander l'actuelle sanctification du nom de Dieu, l'actuel établissement de

(1) Ps. cxviii. 117.

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